wikipoemes
paul-verlaine

Paul Verlaine

alain-bosquet

Alain Bosquet

jules-laforgue

Jules Laforgue

jacques-prevert

Jacques Prévert

pierre-reverdy

Pierre Reverdy

max-jacob

Max Jacob

clement-marot

Clément Marot

aime-cesaire

Aimé Césaire

henri-michaux

Henri Michaux

victor-hugo

Victor Hugo

robert-desnos

Robert Desnos

blaise-cendrars

Blaise Cendrars

rene-char

René Char

charles-baudelaire

Charles Baudelaire

georges-mogin

Georges Mogin

andree-chedid

Andrée Chedid

guillaume-apollinaire

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

arthur-rimbaud

Arthur Rimbaud

francis-jammes

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
auteurs essais
 
left_old_somall

Essais littéraire

right_old_somall

MÉDITATION SUR QUELQUES VERS D'EDGAR POE - André Rolland de Renéville






(Extrait d'un carneT)



Je sens devenir de plus en plus vaste et solide en moi cette conviction qu'il suffirait que les hommes observent avec patience et lucidité les produits du labeur poétique à travers les âges, pour que soudain ils se trouvent en possession d'une lumière vainement demandée aux sciences et aux philosophies personnelles, mais qu'offrent ceux que l'on n'interroge pas, ces plongeurs noirs qui reviennent du fond d'un océan vide, et dont le front bouge encore dans le Sein de la Vierge, matrice du monde.

J'ai beaucoup médité ce soir sur le petit poème d'Edgar Poe que Mallarmé a traduit sous le titre Silence :





Il y a des entités - des choses incorporelles, ayant une double vie, laquelle a pour type cette dualité qui ressort de la matière et de la lumière, manifestée par la solidité et l'ombre.



Voilà donc posé le oui et le non, ces deux pôles que l'esprit atteint et abandonne successivement, comme un balancier majestueux. Son mouvement unit d'un trait virtuel, sans cesse défait, les faces inverses d'une vérité qui ne peut surgir que par la résolution de sa double apparence, et que l'esprit suscite d'une manière désespérée. Sans doute notre vie est-elle lacérée par le rythme implacable qui constitue sa propre texture : les silences dans la musique, le front entre les yeux, l'ombre à côté des lampes, l'infidélité, le marteau des minutes. L'homme a si bien compris que la base de toute création réside justement dans la coexistence d'un temps fort et d'un temps faible, qu'au moment de projeter hors de son cerveau les mondes qui s'y composent, il fait appel au rythme pour en sortir l'apparition. Mais l'impermanence des phénomènes, leur implacable vaporisation, nous remémorent perpétuellement l'irréalité de leur existence qui ne vaut que relativement à nous, qui périssons avec eux. L'homme reste ainsi placé entre deux cauchemars : le monde sensible et ses prolongements, que Poe nomme le corps du silence et son ombre.



Il y a un silence à double face - mer et rivage - corps et âme. L'un habite les endroits solitaires, nouvellement recouverts par l'herbe; des grâces solennelles, des réminiscences humaines et une science de larmes lui ôtent toute terreur: son nom est: «Non, plus!» C'est le corps du silence; ne le redoute pas! Il n'a en soi de pouvoir mauvais. Mais si quelque urgent destin (lot intempestif!) t'amène à rencontrer son ombre (elle innommée, qui, elle hante les régions isolées que n'a foulées nul pied d'hommE), recommande ton âme à Dieu.



Cet effroi du vide au profit de la science des larmes, cet exhaussement du souvenir en tant qu'il représente justement l'état de fixation des phénomènes à un degré intermédiaire entre la vie et la mort, me paraissent dictés par la logique d'une pensée pour qui l'absolu ne peut consister dans l'anéantissement du sujet et de l'objet, mais dans leur intégration réciproque. Ce mutuel envahissement qui caractérise l'amour, exige l'abandon successif de toutes les formes, leur brusque disparition, jusqu'au moment où éclate cette lumière qui simultanément les crée et les consume. Et sans doute ces vers du poème À Hélène (qui n'est autre que le poème de la contemplatioN) expriment-ils l'évapora-tion des objets dans l'éclat insoutenable de l'amour:

Je regardai - et en un instant toutes choses disparurent. (Ah! aie en l'esprit ceci que le jardin était enchanté!) Le lustre perlé de la lune s'en alla : les bancs de mousse et le méandre des sentiers; les fleurs heureuses et les gémissants arbres ne se firent plus voir: des roses mêmes l'odeur mourut dans les bras des airs adorateurs. Tout, - tout expira, sauf toi, sauf moins que toi, sauf seulement la divine lumière en tes yeux...

Cette divine lumière que je nommerai oui-non, celle qui jaillit des contraires enfin confondus, reste aux ordres de ces hommes que tous ont désarmés, mais dont chaque mot menace de faire retourner le monde à son essence.

ANDRÉ ROLLAND DE RENÉVILLE






Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Essais littéraire
A B C D E
F G H I J
K L M N O
P Q R S T
U V W X Y
Z        



mobile-img