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Essais littéraire

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LES « LETTRES PORTUGAISES (JANVIER 1669)






Qu'une religieuse portugaise écrive des lettres passionnées à un officier français, pourquoi pas ? Mais il est à peu près démontré que ni une correspondance de Mariana Alcoforado ni une aventure de Chamiliy (l'une et l'autre hypothétiqueS) ne pourraient avoir servi de base aux Lettres portugaises dont tous les « petits faits vrais » ont des sources littéraires et contredisent parfois la réalité historique. Comment croire qu'une religieuse qui se dit « jeune », « crédule », « enfermée dans ce couvent depuis [s]on enfance » (V), se situe d'emblée en pleine intertextualité avec Ovide, Héloïse, Racine et Mme de Lafayette ? Les recherches de F. Deloffie, J. Rougeot et d'autres ont ruiné un mirage auquel, en 1669, les lecteurs avertis ne se sont pas laissé prendre, mais qui s'est imposé dès la fin du siècle.





Depuis 1655, lassé du romanesque, on cherche la vérité psychique dans des nouvelles, des élégies, des maximes et, à partir de 1664, des lettres fort différentes des galanteries badines de naguère car elles visent I intime authenticité de l'amour. Les Portugaises expriment cette tendance.

L'auteur est Gabriel Joseph de Lavergne, vicomte de Guilleragues (1628-1685), secrétaire du prince de Conri (1652), président de la Cour des Aides de Bordeaux (1660), protégé de Madame*, secrétaire ordinaire de la Chambre et du cabinet du Roi (1669), lié à Mme de La Sablière, Mme de Sévigné, Racine, Boileau, ambassadeur à Cons-tantinople (1677-1685) ; bref, très introduit dans le monde et les milieux littéraires. Il est cultivé, sensible, remarquable épistolier ; mais il ignore le portugais. Le privilège* des Lettres (23 octobre 1668) porte son nom. A l'étude de ses autres ceuvres, les « concordances thématiques et stylistiques » confirment l'attribution (J. ChupeaU).

« Miracle de culture » (F. DeloffrE) plutôt que « prodige d'amour » (anonyme 1669), les Lettres portugaises sont imprégnées de Virgile (Géorgiques III, Enéide IV), d'Ovide (HéroïdeS), Catulle et Tibulle, du Tasse (plaintes d'Armide abandonnée par RenauD), des deux lettres d'Héloïse - autre religieuse abandonnée - publiées en 1642 avec celles de l'Italienne Andréini. Elles se souviennent de l'Histoire amoureuse des Gaules, de La Rochefoucauld et à'Andromaque.



Le destin se joue en cinq actes. Dans la première lettre, Mariane, abasourdie, espère encore : « le destin [...] ne saurait séparer nos cours. » Six mois plus tard, sans réponse, elle se calfeutre dans son amour... mais s'évanouit d'inquiétude au moment de clore. La troisième lettre, la plus belle, est désemparée. N'ai-je été qu'une conquête de vanité jamais aimée ? N'aurais-je pas dû mourir de douleur"? « Je vis, infidèle que je suis, [...] je vous ai trahi, je vous en demande pardon. » Par inadvertance ou parce que c'est, comme à l'acte IV d'une tragédie, le dernier espoir avant le malheur définitif, la quatrième lettre, par les sentiments et quelques indications chronologiques, semble revenir au temps des deux premières, à ce « plaisir dont je jouis en vous aimant au milieu de mille douleurs ». Enfin une réponse est venue : indifférence polie. C'est Mariane qui rompt : « Vous m'étiez moins cher que ma passion. » Dans le remords, la honte, l'aigreur, « enfin revenue de cet enchantement », elle espère « un état plus paisible » - ou ce sera la mort.



Joies et tourments, craintes et espérances, dévouement de l'amour et révolte de l'amour-propre, douceur et cruauté du souvenir alternent avec une rapidité dramatique qui restitue le pathétique de la vie. Comme Racine et Mme de Lafayette, Guilleragues conjugue passion et morale : il nous fait vivre « cet enchantement » et nous dénonce son « aveuglement ». Une vision jansénisante réduit une situation romanesque et une passion héroïque à la condition tragique.



L'« idolâtrie » (V) désespérée de Mariane est contemporaine de l'homme sans Dieu selon Pascal et de Mme de Sévigné sans sa fille. L'absence de l'aimé devient celle de toute raison d'être. Un cour, quand on lui « a fait apercevoir des transports qu'il ne connaissait pas », c'est « vainement » que d'autres passions « font des efforts pour le remplir » (V). Il ne peut plus connaître « que des plaisirs imparfaits » (II) ; il ne peut « jamais être sans maux » (I), qu'il préfère pourtant au « vide » d'une « vie tranquille et languissante » (IV). «J'aime bien mieux être malheureuse en vous aimant que de ne vous avoir jamais vu » (III). Plus encore que d'une riche finesse psychologique, les Portugaises tirent leur qualité de la solitude tragique : rien n'existe ici qu'une douleur qui s'abreuve de sa confession. Comme Mme de Sévigné, Mariane sublime son malheur dans l'écriture. « Il me semble que je vous parle quand je vous écris, et que vous m'êtes un peu plus présent. [...] J'écris plus pour moi que pour vous, je ne cherche qu'à me soulager » (IV). La langue a l'abstraction caractéristique de l'époque. Mais les phrases semblent rebondir au gré des sentiments. Un léger désordre impulsif, de fréquentes interjections. Un style oral bien contrôlé. Ce fut un vif succès : 21 éditions de 1669 à 1675, 28 autres jusqu'en 1700.






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