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MUSIL






Commençons par une définition. En trigonométrie on emploie souvent le mot vecteur. Qu'est-ce qu'un vecteur ? C'est, disent les géomètres, une droite qui, partant d'un point déterminé à l'avance, se dirige vers un autre point fixé avec précision à une plus ou moins grande distance. C'est ainsi que grâce à la détermination exacte de ce second point, le voyageur se donnant pour mission de le prendre pour but, entreprend d'un pied ferme le voyage qu'il projette. A chaque moment de celui-ci il aura la satisfaction dé savoir à quelle distance il se trouve du terme de sa mission. Si pourtant, par erreur de calcul, par distraction, par paresse, par épuisement de ses forces, il se trouvait amené à interrompre son voyage ou à s'écarter de la voie directe qu'il suivait pour l'accomplir, il se trouverait forcé de reconnaître qu'il a changé de route et quJifn'est plus de ce fait le même que celui qui se montrait scrupuleusement fidèle à sa mission et soucieux de la réaliser.





Mais que devrions-nous dire alors du cas de celui qui ne tient aucun compte pendant son voyage des mesures si exactes prises par lui pour l'accomplir ? Notons d'abord que ce voyageur négligent ou fantaisiste, ne tenant pas compte de la ligne si précise, tracée pour lui à l'avance, c'est, selon l'expression employée par le poète Musil pour le dépeindre, un homme sans qualités. L'expression est sévère mais juste. L'homme sans qualités, c'est un être sans ferme intention, sans consigne définie, sans souci de se maintenir fidèle aux résolutions prises à l'avance et comportant son attachement à un but déterminé. C'est donc pourrait-on croire, aux yeux de Musil qui nous parle longuement de lui, un être particulièrement digne de réprobation. Or, chose surprenante, c'est juste le contraire qui se passe dans le monde qu'il dépeint et pour qui il marque une préférence particulière. L'être qu'il préfère et qu'il place au-dessus de tous les autres, c'est justement celui qu'il nous décrit, comme étant susceptible à chaque instant de changer sans raison de route, par conséquent aussi, de destination, et de manquer ainsi, semble-t-il, vis-à-vis de lui-même de parole, en refusant de demeurer prisonnier de n'importe quelle forme d'action fixée par lui à l'avance. En d'autres termes, l'homme sans qualités est pour Musil l'homme qui, dans toutes les circonstances de la vie, réussit toujours à se soustraire aux apparentes nécessités de la course programmée, et qui accepte, sans scrupule, aussi souvent qu'il lui plaît, d'emprunter ou de refuser sur-le-champ, la route qui se présente à lui selon le libre caprice de sa fantaisie, et cela avec une capacité d'étonnement aussi inépuisable qu'imprévisible. Car, pour Musil, ce qu'il met au-dessus de tout, c'est la faculté que possède l'esprit d'échapper aux contraintes, de rejeter toute détermination, toute quali-tation définie, afin que, sans préférence particulière ni intention définie, il se trouve dans les meilleures conditions possibles pour s'affranchir de toutes les consignes prêtes à s'imposer à lui d'autre part.



Il y a donc, dit Musil, deux sortes de sentiments, ceux qui nous sont imposés et qui exercent leur domination du dehors, et, de l'autre, ceux qui sont proprement indéterminés et qui ne se définissent jamais. D'où il résulte qu'il existe pour la pensée humaine deux évolutions possibles entre lesquelles elle peut choisir, l'une orientée vers la ferme détermination de l'objet pensé qui est sensé apparaître au moment voulu, intact, identique à lui-même, net et borné, et il y a à l'inverse, une évolution de l'esprit vers une pensée incertaine, hésitante, ouverte, indécise et parfois géniale, qui, chez quelqu'un comme Musil, a pour conséquence une possibilité infinie de modifications ou de substitutions ultérieures. Si, par exemple, Musil fait toujours la distinction entre deux espèces de sentiments dont les uns sont déterminés à l'avance, et les autres qui sont indéterminés et auxquels, avec une certaine prédilection, il réserve toujours le nom entre tous élogieux, pour lui, d'humeur ou de stimmung, c'est que, dans sa pensée, le sentiment concerne toujours quelque chose de défini, suppose un but précis, fixé à l'avance, et se révèle être immanquablement la réaction obligée d'un comportement prévisible et contraignant, alors que, dans le cas de l'humeur, c'est le contraire qui se produit. L'humeur, ou la stimmung, est, en effet, sans limites, sans objet, sans définition proprement dite. Elle est toujours prête à envahir une pensée, sans que rien ne s'y imprime ineffaçablement ou ne s'en trouve décisivement modifié. Ainsi, toujours selon Musil, au sentiment déterminé correspond un objet déterminé, tandis que le sentiment indéterminé, qui est, au fond, toujours pour lui, le sentiment favori, tend à se confondre avec la pluralité changeante de pensées qui constitue le fond incertain, mais combien souvent délicieux, de toute pensée diffuse.



On ne saurait mieux dire. Pour Musil, un peu comme pour Gide, au moins pour le Gide première manière et grand voyageur sans objet déterminé, à qui il ressemble, l'indétermination est essentiellement une libération, donc un élargissement sans fin de ses courses de toutes sortes : « Quand un sentiment évolue vers la détermination, écrit Musil, il rétrécit le champ de sa signification ». Il mène donc tout droit à une action strictement limitée. S'il évolue vers l'indétermination, il semble d'abord n'avoir aucune fermeté ni énergie. Mais alors que le sentiment déterminé présente sans la moindre hésitation un être tendu vers ce qu'il vise, et prêt à se l'approprier spontanément, le sentiment indéterminé, au contraire, se contente d'effleurer délicatement le problème avec le désintéressement d'un ciel modifiant légèrement mais constamment ses couleurs. Le sentiment déterminé impose sa note au sentiment général de l'existence, mais c'est pour lui imposer une note dominante. En revanche, le sentiment indistinct qui flotte autour de lui, mais en adoucissant tendrement ses tons et ses teintes, persiste dans son infinitude. Parfois s'opère une alliance paradoxale de la précision et de Indétermination. L'homme déterminé est souvent celui qui, jouissant d'un sang-froid marqué, manifeste dans ses sentiments une exactitude rigoureuse, cependant qu'au-delà des limites qu'il s'est tracées, tout le reste, autour de lui, demeure indéterminé dans les profondeurs.



Ainsi deux couches de vie relativement indépendantes s'équilibrent dans un même être, les unes bordant les autres, sans que le tracé qui les sépare soit jamais immobile ni clairement distinct. C'est comme s'il y avait dans la pensée incertaine des êtres vivant confusément l'aventure de l'existence, deux destins différents : l'un actif, mais secondaire, qui s'accomplit avec plus ou moins de netteté, l'autre inactif, mais essentiel, et que l'on ne connaît jamais entièrement. D'ordinaire le Moi ne parvient jamais à saisir ses impressions, ni ses créations, isolément, en elles-mêmes, mais seulement dans un contexte où elles se dissimulent. Mais si ces rapports se défont, remarque Musil, il arrive qu'on se retrouve brusquement devant une création indescriptible, fascinante, inattendue, parfois même la plus séduisante de toutes, tant elle est troublante.



MUSIL : TEXTES ET COMMENTAIRES



Mélange paradoxal de détermination et d'indétermination.

Deux couches de vie, simultanées ou successives.



D'un côté, précision, exactitude, activité, concentration sur un objet déterminé, sur un but, état de l'être prisonnier du formulaire des sens, d'un contexte.



De l'autre côté, priorité, caractère non préformé, inactivité, absence de désir, repos, désintéressement, indifférence, oubli de soi, sans couleur particulière, incolore.



Etonnement inépuisable-Ignorance fondamentale : es-tu toi-même ?

On ne sait où l'on est, qui l'on est, quelle est notre nature particulière.



Absence de contexte.

Unité flottante - Entre l'être et le non-être...

Altérité.

Ondoiements d'émotions.

Non-localisations - non-limitations - non-causa-lisation.

Absence de qualifications - dépersonnalisation sans but, sans destination.

Angoisse, ou bien bonheur ?





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