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Les littératures de la Suisse






La Suisse aux quatre langues a toujours subi les courants de pensée différents de chacun des domaines linguistiques voisins. La conscience de cette situation est nécessaire à la compréhension des quatre littératures florissant parallèlement en Suisse. Il n'existe pas de littérature suisse, que l'on pourrait définir par thèmes, styles ou tendances.



Littérature de la Suisse alémanique



Des débuts jusqu'en 1700



Au Moyen Age et jusqu'au XVe siècle, le territoire helvétique fait partie du Saint F.mpire romain germanique. Il en suit l'évolution sociale, politique et littéraire. Jusqu'à la fin du XVe siècle, il n'y a donc de littérature suisse que géographiquemenl. La situation de marche méridionale qu'a le territoire helvétique donne cependant à la littérature qui y naît un caractère particulier.



Le couvent de Saint-Gall est un des centres principaux de la tradition littéraire germanique ancienne. Le souci des moines de rendre accessibles à leurs élèves les textes latins aura pour conséquence les débuts d'une littérature de langue allemande: gloses (traductions en marge de certains mots latinS) et transpositions juxtalinéaires entre les lignes du texte latin; puis traductions des prières fondamentales du christianisme, le Notre Père, le Credo, etc., et enfin celle de la Bible et de textes importants de l'Antiquité. C'est aussi à Saint-Gall que l'on voit naître et se développer les Mystères chrétiens (Office dramatique de PâqueS).

Au cours du haut Moyen Age, les conditions sociales ont évolué: ce ne sont plus uniquement les moines qui sont les porteurs de la littérature, mais aussi des «ministériaux» qui. anciens serfs, assurent par leur représentation poétique de la vie de cour un soutien idéologique à la noblesse ancienne, tout en se créant un statut social supérieur. Le Minnesang (chant d'amouR) et le cycle du roi Arthur témoignent de l'unité suprarégionale de la chevalerie. Le premier chevalier-poète connu en territoire de langue allemande est Hartmann von Aue (env. 1160/65 - env. 1210) d'origine alémanique (Eglisau?). Dans ses romans Erek et Iwein, il pose les problèmes de la réalisation d'une chevalerie idéale. Tandis que dans ces premiers exemples de romans courtois l'amour et la chevalerie sont élevés au plus haut niveau de poésie et de civilisation, on trouve en Suisse un exemple d'un cycle poétique de niveau inférieur avec le Lanzelet (env. 1195) du prêtre Ulrich von Zazikofen, où son héros se trouve au centre d'une série de contes et d'aventures amoureuses.

La Manessische Minneliedersammlung est un des recueils de chants les plus importants de l'époque. L'influence des quelque 140 auteurs de lieder nommément cités fut considérable pour le Minnesang, poème d'amour basé sur des règles précises de la société et où le trouvère aspire toujours aux faveurs d'une amante d'une classe supérieure à la sienne. Le Jeu de Pâques de Mûri (ArgoviE). anonyme, du début du XIIIe siècle, est la première ouvre dramatique du Moyen Age entièrement écrite en allemand. Le texte biblique est réparti en rôles et se dramatise - début d'une longue tradition de théâtre religieux. Vers la fin du Moyen Age, celui-ci se subdivisa en Jeux de Noël, de la Passion, de l'Ascension. Jeux d'automne, de l'Antéchrist, du Jugement dernier. Des pièces d'actualité politique et - particulièrement dans les villes de Lucerne, Berne et Zurich - des pièces de carnaval témoignent de l'importance croissante de la vie théâtrale.

Heinrich Wittenwiler (Wângi, ToggenburG) a réalisé un exploit unique dans la langue allemande avec Der Ring (vers 1400). épopée didactique satirique grotesque où une noce campagnarde et la bagarre qui s'ensuit sont traitées en exemple parfait de la vanité humaine. Bien inoffensives. en revanche, les ouvres qui ont précédé: le Schachzahelbuch (traité d'échecS) de Konrad von Ammenhausen (1337), où les échecs sont une allégorie du monde et Der Edelstein (la pierre précieusE) du dominicain bernois Boner (vers 1350), recueil de cent fables.



En opposition au réalisme de cette poésie, le mysticisme, tourné vers l'intériorité, se développe avec force en Suisse: Meister Eckhari. Johannes Tauler et surtout Ueinrich Seuse font des visites dans les couvents et encouragent ainsi la littérature mystique.

Ce n'est qu'avec le détachement progressif de la Confédération du Saint Empire que va se développer une littérature qui sera «helvétique» au sens civique. Des chants populaires historiques vont exalter des événements politiques tels que batailles et traités de paix et chanter des héros comme Guillaume Tell. A la fin du XVe siècle, après les guerres de Bourgogne, une conscience nationale se fait jour, qui appréhende la création et l'histoire de la Confédération comme événement unique. La littérature en acquiert une fonction politique nette, tendant à fortifier cette prise de conscience.

Les bouleversements sociaux importants liés à l'humanisme et à la Réforme provoquent des orientations de tendances différentes. Des représentants éminents de l'humanisme européen émigrent et s'illustrent au cours de longs voyages. Niklaus von Wyl ( 1418-1478), de Brem-garten. est un traducteur connu d'ouvrages italiens et latins; le médecin et naturaliste d'Einsiedeln. Théophrasle Paracelse ( 1493-1541 ), est le premier à donner des cours en allemand dans les universités. D'autres érudits se groupent à Bâle autour d'Erasme de Rotterdam, qui y séjourne temporairement, et font de la ville un centre de l'humanisme.



Tandis que les écrits des réformateurs (en particulier Ulrich Zwin-gli (1487-1531) s'efforcent d'agir par leur impact théologique sur le cours de l'histoire, les lettres en font autant, à l'aide surtout des nombreux pamphlets du temps. Le théâtre devient une arme de combat dans les luttes confessionnelles: citons Pamphilus Gengenbach (1480-1525) à Bâle, Niklaus Manuel (1484-1530) à Berne et Hans Aspers (1499-1571) à Zurich. Les conséquences des conflits sociaux se reflètent dans un renforcement de l'individualisme, tel qu'il s'exprime dans l'autobiographie de Thomas Platter (1495-1582). chevrier valaisan et humaniste bâlois. comme aussi dans le grand clan du théâtre populaire. Le Urner Tellenspiel (1511) et le jeu du pauvre Lazare (1519) témoignent clairement de l'intention didactique de ce temps.

Au XVIIe siècle, la cristallisation des fronts confessionnels relègue le théâtre dans l'intimité des écoles: le père jésuite Jakob Gretser (1562-1625) enseigna par exemple deux ans à Fribourg et y écrivit neuf pièces de théâtre. Lucerne et Zurich étaient connues pour leur vie théâtrale: en 1616 et 1624 on y interdit toute activité de ce genre. Une politique culturelle peureuse dictée d'en haut doit empêcher la naissance de toute opposition au patriciat. Une littérature de cour baroque unifiée ne peut cependant pas se développer dans un pays aussi morcelé que la Suisse d'alors. La mise au pas de la vie publique par la Réforme, d'une part, et la formation de patriciats dominants, de l'autre, font alors de la littérature un instrument de discipline sociale. Les rigueurs de la censure étouffent une grande part de la littérature d'opposition campagnarde, en étroit rapport avec la grande guerre des paysans - le mouvement de résistance le plus violent à la domination citadine et patricienne. La victoire de celle-ci entraîne un renforcement du contrôle sur les imprimeurs et éditeurs. Sur la base de modèles rhétoriques, de très nombreux ouvrages voient le jour, souvent écrits sur commande. Seuls dignes d'être mentionnés, le poète zurichois Johann Wilhelm Simler et surtout Franz Veiras, qui dans son Heutelia (1638) dessine une satire intelligente et spirituelle de la vie en Suisse au XVIIe siècle. Johann Kaspar Weissenhach (1633-1678) écrit pour Zoug, sa ville natale, une grande Moritat (complaintE) dramatique Eyd-genôssische Contrafeht Auf- und Abnehmender Jungfrau Helvetia.



De 1700 à 1900



Le grand mouvement des Lumières a déjà ses représentants en Suisse à la fin du XVIIe siècle. Johannes Grob (1643-1697) s'attaque en 1688 à l'influence de la politique absolutiste française dans son libelle Treugemeinter Eidgenossischer Aufwecker, en rappelant la tradition de liberté et d'indépendance de l'ancienne Suisse. Il ne trouve pas d'écho dans un pays divisé par trop d'intérêts confessionnels et politiques divergents.

Au XVIIIe siècle, deux Zurichois prennent une place dominante dans la littérature de langue allemande: Johann Jakob Bodmer (1698-1783), fils de pasteur et son ami Johann Jakob Breitinger (1701-1776). Bodmer est le plus actif des amis des écrivains allemands Klopstock et Wieland. Traducteur et historien, il joue un rôle important entre les diverses cultures européennes; théoricien de la littérature (Critische Abhandlung von dem Wunderbaren in der Poésie 1740) et historien littéraire (Charakler der Teutschen Gedichte 1734). son influence se prolongera longtemps. Il combat avec son ami Brei-tinger dans des revues hebdomadaires pour une poésie qui soit «peinture parlante». Breilinger, professeur de littérature hébraïque et grecque à Zurich, publie une poétique systématique. Critische Dichtkunst (1740), qui s'oppose à l'idéal classique du théoricien allemand J. Ch. Gottsched (1700-1766). Bodmer fonde en 1727 la «Hel-vetische Gesellschaft fiir Vaterlàndische Historié», société d'histoire, et dans les cercles littéraires et intellectuels de Zurich se réunissent les individualités les plus représentatives du siècle: on y trouve Johann Georg Suizer (1720-1779), pédagogue et philosophe. Johann Caspar Lavater (1741-1801). l'écrivain philosophe ami de Goethe, le réformateur de la pédagogie Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827). le médecin économiste Hans Caspar Hirzel (1725-1803) et le peintre, poète et éditeur Salomon Gessner (1730-1791).

Chez Albrecht von Haller (1708-1777), auteur de Die Alpen, on remarque une certaine contradiction entre une philosophie politique d'un grand idéalisme et un certain provincialisme. Le fils de patriciens bernois oppose à la corruption de son temps l'image du peuple montagnard, souverain et sans classes sociales, où «il n'y a pas de différences». La liberté politique qu'il réclame va de pair avec une vie en retrait, une simplicité en tout: «On mange, on dort, on aime et on remercie le sort.» Haller est en même temps un savant universel de son époque. Il publie simultanément des ouvrages de critique littéraire, des poèmes didactiques et naturalistes, des études de physiologie et de biologie.

Dans la même intention d'éducation du peuple, de nombreux poètes adoptent des modes d'expression didactiques. Le plus connu des fabulistes est alors Johann Ludwig Meyer von Knonau (1705-1785). L'idylle, aussi, est un des moyens préférés d'expression du temps des Lumières en Suisse. Celles en mode antique de Salomon Gessner font de lui le second poète à résonance européenne après A. de Haller. Dans ses poèmes, il fait du paysage zurichois un paradis arcadien. Cette littérature oscille entre une fuite régressive et une pensée progressiste critique.



L'influence des ouvres de philosophie politique, de pédagogie et de critique culturelle - notamment celles du Genevois Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) - a une importance considérable pour le développement social et littéraire. Les oligarchies patriciennes répriment avec une extrême rigueur les premières révoltes importantes (Samuel Henzi, Berne, exécuté en 1749; Johann Heinrich Waser. pasteur à Zurich, exécuté en 1780). Le monde littéraire se satisfait d'analyses intellectuelles sur les courants de pensée du temps; dans une conception idéale d'un Etat national bourgeois, il établit des liens avec la Révolution française. Au temps des patriciens de vaste culture que sont Haller et Johann Gaudenz von Salis-Seewis ( 1762-1834) auteur de poétiques idylles, le premier écrivain plébéien. Ulrich Broker (1735-1798). publie la Lebemgeschichte und nalurli-chen Abenieuer des Armen Mannes im Tockenburg* (1789). Ce roman autobiographique d'un fils de paysan est une anti-idylle, la riposte la plus vive à la bergerie stylisée, exprimée avec les moyens d'un réalisme résolu. C'est le roman de formation d'alors d'un «laissé pour compte» social et d'un outragé.

Après l'effondrement de l'Ancien Régime lors de l'entrée des troupes françaises en Suisse, l'idée d'un Etat bourgeois progresse lentement jusqu'en 1848. Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827). éducateur et philosophe social, est imprégné de l'atmosphère de ce temps d'effondrement de l'ordre ancien (1797/98) et aussi de l'organisation de l'Etat nouveau. Ses ouvres littéraires principales sont Lienhard und Gerirud* (1787), roman éducatif, et les écrits pédagogiques subséquents Nachforschungen iiber den Gang der Natur in der Entwick-lung des Menschengeschlechls et Wie Gertrud ihre Kinder lehrl* (1801). Pestalozzi est fait citoyen d'honneur de la République française pour la valeur de sa pensée formatrice et son ouvre a un retentissement mondial.



Le romantisme est faiblement représente dans les lettres suisses alémaniques. Il s'exprime surtout par des chants populaires. Johann Martin Usteri (1763-1827) et Ulrich Hegner (1759-1840) cultivent le folklore et les belles-lettres dans un confort petit-bourgeois.

Plus importants sont les écrivains qui se situent dans une tradition révolutionnaire bourgeoise, s'inscrivant ainsi directement dans le mouvement libéral. Heinrich Zschokke (1771-1848) s'essaie à tous les genres pour l'éducation du peuple: édification, aventures, romans historiques et enfin la revue Der Schweizerbote. C'est un des écrivains à succès de son temps en langue allemande. Le poète populaire zurichois Jakob Stutz (1801-1877)dresse dans Brand von Usteri 1836) un monument à une révolte ouvrière contre les profits de l'industrialisation.

Du réaliste Broker, en passant par l'éducateur écrivain Pestalozzi, une ligne conduit directement à Jeremias Gotthelf (1797-1854), qui par sa représentation experte et insistante de la vie paysanne dans une région limitée crée une ouvre dépassant largement ce cadre par sa valeur: Bauernspiegel* (1836). Leiden und Freuden eines Schul-meisiers* (1839). Uli der Knecht* (1841). Geld und GéW/*(1843). Annebâbi Jowàger* (1844). Gotlhelf-contemporain de transformations socio-économiques et culturelles profondes - décrit avec la précision du connaisseur la vie des paysans de l'Emmental, prêche l'exemple et prodigue des conseils avec la forte conviction du prédi-canl. L'idylle s'élève jusqu'à des visions incroyables du monde racheté. Dans une langue fortement teintée de dialecte, la représentation de la déchéance morale et de la destruction sociale atteint une acuité jamais atteinte jusque-là. Chez Gotlhelf. tout reste dans la sphère paysanne. C'est sous cet angle que sont dessinées les tendances économiques et sociales corruptrices de la bourgeoisie en développement - celles-là mêmes contre lesquelles Gottfried Keller (1819-1890) mettra âprement en garde dans son roman tardif Martin Salander (1886) et que critiquera le philosophe historien Jacob Burckhardt (1818-1897), de Bâle.

Gottfried Keller crut longtemps que les idéaux de l'Etat nouveau et révolutionnaire de 1848. pour lesquels il s'était personnellement engagé dans son lyrisme patriotique, auraient une action bénéfique. Il s'est vu lui-même en intermédiaire entre eux et les réalités sociales et s'est forgé là son ironie et son style. Cette fonction d'intermédiaire se révèle le plus clairement dans son grand roman Der grime Heinrich*. un des romans d'éducation les plus importants de la langue allemande. Alors qu'à la fin de la première version (1853/55) Keller voyait son héros échouer comme artiste, il apporte dans la deuxième (1880) une solution positive pour Henri le Vert qui devient avec succès un homme d'Etat. Keller est l'écrivain qui a souligné le plus visiblement le contraste entre l'idyllique et brillante grandeur métaphysique de la vie bourgeoise et la bassesse et l'indignité quotidiennes de la chasse au profit, devenue objectif suprême du monde des affaires. Ses nouvelles Die Leute von Seldwyla* (1856-1874) sont un monument littéraire remarquable érigé à cette contradiction. Après 1870. Gottfried Keller est un des écrivains les plus lus de son temps en langue allemande.



L'effondrement du mouvement de libéralisation en Allemagne après 1850, confirmé par l'avènement de l'Empire sous le signe de la réaction (1870/71), amène à un idéal littéraire classico-romantique à caractère épigonal. Un des représentants de ce mouvement est Conrad Ferdinand Meyer (1825-1898), le second grand poète zurichois du XIXe siècle avec Gottfried Keller. Beaucoup de ses poèmes expriment un grand isolement et un sentiment d'oppression que l'on retrouvera comme thèmes littéraires sous des formes diverses jusqu'à nos jours. L'utopie de 1848 de voir naître un établissement politique juste et social est étouffée par le développement économique. La concentration de la puissance économique se voit rapidement confrontée dans les régions industrielles à une classe ouvrière grandissante. Keller et Gotthelf pouvaient encore penser qu'ils écrivaient pour tous. Meyer adopte une attitude aristocratique qui sera sa ligne de vie et de souffrance. Pour ses récits, construits avec art, il cherche dans le passé des modèles et des situations critiques lourdes de conséquence (Dos Amulett* 1873, Jiirg Jenatsch* 1875, Der Heilige* 1879, Die Richterin 1885, Angela Borgia 1891, etc.).

Les ouvres de Keller et de Meyer soulignent de manière exemplaire une des constantes fondamentales de la création artistique en Suisse: ce pays n'a jamais été confronté de l'intérieur dans les temps modernes avec les tenta lions de domination d'une grande puissance; de plus, la multiplicité des petites communautés excluant la possibilité d'un programme unique, on en arrive à deux voies d'expression littéraire: d'une part la représentation du détail de la vie politique quotidienne avec une méticulosité ironique et sèche, de l'autre la conscience d'un manque d'éclat historique et la peur du provincialisme qui en découle. L'ouvre de Keller correspond plutôt à la première situation; la deuxième se révèle plus nettement dans certaines (Euvres de Meyer. qui souffre de ce que rien ne se passe en Suisse qui ébranle le monde, et qui recherche alors dans le passé de grandes figures et de glorieux faits qu'il puisse styliser.

A l'aube du XXe siècle, nous trouvons un grand poète dont l'idéalisme spirituel est tourné vers le passé: Cari Spitteler (1845-1924). Ses ouvres (Prometheus und Epimelheus* (1880). Extramundana (1898). Imago* (1905) témoignent d'un refus évident de la démocratie bourgeoise, attitude de caractère aristocratique non conformiste à l'époque. Il se pose en ennemi de la médiocrité et glorifie dans ses ouvres Bosshart, dans son roman Der Rufer in der Wiiste (1918) révèle les conditions sociales d'une Suisse de plus en plus urbanisée, industrialisée et militarisée. Il fournit ainsi une analyse critique d'histoire de la Suisse entre 1908 et 1914.

L'engagement politique contre la vie idyllique, dépassée et périmée, est en même temps une critique de l'embourgeoisement, qui entraîne divers auteurs dans des voies différentes. Jakob Schaffner montre dans son roman Konrad Piloter ( 1910) la fuite hors de l'élroi-tesse d'une vie rangée. Son ouvrage le plus important Johannes (1922) est une description réaliste et sans compromis d'une jeunesse en maison de correction. Mais les solutions qu'il propose, esthétiques et irréalistes, l'entraîneront plus tard à croire au renouveau social du fascisme allemand.



Carl Albert Loosli regarde en outsider les querelles et les problèmes de la société. Grandi dans la pauvreté et publiciste combatif, l'écrivain montre dans ses pamphlets et ses romans un intérêt engagé pour toutes les possibilités de vaincre les injustices. Son roman policier Die Schattmattbauern (1926). critique sociale située dans un monde paysan, comme ses réquisitoires contre la justice des années trente, ne trouvent cependant pas la même audience que ses remarquables poèmes en dialecte de l'Emmental (Mys Àmmitaw, 1911).

Un autre des fondateurs de la Société suisse des écrivains (1912) doit être cité, c'est Jakob Biihrer, tout d'abord publiciste avant de devenir le plus important des écrivains et dramaturges de la social-démocratie suisse. Son premier drame satirique sur la Suisse, Das Volk der Hirten (1918) a un impact surprenant, qui donne un écho considérable à ses écrits contre l'envahissement des scènes de Suisse par des Allemands. Ses romans reprennent toujours des éléments de l'actualité (Kilian, 1922). En 1932. Biihrer s'inscrit au parti socialiste lors d'affrontements politiques aigus. Il prend position contre le fascisme en Suisse dans son roman Sturm iiber Stifflis (1934). Dans sa trilogie Im roten Feld (1938-1944-1951), il tente une fresque panoramique de la Révolution française. Il y souligne les aspects positifs des changements qu'elle a apportés, dans un dénigrement voulu de la nostalgie conservatrice, usuelle alors: la Révolution française a mis fin à l'ancienne Confédération.

Félix Moeschlin, dans Der Amerika-Johann (1912). part de l'anéantissement de la vie paysanne traditionnelle par une spéculation sauvage et, plus tard, dans son effort de description des tensions et des collaborations des diverses classes sociales, choisit un sujet des débuts de l'industrialisation. Wir durchbohren den Golthard (1947-1949). Elisabeth Gerter poursuit la même grande tentative réaliste dans son roman Die Sticker (1938). qui décrit la crise économique des années trente à travers le sort de la broderie de Saint-Gall. Beaucoup moins prête au compromis que Moeschlin, Elisabeth Gerter se place franchement du côté des exploités.

Meinrad Inglin marque le sommet de la courbe anti-idylle orientée politiquement, avec son grand roman Schweizerspiegel (1938). Il y fait dans une forme rigoureuse une chronique originale de la Suisse pendant les années de la Première Guerre mondiale. Les tensions sociales et culturelles de ce temps - grève générale, animosité linguistique entre allemand et français, militarisme, tentatives d'indépendance des paysans - sont traités de manière vivante. Ce n'est pas là une image sublimée de la Suisse, mais une présentation engagée el complète de la spécificité helvétique, vue sous un angle bienveillant de critique bourgeoise. Le Schweizerspiegel est en même temps une contribution à la prise de conscience nationale, en défense contre les menaçants voisins d'alors. Meinrad Inglin a vécu presque toute sa vie dans la Suisse centrale et n'est pourtant pas un «écrivain national» dans le sens habituel. Son roman Die graue March (1935/36) apporte le témoignage sans sentimentalité de son identité culturelle régionale, typique pour un Suisse. Inglin a élevé comme nul autre un monument littéraire à la Suisse centrale (Die Welt in Ingoldau, 1922, Urwang, 1954). La sobriété lucide de la description interdit tout utopique désir de voir changer ces petits mondes, avec néanmoins une critique valable par son intégrité même.

A ce premier courant appartient Kurt Guggenheim, dernier des grands chroniqueurs - pour le moment - dont les romans Rieland (1938), Wir waren unser vier (1949) et surtout la poétique histoire de Zurich Ailes in allem (1955) ne connurent une large audience que tardivement.



Les écrivains de la seconde lignée vivent à l'écart ou en marge de la société dans des mansardes, des caves, des asiles d'aliénés. Bien qu'une partie d'entre eux écrivent beaucoup, ils publient peu. Leur ouvre fragile ne trouve pas de soutien dans le public. La célébrité n'atteint la plupart d'entre eux qu'après leur mort. Ils ne constituent pas une tendance littéraire par le maintien de valeurs traditionnelles et de formes d'écriture, mais uniquement par le fait que chacun manifeste par son existence même dans un lieu retiré l'inadéquation absolue de la littérature idyllique. Leur vie est caractérisée de manière frappante par la folie (Adolf Wôlfli, Robert WalseR) et le suicide (Alexander Xaver GwerdeR); par la drogue, la légion étrangère, la maison de santé (Friedrich GlauseR) ou encore une mort précoce: Karl Stamm (1890-1919), Hans Morgenthaler, Albin Zol-iinger, Werner Zemp (1906-1959).

Le précurseur de ces marginaux est Adolf Wôlfli, originaire de l'Emmental bernois où il a travaillé comme ouvrier agricole. Après 1896 il est interné et trouve enfin à peindre et à écrire. Il travaille avec grande constance à brosser d'immenses fantaisies, et laisse derrière lui, entre autres ouvres, une étrange autobiographie. Von der Wiege bis zum Graab. Ce n'est qu'avec le recul que l'on aperçoit quels développements expérimentaux et sériels Wôlfli a préfigurés en peinture et en littérature.

Robert Walser, le plus grand représentant de cette tendance introvertie, ne fut reconnu dans toute sa valeur qu'après sa mort: il avait été interné pendant les trente dernières années de sa vie. Ses descriptions de l'envers des conditions de vie en Suisse, notamment de celles du personnel (Geschwister Tanner, 1906. Der Gehulfe* 1907. Jakob von Gunten*. 1908). ses représentations pleines d'ironie de la pseudoculture (Fritz Kochers Aufsdtze, 1905) et les miniatures poétiques dessinant des situations hors du commun sont devenues des modèles pour la littérature d'aujourd'hui. Walser a tendance à diminuer ses personnages et ses héros, à rendre à ce qui semblait banal des significations contradictoires. Ce sont là des caractéristiques d'une attitude de repli dans l'intériorité devant l'étroitesse de l'extérieur, qui néanmoins témoignent d'une faculté de perception de ce monde extérieur d'une extrême acuité.

Un exemple typique de l'accueil tout d'abord hésitant fait à Walser est celui de son roman Râuber. Cette ouvre resta cachée dans son graphisme minuscule et secret et ne fut publiée qu'en 1972. Il y mêle le rôle du narrateur à son personnage essentiel; c'est le document le plus parlant sur son attitude d'outsider, son refus de la société, son repli absolu dans son monde intérieur. L'importance de Walser se situe surtout dans l'extrême méticulosité de ses portraits qui. comme des pièces de puzzle, s'emboîtent pour donner une image multiple de la vie helvétique dans la première moitié du siècle.

Otto Wirz est considéré aujourd'hui par les connaisseurs comme un romancier de valeur (Gewalten eines Toren, 1923). Il compte parmi les représentants principaux d'un expressionnisme suisse. Lui aussi n'a été découvert que récemment; son ouvre n'a eu aucun écho de son vivant.



Friedrich Glauser écrit avec l'expérience de l'humiliation et du désespoir, étonnamment distant de soi-même. Bien que ses romans policiers soient passionnants dans leur écriture, le non-conformiste qu'il est ne trouva d'abord aucun éditeur pour Wachlmeister Studer (1936), Malto regiert (1936) et Der Chinese (1939). Ces romans policiers, bien plus que de la littérature de distraction, sont des analyses précises de son temps. Sa méthode, critique et ironique, sera déterminante pour l'évolution du genre. Elle consiste à prendre comme détective un homme chargé de toutes les faiblesses humaines possibles, sans pour cela devenir un antihéros. Les ouvres de Glauser font partie aujourd'hui des plus solides de la littérature suisse.

Les poètes de cette même tendance introvertie ont la vie incomparablement plus dure que les conteurs. Certains des poèmes d'Albin Zollinger comptent parmi les meilleurs de la poésie allemande contemporaine. Zollinger n'a pourtant pas du tout obtenu l'audience que méritait sa lyrique. Même infortune pour ses romans qui ont un caractère avanl-gardiste. surtout Die grosse Unruhe (1939). La poésie de Zollinger. en nette opposition aux courants fascistes, est pleine d'inquiétude et d'engagement qui l'empêchaient d'atteindre à la sérénité recherchée. Le deuxième poète lyrique connu de cette génération, Albert Ehrismann (* 1908). est un pessimiste et un moraliste qui a d'emblée intégré la politique dans sa poésie. Son opposition à la lyrique contemporaine ne semble pourtant jamais consciente, pas plus que dans ses ouvres la frontière avec la prose rythmée, qu'il franchit volontiers.



Alexander Xaver Gwerder (1923-1952), dans sa brève existence, règle d'innombrables comptes avec les représentants des autorités et de l'Etat. C'est «le jeune homme en colère» de la littérature suisse d'après 1945. bien qu'il ne puisse presque rien publier de son vivant.

Ses poèmes expressifs et surtout sa prose Môglich, dass es gewittem wird 1957. Maschenriss 1969, etc. témoignent d'une inquiétude et d'une amertume extrêmes, dues pour partie au fait qu'il reste ignoré. Gwerder est l'incarnation du personnage décrit par Karl Schmid (1907-1971) dans Unbehagen im Kleinstaat (malaise dans un petit EtaL). Les deux poètes partagent le sentiment - entourés qu'ils sont de petits-bourgeois - «de parler dans de la ouate».

Un penseur, auteur de maximes, Ludwig Hohl (1904-1980) a provoqué durant sa vie plus de curiosité par l'intransigeance de son existence que par ses ouvres littéraires, bien à tort d'ailleurs, comme en témoigne la tardive parution de ses Notizen (1980). L'opus magnum de Hohl est resté inédit pendant des décennies. C'est un sort qu'il partage avec beaucoup d'autres auteurs, entre autres Adrien Turel qui a écrit le sarcastique Bilanz eines erfolglosen Lebens (1956).

Malgré tout, cette seconde tendance, que caractérisent replis, désillusions, amertume et aussi sarcasmes, ironie et intelleclualité. a influencé les écrivains d'après la Seconde Guerre mondiale beaucoup plus fortement que ne l'a fait la première; et cela aussi bien par les impulsions formelles que par l'attitude critique, les perspectives marginales, la sous-estimation laconique.

Une institution précieuse pour les représentants de la littérature allemande qui ne pouvaient compter sur leur public allemand pour des raisons politiques fut en ce temps-là la Buchergilde Gutenberg, liée au mouvement ouvrier. Cette communauté littéraire, émanant de l'idéal de développement culturel socialiste, devint pendant la Seconde Guerre mondiale un haut lieu de discussion antifasciste. Elle fit place plus tard à d'autres guildes.

Au début des années vingt. Zurich est un centre littéraire mondial. Le dadaïsme, mouvement révolutionnaire de refus de la tradition, y prend naissance et de nombreux artistes et écrivains étrangers vivent et travaillent en Suisse. Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse est terre de refuge pour les émigrés. Le Schauspiel-haus de Zurich devient le plus grand théâtre de langue allemande. La période même de la guerre n'aura d'influence qu'après 1945. quand divers écrivains commenceront à traiter de ce passé.

La fin de la guerre n'entraîne aucun renouveau de la littérature suisse alémanique. Le travail des écrivains se poursuit avec une étonnante continuité. Peut-être cela tient-il au sentiment d'avoir été épargnés par la guerre, comme sur une île.

Le tableau se modifie avec l'arrivée de Max Frisch (* 1911) et de Friedrich Diïrrenmatt (* 1921) qui, particulièrement dans le théâtre, ne rencontrent que le vide en Allemagne et deviennent pour une décennie les dramaturges les plus applaudis de langue allemande.

L'un et l'autre sont romanciers et dramaturges. Le point de départ de la création chez Frisch est plutôt de caractère personnel. Mais les sujets de ses romans, de ses pièces et discours pénètrent plus profondément dans le débat public que ce n'est le cas pour Diïrrenmatt. Celui-ci recherche surtout dans ses ouvres théâtrales de nouveaux types comiques. Le théâtre est pour lui la recherche d'une image de la société. La provocation sera alors dans la monstruosité de celle-ci. alors que chez Frisch elle se situe au niveau de la confrontation constante de ce qui est public et de ce qui est privé.



Frisch se fait un nom pendant la Seconde Guerre mondiale avec ses drames (Santa Cruz. 1944. Nun singen sie wieder, 1945). Tl recourt ensuite à la forme qui reflète traditionnellement le plus exactement la méditation de l'individu dans la société: le journal (Tagebuch*, 1946-1949). On y trouve, sous forme d'esquisses, de notes et récits, les germes de la plupart des ouvres à venir. Le succès vient avec Stiller* (1954), roman où Anatole Stiller. narrateur à la première personne, voit se dissoudre l'évidence de son identité dans une multitude d'images, de reflets, de rôles. La mise en question du moi narrateur par des procédés littéraires conditionnera aussi les romans suivants: Homo Faber* (1957) et Mein Namesei Ganienbein* (1964). Dans ses pièces de théâtre, formées à l'école de Brecht, cette inquiétante réflexion sur soi s'accentue en conflit dramatique. Frisch rompt avec le théâtre d'illusions (Die Chinesische Mauer*, 1946). se tourne vers la parabole (Biedermann und die Brandstifter*. 1958) pour ajuster aux exigences de la scène sa tendance au fragmentaire, et réduit enfin cette parabole à un modèle (Andorra*. 1961).



Durrenmatt veut représenter l'état désespéré d'une époque qu'il vit avec un pessimisme absolu. Dans sa tentative de n'admettre aucune harmonisation du malheur, il utilise des exagérations grotesques, des procédés de cabaret ou d'opéra, comme aussi le genre policier. Toutes ses pièces sont des comédies et des parodies (Die Ehe des Herrn Mississippi*. 1952. Ein Engel kommt nach Babylon, 1953, Der Besuch der alten Dame*, 1956, Die Physiker*, 1962, Der Meteor*, 1966, etc.). C'est ainsi seulement, qu'à son idée, l'immuable réalité de la menace de catastrophes peut être domptée sans désespoir. La prose de Dùrrenmatt est avant tout une parodie de roman policier. Dans Das Versprechen* (1958), il tente par jeu d'esprit le renversement du schéma usuel du roman policier en décrivant un cas insoluble.

Depuis 1945, une série d'écrivains ont percé, qui ne peuvent être considérés comme provinciaux, pas plus qu'on ne peut les envisager dans un autre cadre que la Suisse. Aucune tendance nette ne les réunit. Il faut souligner aussi un renouveau de la littérature en dialecte, qui reflète une identité entre ce langage et la conscience d'une culture régionale. Dans les poèmes et les chants de Kurt Marti (* 1921). Mani Matter (1936-1972) et Ernst Burren (* 1944), on retrouve les traces authentiques de la vie quotidienne. La diversité des dialectes y devient même l'objet d'observations critiques d'idéologie et de langage.

On est frappé par la tendance à une critique féroce de la société et à une pensée schématique d'une part, et par le goûl du reportage social de l'autre. L'ouvre romanesque entière de Walter Matthias Diggelmann (1927-1979) (Das Verhôr des Harry Wind*. 1962, Die Hintetiassenschaft* 1965. Die Vergnùgungsfahrt. 1969) cloue au pilori des fautes d'évolution de la société. Sous l'angle' 'une autocritique intellectuelle, Adolf Muschg examine le problème de l'empreinte qu'imprime la société et de la révolte contre elle (Gegenzauher, 1967, Albissers Grund* 1974). Dans Liebesgeschkhten* (1972) il narre le destin de gens égarés dans la vie. qui ne peuvent se défendre, mais acceptent le malheur qui advient.



Les romans de E. Y. Meyer (* 1946) (In Trubschachen, 1973) et Hermann Burger ( * 1942) (Schilten 1976) entre autres, ont créé, d'une palette au coloris helvétique plus marqué, des images pénétrantes d'un monde oppressant par son étroitesse. Beat Brechbùhl (* 1939) et Urs Widmer (* 1938) décrivent la Suisse de manière .bouffonne et comique.

Otto F. Walter (* 1928) imagine dans ses romans des situations types pour la Suisse, grâce à la ville fictive de Jammers, qui a de nombreux traits typiques d'une petite ville du plateau suisse (Der Stumme*. 1959. Die ersten Unruhen, 1972. Die Verwilderung, 1977).



Ces romans sont de plus en plus conditionnés par la conviction que des utopies peuvent être réalisées.

En cela, Walter se trouve en vive opposition avec Hugo Loetscher (* 1929). dont les romans ont aussi un caractère de modèle à suivre, mais qui. lui, refuse toute croyance aux utopies, mettant au premier plan l'attitude réfléchie de ses personnages face à l'événement (Abwàsser*. 1963. Der Immune, 1974).

Ces grandes esquisses narratives, auxquelles il faut ajouter les romans de Gerold Spath (* 1939). sont complétées par les subtiles notices de Gerhard Meier (* 1917) et Jôrg Steiner (* 1930). Parmi les romans de valeur des années septante, il faut encore noter Brandeis (1978) et Grundrisse (1981) à'Urs Jaeggi, qui vit à Berlin.

Dans toutes ces ouvres on est frappé de voir d'une part l'immé-diateté du rapport avec l'époque vécue et de l'autre l'intensité de la recherche de sa propre identité. Ce n'est pas un hasard si les narra-lions sont souvent à la première personne.

Les représentants les plus valables du reportage social sont: Niklaus Meienberg (* 1940). qui a fait le succès du genre avec Repor-tagen aus der Schweiz* (1975); Jiirg Federspiel (*1931) (Muséum des Hasses, 1969. Die Ballade von der Typhoid Marry, 1982 qui introduit dans ses reportages des personnages fantastiques et des paraboles; Laure Wyss (* 1913) (14 Frauen erzahlen ihr Leben, 1976).

11 n'y a pas de doute que l'intérêt pour le reportage ainsi que la lendance à une analyse littéraire du moi ont fait que le monde des lettres s'est peuplé de femmes. Elles étaient rares autrefois. Dans l'après-guerre. Erika Burkart (* 1922) a trouvé quelques lecteurs pour ses poèmes strictement traditionnels. Gertrud Wilker (* 1924) n'a eu longtemps aucun écho - tout comme un Ludwig Hohl et autres. Ce n'est que depuis 1968/70 que des femmes écrivains - dont certaines sont des féministes déclarées et politiquement engagées -jouent un rôle influent, parce qu'on discute publiquement de leurs nouvelles parutions. Parmi elles, par exemple: Gertrud Leutenegger (* 1948) (Vorabend, 1975. Ninive, 1977), penchée sur l'intériorité moderne; Margrit Baur (* 1927) décrit les expériences et désenchantements du monde professionnel; Maja Beutler (* 1936) apporte une formulation nouvelle d'une prise de conscience de soi et d'un sens de la vie à des femmes sans programme féministe Flissingen fehh auf der Karte, 1976. Fussfassen. 1980: Verena Stefan (*1947) décrit dans une autobiographie Hâutungen*. 1975 les situations types que rencontrent les femmes dans un monde conditionné par les hommes.

Une forme d'écriture des écrivains suisses alémaniques contemporains est représentée par le bref récit en prose, dont Peter Bichsel (* 1935) fut l'initiateur, avec Eigentlich môchte Frau Blum cJen Milch-mann kennen lernen (1964) et Kindergeschichten* (1969). 11 y développe une technique de la communication laconique, de l'abréviation, où le connu se réduit à son noyau et redevient ainsi étranger.

A diverses reprises, le sentiment souvent exprimé de malaise dans un petit pays a provoqué des discussions générales. Un avertissement public d'avoir à renouveler les belles-lettres esthétisantes et détachées de l'histoire a été donné par la dispute littéraire de Zurich en 1967. A l'occasion de l'attribution d'un prix, l'historien de la littérature Emil Staiger écarta la littérature contemporaine sous toutes ses formes pour des raisons d'esthétique. Max Frisch et d'autres écrivains et publicistes répondirent par une profession de foi en faveur d'une littérature engendrant la communication et insistant sur la nécessité de la voir critique et réaliste.

La Société suisse des écrivains, fondée en 1912. subit en 1969/70 une crise grave, car son président avait collaboré à un écrit de propagande pour le Département militaire fédéral présentant l'ennemi de manière peu nuancée. Les écrivains plutôt orientés vers la gauche se réunirent dès lors en Groupe d'Olten.

L'activité littéraire s'est développée depuis 1945 de diverses manières. A côté des théâtres traditionnels, de petits ensembles, plus nombreux, ont mis à leur répertoire des pièces expérimentales ou délibérément politiques. Leur prolifération a créé une animation très étonnante et donné leur chance à beaucoup de dramaturges suisses de la génération qui succédait à Frisch et Dùrrenmatt. 11 est juste de dire que la dépendance de subventions communales et cantonales a provoqué une sorte d'autolimitation dans l'expérimentation. Mais jamais plus il n'y eut d'aussi étroite collaboration entre les grands théâtres - notamment le Schauspielhaus de Zurich - et les auteurs que ce fut le cas pour Durrenmatl et Frisch. 11 est frappant de voir que les thèmes choisis sont de caractère national; ainsi chez Herbert Meier (* 1928) avec Stauffer-Bern (1975) et Dunant (1976); chez Hansjôrg Schneider, dans Sennenluntschi (1972) et Der Erfinder (1973). Tous deux sont également connus pour leur prose, ce qui montre qu'aujourd'hui personne n'écrit uniquement pour la scène. Parmi les dramaturges contemporains, on trouve ainsi beaucoup de romanciers notoires, comme Walter Vogt. Urs Widmer. Adolf Muschg et d'autres encore.

Un fort accent se porte aujourd'hui sur une des tendances littéraires qui reviennent sporadiquement à travers l'histoire: la volonté de démythification publique. Cela se manifeste par une curiosité accrue pour le passé du pays, le rôle de la Suisse dans la Seconde Guerre mondiale, le petit Etat à démocraite idyllique - ou alors par un repli sur l'expérience personnelle après des années d'engagement déclaré. On ne saurait trouver meilleur exemple de cette démythification que la très brillante satire de Walter Vogt (*1927), Schizorosk (1977), où le diagnostic psychiatrique d'un monde d'intrigues devient le point de départ d'un roman policier d'une extrême acuité.

Toute la vie littéraire est fortement marquée par la collaboration avec la radio et la télévision. La plupart des écrivains d'aujourd'hui ont écrit pour les médias, atteignant par ce canal une audience beaucoup plus large que ce n'est possible par le livre.

Les grands éditeurs allemands portent un intérêt évident à la littérature suisse. Dans le pays même, un nombre appréciable de petits éditeurs sont très actifs et publient de nombreux textes qui. par leur contenu et leur tirage, ont un caractère plutôt marginal et ne sauraient devenir de grands succès de librairie. C'est le cas surtout pour des tentatives littéraires ou des écrits politiques.

Les revues littéraires ont pris un essor parallèle à celui des petits éditeurs: parmi les publications actuelles, citons Welt im Wort, Orte et Drehpunkl. les plus importantes.

Le fait est que quelques rares éditeurs - surtout allemands - font le marché, et qu'il n'y a qu'un petit nombre d'auteurs suisses suffisamment connus dans les pays germanophones pour pouvoir vivre de leur plume.






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