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L'hégémonie du genre romanesque






1. La foire au roman



L'hégémonie du roman par rapport aux autres genres littéraires a pris des proportions considérables. Certes un vaste public, de nos jours, achète et lit des ouvrages de réflexion, des mémoires, des essais dont L'Express, par exemple, publie chaque semaine la liste des meilleures ventes sous la rubrique « Études, essais, documents », qui se situe juste au-dessous de la rubrique « Romans, récits, nouvelles. » Force est de constater cependant que dans les vitrines des libraires, dans les rayons des bibliothèques publiques, dans les pages littéraires des journaux ou des hebdomadaires, le roman se taille la part du lion. Les points de diffusion se sont multipliés : bibliothèques des gares, kiosques, certains rayons de grands magasins. La présentation des volumes a beaucoup changé : elle est devenue voyante, parfois tapageuse. Si l'on examine le classement des best-sellers de la Quinzaine littéraire, six ou sept romans figurent régulièrement aux dix premières places. Les prix littéraires les plus prestigieux récompensent des romans qui, de ce fait, obtiennent de forts tirages. Le Roi des Aulnes, prix Goncourt, avait atteint les 200 000 exemplaires en 1971 ; le Goncourt de Yann Queffelee, Les Noces barbares, en 1985, a été vendu dans l'année à 500 000 exemplaires. Disons que le roman a été le plus grand bénéficiaire de ce que Robert Escarpit a appelé la « révolution du livre ».



« Foire aux romans ». c'est le cas de le dire. En dehors de la production de masse qui « sort » inlassablement des romans policiers, des romans d'espionnage, des romans de science-fiction, des romans d'amour, des romans pornographiques, tous les ans, il paraît en France trois ou quatre cents romans. D s'en faut de beaucoup que tous trouvent un public. Comme l'éditeur le plus avisé ne saurait prévoir à coup sûr le succès d'un livre, il lance sur le marché quantité d'ouvrages ; il équilibre l'échec de la plupart d'entre eux par l'obtention d'un prix littéraire ou le succès d'un best-seller. Chaque automne, plusieurs dizaines de romans sont engagés dans la course aux prix ; bientôt une vingtaine de titres se proposent effectivement aux suffrages des différents jurys. On assiste ainsi dès le mois de septembre à une « rentrée romanesque » - comme il y a une rentrée scolaire et une rentrée universitaire.



2. Roman littéraire et roman de consommation



L'abondance des romans est telle, de nos jours, qu'il faudrait avoir perdu tout bon sens pour prétendre présenter un tableau de la production. Je serais volontiers tenté de penser qu'un des traits frappants des dernières décennies est l'élargissement du fossé qui sépare le roman littéraire du roman de grande consommation. Mais il faut aussitôt prendre garde que certains romans « littéraires » peuvent, à la faveur d'un prix par exemple, ou par leur vertu propre, atteindre les tirages d'un best-seller. D'ailleurs la notion même de roman de consommation est suspecte : certes, ce peut être un produit fabriqué pour entrer dans le cadre d'une collection comme « Le Masque » ou « Fleuve Noir » ; ce peuvent être aussi des ouvres de grande valeur, qui ont rencontré la faveur d'un vaste public : les romans de Sartre, ceux de Camus, de Zola ou de Maupassant, pour ne citer que quelques exemples. Les collections bon marché (« Folio », « J'ai lu », « Le Livre de Poche », « 10/18 » ...) ont répandu auprès d'un immense public des ouvres qui comptent parmi les chefs-d'ouvre de la littérature romanesque : c'est, depuis 1950. un phénomène tout à fait considérable. Il s'est constitué pour le roman ce que, pour les arts plastiques, Malraux appelait le musée imaginaire : dans la bibliothèque du « liseur » de romans, Balzac et Dostoïevski, Dickens et Faulkner, Mauriac et Giono rivalisent avec le dernier succès de la saison.



Succès du roman

Si Jeanne Bourin vend plus de 1 500 000 exemplaires de La Chambre des dames, publié en 1979, et 1 817 000 exemplaires du Jeu de la tentation, paru en 1981, elle est suivie de près par Flaubert dont, à la date de 1987, 1 336 000 exemplaires de Madame Bovary ont été vendus dans les collections de poche. Si les succès de Guy des Cars (L'Impure, La Corruptrice, Les Filles de joie, La Brute, etc.) dépassent régulièrement 1 500 000 exemplaires, il a été vendu, depuis leur parution jusqu'à nos jours, 1 500 000 exemplaires de Germinal ou de La Condition humaine de Zola. En face de ces succès de vente, les auteurs du nouveau roman, par exemple, doivent généralement se contenter de tirages plus modestes, encore que la récompense d'un prix littéraire puisse soudain porter un roman difficile au très grand succès : ce fut le cas de La Modification de Michel Butor qui bénéficia en 1957 du prix Renaudot.

D'une époque à l'autre, la différence des tirages est souvent étonnante : Le Père Goriot de Balzac a été vendu en collection bon marché à 1 433 600 exemplaires à la date de décembre 1985 ; les premières éditions de ce roman, avant 1850, tiraient chacune à 1 500 ou 2 000 exemplaires, et la totalité des ventes ne dépassait pas quelques dizaines de milliers de volumes - ce qui était d'ailleurs un chiffre important pour l'époque. Les Mystères de Paris d'Eugène Sue ont été, en cinq ans, vendus à 60 000 exemplaires. Du côté de chez Swann n'obtint en 1913 aucun succès, et ce volume a été vendu en collection bon marché à 1 419 000 exemplaires au 31 décembre 1985. Faut-il rappeler qu'un des plus beaux romans du xix* siècle, te Rouge et le Noir, a été tiré dans chacune des premières éditions à 750 exemplaires, et qu'il en a été vendu depuis en poche 1 822 000 exemplaires.



Toutefois le fossé entre le roman de grande consommation et « le roman comme recherche », pour emprunter cette définition à Michel Butor, se manifeste par des signes institutionnels : chez Gallimard, par exemple, maison littéraire par excellence, la collection « Le Chemin » a toujours été attentive à publier des textes de qualité : c'est comme une chapelle précieuse à l'intérieur de la grande église. Tel auteur publie sous pseudonyme un best-seller retentissant et sous son nom des romans très élabores : le cas le plus connu est celui de Jacques Laurent : il a publié chez Grasset en 1971 Les Bêtises, roman qui a obtenu le prix Goncourt, et en 1981. Les Saus-ensemhles flous. Mais on sait qu'il est l'auteur de Caroline chérie, vendu à près de 1 000 000 d'exemplaires dans les années 1950. sous le pseudonyme de Cécil Saint Laurent.



3. Diversité



La surabondance de la production n'a d'égale que sa diversité. Comment le lecteur de bonne foi. voire le critique professionnel, pourrait-il opérer des classements, dessiner les aspects variés du paysage qu'offre la production romanesque ? Comment lirait-il avec une égale attention tous les romans qui paraissent ? Il peut seulement signaler quelques ouvres d'une qualité particulièrement remarquable. Durant la même saison, il y a souvent, d'un roman à l'autre, beaucoup de traits communs ; même les romans littérairement les plus élaborés paraissent coulés dans le même moule. Chaque romancier respire l'air de son temps, a l'oil ouvert sur la production de ses confrères ; il peut entreprendre de rivaliser avec eux sur le même terrain, mais aussi s'écarter délibérément de la voie qu'ils suivent pour mieux affirmer son originalité. Les grands modèles du passé peuvent encore agir comme des ferments. Au bazar des techniques romanesques, chacun peut puiser selon sa fantaisie et le stock des procédés déjà utilisés est considérable. D'autre part, chaque année, les ouvres d'auteurs qui appartiennent à des générations très différentes se mêlent et, sur la couverture, le nom de grands anciens a la valeur d'une garantie - or, leur tirage demeure considérable, même si les histoires qu'ils content paraissent un peu démodées. J'en prends un exemple : au printemps de 1969, un an après les I « événements de mai », Mauriac et Montherlant (le premier avait alors 84 ans, le § second. 73 anS) publient à quelques semaines d'intervalle un roman qui raconte la S vie d'adolescents d'avant 1914 : ce sont Les Garçons de Montherlant, c'est Un adolescent d'autrefois de François Mauriac. Ces deux livres, complètement inac-| tuels. ont remporté un grand succès de critique. Quand on public, d'autre part, au T cours des années 1970. les ouvres romanesques des « monstres sacrés » de rentre-deux-guerres (Mauriac, Giono, etc.) dans la « Bibliothèque de la Pléiade ». ou dans § la collection « Folio », le succès demeure souvent important. Encore en 1987. I Julien Green. qui a débuté dans les années 1920. obtient un triomphe avec Les Pays f- lointains. À la diversité des formules s'ajoute, dans la production courante, le téles-i copage des générations.

L'abondance des modèles que chacun a intériorisés peut conduire à la tentation | de parodier, ou. au contraire, à une sorte de fuite en avant, où l'on essaie de briser I avec tous les procédés ordinaires du récit. Quand on atteint le fond de l'impasse. O on peut soudain retrouver la nostalgie des grandes avenues ordinaires : raconter tout bonnement une histoire captivante ou émouvante paraît le fin du fin et le dernier cri de la « modernité ». La surenchère des contestations va de pair avec le cours paisible des grandes carrières qui vont de succès en succès. On en est arrivé à un point, dans l'histoire du roman, où toutes les formules peuvent coexister. En pleine vogue du roman existentialiste, dans les années d'après-guerre, on a vu le succès, dans les années 1950, de la génération des « hussards » du demi-siècle : Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent brillent par leur insolent refus des lourdeurs de la littérature engagée. Dès 1949, Jean Giono publie un antiroman, Noé, et il est piquant que jamais les nouveaux romanciers, qui s'imposeront après tes Gommes de Robbe-Grillet en 1953, ne fassent allusion à ce livre : ils s'affirmèrent plutôt les héritiers de Proust, de Joyce, de Raymond Roussel. Dans cet entremêlement des générations, des ouvres, des styles, comment le critique pourrait-il prétendre dresser un bilan, présenter un tableau de la production romanesque ? A moins de prendre beaucoup de recul et de consentir à être sommaire : on dira par exemple que, depuis 1945 et jusqu'à 1954, année où tes Mandarins de Simone de Beauvoir obtient le prix Goncourt, c'est le roman « existentialiste » qui donne le ton. En 1953 - c'est par de tels rapprochements que l'on peut discerner les lignes de rupture -, Robbe-Grillet publie tes Gommes, son premier roman, aussitôt salué par Roland Barthes, dans un remarquable article de la revue Critique, comme modèle d'un nouvel art romanesque. De 1954 à 1968. on assiste à l'hégémonie du nouveau roman : ce n'est certes qu'un mince secteur dans la production littéraire, mais les noms de Robbe-Grillet, de Michel Butor, de Claude Simon, de Nathalie Sarraute s'imposent à l'opinion. Autant la littérature existentialiste était celle de l'engagement politique, de la participation à l'Histoire en train de se faire, autant les pontifes du Nouveau roman se défendent de toute ambition qui ne serait pas purement littéraire et formelle. C'est la minutie d'un bricolage textuel qui les intéresse, non la psychologie des hommes ou le destin des civilisations. Mais il me semble que les événements de 1968, même s'ils n'ont été qu'une parodie d'histoire, ont eu pour conséquence de poser, ou de reposer, les problèmes urgents qui concernent les hommes, leur vie, leur avenir, leur espérance. Certes, on a continué à écrire des « nouveaux romans » - mais la nouveauté, la puissance d'impact, soudain, n'était plus de ce côté-là : c'est le roman historique qui a, durant quelques années, occupé le devant de la scène, puis se développa et continue à se développer, de nos jours, le courant d'un « roman-autobiographie », qui permet à un narrateur fictif, parlant à la première personne, de ressasser ses obsessions, ses angoisses, ses souvenirs. Mais il faut bien comprendre que de telles périodisations sont sommaires, et qu'elles ne sauraient rendre compte avec exactitude du foisonnement et de l'enchevêtrement des tentatives.






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