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L'EUROPE EN QUÊTE DE SON IDENTITÉ, SELON LES COSMOGRAPHES DE LA FIN DE LA RENAISSANCE






Les cosmographes ont, par métier, à ordonner et à décrire des ensembles. Les profondes mutations qui affectent l'Europe de la Renaissance se reflètent-elles dans l'image de l'Europe que proposent ceux de la fin de ce temps ' ? Réussissent-ils à les prendre en compte et à élaborer une nouvelle image cohérente de l'Europe ? Ou se laissent-ils aller, sous l'influence des conflits de toutes sortes qui accompagnent ces mutations, à ne plus donner de l'Europe qu'une vision éclatée ? La réponse à laquelle conduit l'examen des textes ne s'accorde, on va le voir, à aucune de ces deux hypothèses. L'Europe des cosmographes apparaît à la fois comme une notion qui, reprise de la science antique, est singulièrement tenace, et comme une représentation mentale qui ne résiste à l'épreuve de l'histoire contemporaine qu'au prix d'omissions, de dépréciations, mais aussi de subtiles et efficaces transformations, appelées à une assez longue postérité. Cet attachement à une image vieillie, sinon périmée, mais en même temps les effets de la pression de l'histoire - qui infléchit insidieusement cette image alors qu'on cherche, contre cette pression, à la sauvegarder -, peuvent aider à repérer quelques-uns des obstacles intellectuels qui ont pu, qui peuvent encore, entraver l'élaboration d'une image neuve.





Que l'Europe existe, nos auteurs n'en doutent pas, puisqu'elle a, conformément à la distribution du monde héritée des Anciens, une réalité géographique. Merula rappelle que certains auteurs ont divisé le monde en deux parties, l'Afrique étant selon les cas adjointe à l'Europe ou à l'Asie 2 ; mais ce rappel n'est pas de grande conséquence, la tripartition étant l'avis le plus répandu. La découverte du Nouveau Monde pourrait imposer maintenant une quadripartition, mais ce fait ne modifie guère la vision géographique de l'Europe, du moment que l'Amérique est considérée comme une île. « La terre a désormais quatre parties, dont les trois premières sont continentes, et la quatrième une île, puisqu'on voit que de toutes parts la mer l'enserre », écrivait Walseemuller en 1507 ; c'est toujours le raisonnement de Merula, en 1621 : «America potius Insula »3. Dans ces conditions, c'est à l'Asie et à l'Afrique seulement qu'il convient de confronter l'Europe, du point de vue géographique, et la science antique peut continuer à être mise à contribution.



Or, cette science ne se contente pas de délimiter l'Europe ; elle en offre aussi une description générale, qu'on se plaît à reprendre. Mais il est déjà significatif que, de toutes les descriptions proposées, soit retenue très constamment celle de Strabon, c'est-à-dire d'un géographe contemporain d'Auguste et de Tibère, et donc de la première affirmation de l'Empire romain ; et encore plus significatifs sont les changements, certes souvent ténus en apparence, qui affectent les reprises de la description de Strabon.



Assurément le projet d'une cosmographie universelle oblige à présenter des ensembles, et la nécessité de présenter des ensembles engage à leur trouver une unité. Bien des auteurs semblent reculer devant une telle exigence et avoir hâte de passer aux descriptions des pays particuliers dont l'addition constituera cette cosmographie universelle qui est leur projet. La seconde moitié du XVIe siècle voit plusieurs entreprises de cette nature, les plus connues étant celles de Munster, de Thevet, de Belleforest, de Merula, de D'Avity : de fait, à les lire, on a souvent le sentiment que les auteurs, en donnant une vue d'ensemble de l'Europe, sacrifient à une nécessité. C'est, du reste, le moment où, paradoxalement, l'idée d'une cosmographie universelle rencontre des contestations, le plus souvent au nom de l'autopsie, du témoignage direct des yeux, qui tend à devenir une règle fondamentale de l'écriture cosmographique4. Or, quel cosmographe universel peut prétendre avoir vu tout ce dont il parle ? On connaît la sortie de Montaigne contre ceux qui, « pour avoir cet avantage sur nous d'avoir veu la Palestine », « veulent jouir de ce privilège de nous conter nouvelles de tout le demeurant du monde »5. Dans son contexte, cette critique vise André Thevet : auteur d'une Cosmographie du Levant (1554), relation d'un récent voyage dans les îles grecques, en Turquie, en Egypte, en Palestine et en Syrie, il venait de publier, en 1575, sa volumineuse Cosmographie universelle. Mais, en parlant ainsi, Montaigne était sûr de rencontrer l'adhésion d'un certain nombre de ses contemporains, critiques comme lui à l'égard de telles entreprises. Déjà en 1566, G. de Terraube notait:



Me semble vanité l'opinion d'aucuns qui, pour avoir veu une partie d'un païs loingtain, veulent qu'on pense qu'ilz puissent bien fidèlement descrire le reste.



Et Thevet, pour échapper à ce reproche, ne pouvait qu'assurer, comme il le fait sans cesse, avoir vu tout ce dont il parlait. Il écrivait par exemple, dans sa description de l'Europe, ces lignes dont on verra bientôt la source :



L'Europe estant la plus belle, principalle, et mieux renommée de toutes les parties du monde, quoy qu'elle soit plus petite en estendue que les autres, si est-ce qu'elle est plus habitée et fertile, et a des hommes plus accorts et de meilleur esprit, comme j'ay aperceu l'ayant visitée, qu'en tout le reste des autres trois parties 7.



Sans renoncer au projet d'une cosmographie universelle, Thevet reconnaissait ainsi, implicitement, la validité de l'exigence d'autopsie. Les autres auteurs qui poursuivent un même dessein cherchent par d'autres voies, plus subtiles, à satisfaire à la même exigence. Il reste que celle-ci modifie profondément l'entreprise : désormais une cosmographie universelle est d'abord une addition de cosmographies particulières. Dans ces conditions, les généralités sur les continents perdent de leur importance. L'énorme Histoire du monde de D'Avity ne comportait pas, à la mort de l'auteur, de description de l'Europe ; c'est l'avocat François Ranchin qui, conduisant l'oeuvre à son terme, rédigea le « Discours général de l'Europe », qu'on trouve dans la première partie du tome V 8.

Ces descriptions peuvent être longues, comme celles de Ranchin, qui ne comporte pas moins de vingt-neuf pages in-folio. On se demande cependant si leurs auteurs n'éprouvent pas une certaine gêne : où est donc l'unité de cet ensemble qu'ils sont forcés de décrire comme ayant une unité ? De là vient, au moins en partie, leur propension à reprendre la description de Strabon. Elle avait l'intérêt de reconnaître à l'Europe une unité qui n'excluait pas sa variété, qui même l'exigeait. A une époque où l'idée de variété est une idée-force9, la vigueur avec laquelle Strabon marquait celle de l'Europe imposait sa description. Mais, pour un homme de la Renaissance, la variété n'est une heureuse qualité que si elle concourt à l'unité. A quelle unité de l'Europe peut-on désormais soumettre sa variété ? Celle qu'indiquait Strabon leur était presque inintelligible, on va le voir.



L'Europe, soulignait Strabon l0, a des avantages naturels : l'habitabilité, la fécondité, mais aussi une harmonieuse diversité ; sa « grande variété de formes », sa nature de « mosaïque de plaines et de montagnes », en effet, la préparaient à la paix comme à la guerre. « Les pays au climat rigoureux ou les régions montagneuses offrent par nature des conditions de vie précaires », et disposent à une sorte de belliqueuse rudesse ; « mais avec une bonne administration, même les pays misérables et les repaires de brigands deviennent policés. Les Grecs, par exemple, dans un pays de montagnes et de pierres, ont mené une vie heureuse grâce à l'intelligence qu'ils avaient de l'organisation politique, des techniques et généralement de tout ce qui constitue l'art de vivre. A leur tour, les Romains, en prenant sous leur tutelle nombre de peuples naturellement peu policés du fait des pays qu'ils occupent, âpres ou dépourvus de ports ou glacés ou pénibles à habiter pour toute autre raison, ont créé des liens qui n'existaient pas auparavant et enseigné aux peuplades sauvages la vie en société [7COÀ.iTiKCb





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