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MADAME DE STAËL






Mme de Staël confond la mélancolie et l'enthousiasme.

Chez tous les autres poètes de son temps, ces deux sentiments sont incompatibles. Qui prend conscience de soi-même dans le regret, dans la privation, ne saurait s'orienter qu'en arrière, vers le sentiment déjà vécu et douloureusement rappelé. A l'époque de Mme de Staël, Chateaubriand, quelque peu plus tard Lamartine sauront ainsi créer une poésie inoubliable, qui est celle du jamais plus, du passé hors d'atteinte et de la mélancolie. Mme de Staël a connu, elle aussi, et pratiqué ces sentiments. Elle a su y percevoir, comme beaucoup de ses contemporains, une des voies essentielles qui permettent à la pensée d'échapper à l'actuel, c'est,-à-dire à la précision, à l'exactitude, à l'immédiateté qui sont les attributs de chaque moment déterminé de notre-existence. Le passé est donc la meilleure route, en tout cas, la plus évidente que nous puissions prendre pour nous soustraire à la règle de l'universelle détermination. C'est ce qui avait été compris d'ailleurs depuis la fin du xvine siècle. Le grand secret de mélancolie avait commencé de troubler les âmes depuis Young et ses Nuits, depuis Ossian et ses brumes, depuis les petits romantiques fin-de-siècle, comme Léonard ou Chênedollé. Tout le préromantisme exprime cette nostalgie. Elle se traduit le plus souvent dans les mots et dans les images par le vague, la confusion, la brume ossianique, l'effacement des formes au fond des perspectives de la nature ou de la pensée. Le retour au passé, ou, du moins, au souvenir plus ou moins brumeux ou fané qu'il nous laisse, nous semble la route la plus proche, la plus aisée, pour nous engager en direction de l'infini.





Mais il en est une autre. C'est celle choisie le plus souvent par Mme de Staël. C'est la route opposée, celle qui tourne le dos au passé et s'oriente vers l'avenir. Sans doute, ayant vécu, toute sa vie, environnée de romantiques, grands spécialistes des épanchements rétrospectifs, Germaine de Staël n'a pu s'empêcher, elle aussi, en différents endroits de son ouvre, de se tourner vers le passé. Mais dans la grande majorité des cas, c'est, au contraire, au futur qu'elle donne passionnément la préférence. Généralement on ne s'élance pas en arrière. Si on se laisse tenter, on glisse, on penche volontiers de ce côté. Parfois même, on s'y enfonce, on s'y enlise. Mais on ne se jette jamais avec toute l'ardeur de son être vers les horizons indécis et voilés que le passé, le plus souvent, entrouvre pour nous. Pour ce qui est du futur, c'est autre chose. La route est grande ouverte, l'horizon, le plus souvent, est libre. On peut s'y aventurer avec ardeur. C'est le cas de Mme de Staël. Au milieu des « passéistes » de son temps, elle est un des rares « futuristes ». Elle l'est même, plus qu'un autre peut-être, par l'intensité du sentiment qui la marque, c'est-à-dire l'enthousiasme. L'enthousiasme, chez Mme de Staël, loin d'être une effervescence passagère ou une sorte de jaillissement instantané qui éclate et s'épuise dans la sphère du moment actuel, se présente comme une force propulsive l'orientant irrésistiblement chaque fois, non pas vers un futur déterminé, vers une proie choisie entre toutes et aussitôt poursuivie, mais tout simplement vers un espace temporel grand ouvert, qui a pour première et presque unique caractéristique d'être indéfinissable et sans limite. S'élancer vers l'au-delà, quel qu'il soit, faire reculer démesurément les limites de la sphère de l'existence, ne tenir compte d'aucune borne, aller de l'avant sans avoir de but déterminé, enfin passer du train-train de la vie courante à une existence illimitée et qui aurait les dimensions de l'éternité, telle est la vie convoitée, passionnément recherchée et toujours en voie d'être dépassée par Germaine de Staël. On peut y voir évidemment une certaine ressemblance avec les nostalgies du passé, chères à la plupart de ses contemporains. Mais chez elle, c'est d'une nostalgie du futur qu'il s'agit. Du futur, ou plutôt de ce temps encore non figurable qui se dessine toujours au-delà des frontières reconnues de la pensée présente. La contemplation de l'avenir, il est vrai, ressemble en un sens à la contemplation du passé. Comme cette dernière, elle offre une grande part d'indétermination. Le vague du désir y est semblable, l'impuissance qu'on éprouve à en déterminer les formes, est aussi grande ou plus grande encore. On peut rêver un futur avec le même abandon qu'un passé. Mais tout cela, toute cette passivité habituelle de l'être s'aban-donnant aux pentes diverses de la pensée temporelle, est comme emporté et charrié chez la rêveuse passionnée qu'est Mme de Staël par un flot d'énergie mentale qui la jette toujours en avant, tout en ne lui permettant jamais de déterminer et de posséder définitivement l'objet poursuivi ainsi devant elle.



D'où, au cour même de cette nature essentiellement, anticipatrice, une angoisse éprouvée peut-être par elle plus intensément que par n'importe quelle autre personne de son époques sauf en de certains moments par Chateaubriand. C'est l'angoisse de ne pouvoir atteindre, la crainte de manquer ce qu'où vise, de ne plus même savoir exactement ce qui est ainsi vraiment visé; ou bien de ne le concevoir qu'inexorablement refusé et tenu à distance. Comment espérer rejoindre ce qu'on ne peut même formuler ? Derrière l'objet défini qu'on croit poursuivre, il s'en profile un autre, puis encore un autre, et cela se prolonge à l'infini. Le sentiment de l'infini chez Mme de Staël n'a donc jamais chez elle le caractère d'un repos de l'âme dans l'immensité qui se découvre devant elle. Le sentiment de l'infini, c'est, pour elle, le sentiment d'être exclue de l'infini. Alors, l'indétermination n'apparaît plus comme une ouverture mais comme une profondeur inexplorable. La conscience de l'infini rejette cette romantique vers le fini, ce qui lui est intolérable. L'erreur de Mme de Staël est d'avoir voulu transformer la passivité sereine de l'esprit contemplateur en son contraire, c'est-à-dire en une activité. Car toute activité risque de rejeter l'esprit dans le déterminé.



MME DE STAËL: TEXTES



Le vague des idées sans bornes est singulièrement propre à l'exaltation. (De la littérature, Ed. Colburn, II, p. 196.)



Je dirigeai notre conversation sur ces grandes pensées vers lesquelles la mélancolie nous ramène invinciblement : l'incertitude de la pensée humaine, l'ambition de nos désirs, l'amertume de nos regrets, l'effroi de la mort, la fatigue de la vie; et tout ce vague du cour, enfin, dans lequel les âmes sensibles aiment tant à s'égarer. (Delphine, Ed. Didot, I, p. 359.)



Je rêvais l'avenir en écoutant ces bruits harmonieux; et, confondant les espérances de la jeunesse avec celles de l'autre monde, je me perdais délicieusement dans toutes les chances de bonheur que m'offrait le temps sous mille formes différentes. (Ibid., I, p. 603.)

La pensée va peut-être encore plus loin, quand elle n'a point de bornes, ni même de but déterminé et que sans cesse en rapport avec l'immense et l'infini, aucun intérêt ne la ramène aux choses de ce monde. (De l'Allemagne, Didot, II, p. 46.)

Le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions doit son essor au besoin à'échapper aux bornes qui circonscrivent l'imagination. (De la littérature, I, p. 258.)

L'enthousiasme que le beau idéal nous fait éprouver, cette émotion pleine de trouble et de pureté tout ensemble, c'est le sentiment de l'infini qui l'excite. Nous nous sentons comme dégagés par l'admiration des entraves de la destinée humaine... (De l'Allemagne, II, p. 224.)






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