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Le testament d'Auguste Comte






Parmi les lettrés, tout le monde ne partage pas la colère de Victor Hugo au lendemain du coup d'État. Auguste Comte, fondateur du positivisme, un des plus grands philosophes vivant en France au milieu du siècle, écrit ainsi à l'un de ses disciples, le 29 janvier 1852 : « L'heureuse crise de décembre 1851 fait irrévocablement passer la République française de la phase parlementaire qui n'avait pu convenir qu'à la révolution négative, à la phase dictatoriale, seule convenable à la révolution positive [...] Le règne des parleurs est fini, celui des faiseurs et des penseurs commence et durera '. »





A cinquante-quatre ans, Auguste Comte a publié la plus grosse partie de son ouvre, notamment son Cours de philosophie positive, paru dix ans plus tôt, et le premier tome de sa Politique positive, dont le quatrième et dernier volume sortira en 1854. L'ensemble de cette ouvre, plus encore après sa mort que de son vivant, dominera des générations de penseurs, d'écrivains, d'hommes politiques. Généralement délesté par les hommes de la tradition, le clergé catholique, les nostalgiques de l'ordre ancien, il n'en est pas pour autant démocrate ou socialiste. En un sens, il est un homme d'ordre, mais d'un ordre qui doit être le corollaire du progrès, ce qui suppose l'organisation rationnelle, scientifique, de la société. Comme nombre de ses contemporains, Auguste Comte a le sentiment de vivre dans un monde neuf, inauguré par la Révolution ; mais il est obsédé par la nécessité de le doter d'une armature intellectuelle, spirituelle, politique enfin solide.



Sur les ruines du catholicisme et de la monarchie, qui apportaient sa cohérence à l'Ancien Régime, il faut rebâtir. C'est la science qui doit donner à la société industrielle en construction ses principes d'unité, mais, ex-disciple de Saint-Simon, dont il fut pendant plusieurs années le secrétaire. Comte juge que la science ne suffit pas : c'est d'une religion inédite que la société naissante a besoin. Après avoir fondé la science de l'Humanité - pour laquelle il a inventé le terme de « sociologie » ~ il s'est désormais attelé à mettre en place la religion de l'Humanité. Loin d'être en contradiction, science et religion doivent être, selon lui complémentaires.

Au départ, Auguste Comte fait d'abord confiance à la science ; sa formation l'y conduit. Admis quatrième en 1814 à l'École polytechnique (fondée par la ConventioN) à l'âge de seize ans et demi, il sera considéré par l'un de ses professeurs « comme la plus forte tête de sa promotion » surnommé « le philosophe » par ses condisciples, qui l'appellent aussi « Sganarelle » en raison de sa laideur. Il est enregistré sous la description suivante : « Cheveux et sourcils châtain clair, front découvert, nez retroussé, yeux roux, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, taille d'un mètre 59 centimètres, marqué de la petite vérole, une cicatrice à l'oreille droite2. » Mais il ne peut terminer ses études, car tous les élèves de l'École, jugés insubordonnés, à la suite d'un conflit avec un professeur, sont licenciés par le gouvernement de la Restauration en 1816. Toute sa vie, Comte en pâtira, n'obtenant jamais le titre de professeur auquel il aspire, et devra se contenter d'être répétiteur dans la célèbre école. Un intellectuel déclassé, pourrait-on dire, si lui-même n'y avait pas volontairement contribué. Mais cette marginalisation profite à son ouvre ; c'est en penseur autonome, anticonformiste, indépendant des pouvoirs publics qu'il l'élabore.



Revenu un court moment, aux frais du gouvernement, à Montpellier, où habitent ses parents, Auguste Comte, plein d'orgueil, convaincu de sa supériorité, est irrésistiblement attiré par la capitale, seul lieu possible où réaliser ses ambitions de mathématicien, et assouvir ses désirs de jeune homme pour le théâtre et les filles. Pour gagner sa vie, il donne des leçons particulières de mathématiques. C'est peu de temps après, en août 1817, qu'il fait la connaissance du comte de Saint-Simon, qui l'accueille dans l'équipe de L'Industrie.

A dix-neuf ans et demi, il est ébloui par la pensée fulgurante de cet homme de cinquante-sept ans, avec lequel il partage dès le départ quelques convictions fortes. L'homme, débarrassé de la tutelle des dieux, devenu centre de l'univers, a besoin d'une morale et d'une politique positives3 - à quoi les penseurs du siècle doivent se consacrer. Pendant sept années, Comte reste aux côtés de Saint-Simon, lui prête souvent sa plume, devient le collaborateur familier du maître, jusqu'au moment où la collaboration tourne à la concurrence, et la concurrence à la séparation.



Pendant ces années de saint-simonisme actif. Comte accumule un capital de connaissances dans tous les domaines, philosophique, politique, économique, scientifique... Rien ne doit lui échapper. En 1819, il écrit à un ami : « Je sens que la réputation scientifique que je pourrais acquérir donnerait plus de valeur, plus de poids, plus d'influence utile à mes sermons politiques,.. » Dès ces années-là, il se convainc qu'après le grand travail de déblayage exécuté par les encyclopédistes du siècle précédent, dont la meilleure ouvre a été de « renverser l'édifice que le clergé a employé des siècles à construire », il faut édifier le « bâtiment nouveau » : « Aujourd'hui, il est question, pour la première fois depuis l'existence des sociétés [...] de remplacer le céleste par le terrestre, le vague par le positif, le poétique par le réel. Quel homme de génie pourrait croire qu'un travail semblable ne mérite pas son activité. [...] Par une heureuse nécessité, il ne s'agit plus de détruire, il faut organiser4. »

Après avoir publié de nombreux articles dans la presse saint-simo-nienne, Comte s'arrache vraiment à l'anonymat en 1822, à vingt-quatre ans, par un opuscule où l'on peut découvrir l'essence de son ouvre future, le Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société. Il y expose qu'à l'ordre ancien, ce système catholico-féodal avec lequel on doit en finir définitivement, il faut substituer un nouveau système, dont l'établissement est présentement bloqué par la prépondérance de la « tendance critique ». Comte esquisse là sa loi des trois états par lesquels passent l'histoire de l'humanité et chaque branche de nos connaissances : l'état théologique, l'état métaphysique (transitoirE), enfin l'état positif ou scientifique. Cette découverte de 1822 va orienter toute sa science de l'humanité.



La rupture avec Saint-Simon n'est pas immédiate. Le maître vante à qui veut l'entendre les mérites du disciple. On voit encore Auguste Comte au chevet de Saint-Simon, après que celui-ci eut tenté de se suicider en 1823 ; il collabore au Catéchisme des industriels, dont le troisième cahier reprend le Plan des travaux... C'est en avril 1824 qu'il écrit à un ami pour lui annoncer deux événements de taille : il vient de se mettre en ménage avec une aimable personne qu'il envisage d'épouser et, surtout, il a rompu avec Saint-Simon : « J'ai peu à peu rompu avec M. de Saint-Simon... Je prévoyais le résultat depuis longtemps et j'aurais dû le prévoir plus tôt. M. de Saint-Simon a eu, comme les pères vis-à-vis des enfants, la métropole à l'égard des colonies, le petit inconvénient que la physiologie montre comme presque inévitable, de croire qu'ayant été son élève, je devais continuer de l'être indéfiniment, même après que la barbe m'aurait poussé. [...] Second point : non seulement, M. de Saint-Simon a prétendu me conduire plus loin qu'il ne le devait et le pouvait, mais, ce qui est beaucoup plus grave, j'ai acquis la certitude inébranlable qu'il était choqué de me voir en évidence aux yeux du public acquérir une importance égale à la sienne, et qu'en un mot, il aurait été bien aise de me tenir en faisant de moi un instrument5. »

Comte invoque aussi des divergences d'opinion, Saint-Simon étant impatient de changer les institutions alors que, pour lui, il importe de changer d'abord les doctrines. Lui s'est mis en tête d'établir les lois du développement de l'espèce humaine ; tout comme il existe des lois en physique, il fera une science de la physique sociale. Comte est très redevable de ses idées à Saint-Simon, mais il sait, dans leur profusion, choisir l'important et lui donner une force et une rigueur que n'a su leur insuffler son maître. Armé d'un savoir encyclopédique et d'un grand esprit de synthèse, fouetté par un orgueil démesuré, habité par l'idée messianique d'apporter la lumière à l'Humanité, dépourvu d'ambition matérielle, il va se consacrer pleinement à son ouvre dont le but est de créer l'ordre postrévolutionnaire.



Sa vie privée, tumultueuse, perturbe quelque peu ses projets. En février 1825, en épousant Caroline Massin, il contracte une union d'autant plus malheureuse que le divorce, on le sait, est alors interdit. Il la rencontre dans le quartier des filles publiques, au Palais-Royal (où il a ses habitudes depuis PolytechniquE), noue des relations suivies avec elle et accepte sa proposition de vivre maritalement « comme préambule conjugal ». Dans son testament, il expliquera son « mystère domestique », son « fatal secret » : « Me croyant incapable, faute d'agréments et de beauté, de jamais plaire aux femmes, je voulus ainsi m'en attacher une par un sacrifice exceptionnel. » Un sacrifice, peut-être, mais compensé, au moins dans les débuts de l'union, par l'attrait physique de la jeune femme. Caroline, en épousant Comte, ne fait pas a priori une bonne affaire. Pour l'heure, il vit très chichement de ses cours de mathématiques et de ses leçons particulières. N'importe : elle conquiert une respectabilité, son nom est rayé des fichiers de police (« l'infâme registre »). En même temps, elle ne renonce nullement à entretenir des relations intimes avec son protecteur et complice, le rédacteur en chef du journal saint-simonien Le Producteur, Antoine Cerclet, dont elle veut imposer les visites à son mari. Cette situation scabreuse, le sentiment d'avoir été piégé, a été, outre le surmenage, une des causes de la « crise cérébrale » dont Auguste Comte tombe victime en avril 1826, tout juste après l'ouverture de son Cours de philosophie positive, dans son salon, devant un certain nombre de célébrités, parmi lesquelles des membres de l'Académie des sciences, l'économiste Dunoyer, Hippolyte Carnot, l'illustre naturaliste Alexandre de Humboldt.



En proie à une crise de manie délirante, Comte est accueilli dans la clinique du Dr Esquirol, célèbre médecin de la Salpêtrière, où il subit pendant sept mois et demi douches froides, saignées et sangsues. Devant le prolongement de la maladie, Caroline, qui n'a cessé de le visiter, demande et obtient de ramener son mari chez lui, le 2 décembre 1826. Là, stupeur ! Comte trouve un prêtre qui l'attend, chargé de célébrer le mariage religieux des deux jeunes gens, comme l'exigeaient ses parents. Cérémonie pathétique, où l'on voit un Auguste Comte, toujours délirant, tenir des propos antireligieux et signer finalement l'acte de mariage : Brutus-Bonaparte Comte. Rosalie Comte, mère d'Auguste, est arrivée à ses fins ; elle peut alors se réconcilier avec sa belle-fille. Elle règle les frais d'hospitalisation de son fils. Celui-ci n'est pas guéri pour autant. Le sera-t-il jamais complètement ? Il rechute à plusieurs reprises. En avril 1827, il tente de se suicider en se jetant du pont des Arts dans la Seine, d'où il est sauvé par un garde royal. Tout de même, il se rétablit et peut reprendre, le 4 janvier 1829, dans le petit appartement qu'il habite avec Caroline rue Saint-Jacques, son cours de philosophie positive, avant d'être autorisé, étant donné son succès, à le poursuivre à l'Athénée en décembre.



Ce cours, dont le sixième et dernier volume paraît en 1842, ouvre majeure du philosophe, est d'abord un vaste tableau de l'état de la science au temps d'Auguste Comte. Les sciences fondamentales : mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie y sont embrassées, mais la moitié du cours est consacrée à la « physique sociale », dans un style pesant, répétitif, car Comte ne se relit pratiquement pas. Dans les deux premières leçons générales, il expose, cette fois de façon détaillée, ce qui reste sans doute le plus connu de cette philosophie, la théorie des trois états de l'humanité. « Chacune de nos conceptions principales, écrit-il, chaque branche de nos connaissances, passe successivement par trois états théoriques différents : l'état théologique ou fictif; l'état métaphysique, ou abstrait ; l'état scientifique, ou positif. » De là résultent trois sortes de philosophies. Dans l'état théologique, l'esprit humain cherche à s'expliquer les causes premières et finales et « se représente les phénomènes comme produits par l'action directe et continue d'agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l'intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l'univers ». L'univers est soumis aux caprices des dieux ; le but de la société est la conquête ; l'institution centrale est l'esclavage. L'état métaphysique, état ou période de transition, est celui où « les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites ». Par exemple, le destin, le principe vital ou la nature. C'est alors que l'observation commence à s'émanciper de l'imagination. Les activités humaines ne sont plus seulement militaires ; l'esclavage est progressivement aboli. Enfin, dans l'état positif, qui voit le développement des sciences et de l'industrie, l'esprit humain renonce à chercher l'origine et la destination de l'univers ; il s'attache à découvrir, par le raisonnement et l'observation, les lois effectives des phénomènes : c'est le moment de la nouvelle synthèse ; toutes les activités humaines font l'objet de la science. L'homme lui-même est un résumé des lois du monde : « Chacun de nous, en contemplant sa propre histoire, ne se souvient-il pas qu'il a été successivement, quant à ses notions les plus importantes, théologien dans son enfance, métaphysicien dans sa jeunesse, et physicien dans sa virilité ? » Plus rien de ce qui est humain individu et société, ne doit échapper à la raison scientifique.

Ces trois états sont aussi trois phases de l'histoire de l'humanité, trois états de civilisation. Comte offre ainsi une philosophie de l'histoire analyse une marche en avant de l'humanité, à la fois dans l'ordre matériel - l'industrie remplace peu à peu la guerre - et dans l'ordre intellectuel -c'est ou ce sera l'avènement de l'esprit positif. Auguste Comte s'affirme donc comme le philosophe du Progrès.

On comprend à quel point cette philosophie du Progrès, cette conviction que la raison et la science doivent l'emporter sur la croyance, la superstition, l'imagination, a pu enthousiasmer certains des plus beaux esprits du siècle, féconder leurs ouvres, leur donner la conviction de franchir une étape grandiose de l'histoire : l'entrée dans l'âge de l'intelligence scientifique. Mais, en même temps, Auguste Comte s'entête à être un philosophe de l'Ordre. Ces deux notions ne doivent pas être inconciliables, mais complémentaires : « Le progrès est le développement de l'ordre. » La sociologie positive a pour but de concilier ces deux impératifs de la société : « Aucun ordre légitime ne peut s'établir ni surtout durer s'il n'est pleinement compatible avec le progrès ; aucun grand progrès ne saurait efficacement s'accomplir s'il ne tend finalement à l'évidente consolidation de l'ordre » (46e leçoN).

Il ne s'agit pas d'un ordre réactionnaire, rêvé par des nostalgiques de la politique théologique. Mais, après le grand moment négatif nécessaire de la Révolution, d'un ordre nouveau, celui de l'état positif. Car la société industrielle qui est en train de se constituer va permettre la positivité universelle de l'esprit humain. Le programme s'impose :



« Nous avons clairement reconnu que l'élite de l'humanité, après avoir essentiellement épuisé toutes les phases successives de la vie théologique, et même les divers degrés de la transition métaphysique, touche maintenant à l'avènement direct de la vie pleinement positive, dont les principaux événements [...] n'attendent plus que leur coordination générale pour constituer naturellement un nouveau système social, plus homogène et plus stable que ne put jamais l'être le système théologique propre à la société préliminaire. » Pour Auguste Comte, cette indispensable coordination doit être, par nature, d'abord intellectuelle, ensuite morale, et enfin politique (57e leçoN).



Intelligence du monde d'abord ! La politique suivra, elle sera fondée sur la connaissance scientifique de la société, ce que Comte a appelé « physique sociale », et qu'il nomme, à partir de sa 47e leçon, en 1839, sociologie : « Je crois devoir hasarder à présent ce terme nouveau, exactement équivalent à mon expression déjà introduite de physique sociale, afin de pouvoir désigner par un nom unique cette partie complémentaire de la philosophie naturelle qui se rapporte à l'étude positive de l'ensemble des lois fondamentales propres aux phénomènes sociaux. »

Des lois, oui, des lois, car si la pensée positive s'est d'abord logiquement imposée aux sciences exactes (l'astronomie ou les mathématiqueS), puis à des disciplines plus complexes (comme la biologiE), elle doit désormais s'attaquer à un chantier plus ambitieux encore : mettre au jour les lois insoupçonnées qui régissent les sociétés humaines. Cette science nouvelle, cette sociologie fournira la base solide d'une politique enfin fondée en toute raison. La grande crise ouverte par la Révolution pourra être désormais réglée.

L'époque théologique a offert à l'humanité une première cohérence, mais elle reposait sur une fiction, une synthèse provisoire, correspondant à l'état primitif des connaissances. L'âge positif sera la nouvelle phase organique, après les troubles de la phase métaphysique. Envisageant l'humanité entière, Auguste Comte concède que la marche de la civilisation ne se fait et ne se fera pas en ligne droite, mais ses oscillations se font autour d'un mouvement moyen, qui est universel.

Les leçons d'Auguste Comte ne rencontrent qu'un succès d'estime auprès de quelques fidèles. Les premiers tomes de son Cours paraissent dans l'indifférence générale. Sa situation matérielle s'est tout de même améliorée : nommé répétiteur d'analyse et de mécanique rationnelle à Polytechnique en 1832, devenu examinateur d'entrée dans la même école en 1837 (il le restera jusqu'à 1844), il peut emménager dans un appartement bien plus vaste, 10, rue Monsieur-le-Prince, où il vivra jusqu'à sa mort. En revanche, sa candidature à un poste de professeur à Polytechnique est encore repoussée par l'Académie des sciences qui en décide. Il est vrai que ce petit homme sec, toujours vêtu de noir, rasé de près sous son chapeau lustré, sûr de sa supériorité, ne fait rien pour séduire ceux qui pourraient le nommer : ses lettres de candidature sont pleines d'arrogance, comme si lui-même, maudit à ses propres yeux, jugeait la nullité de ses chances à proportion de son génie.



De ses pérégrinations en province où, en tant qu'examinateur de Polytechnique, il parcourt chaque année en malle-poste les routes, de Rouen à Montpellier, il écrit à Caroline et à ses amis des lettres qui le situent politiquement : l'ancien républicain devient nettement conservateur. L'opposition républicaine lui paraît s'abîmer dans un verbiage trop vague. Sa hantise de l'ordre agit de plus en plus sur son esprit. Dans le quatrième tome de son Cours, datant de 1839, il écrit : « La métaphysique révolutionnaire, après avoir rempli, par la démolition du régime théologique et féodal, un indispensable office préliminaire [...] tend désormais, en vertu de l'essor qu'elle a dû imprimer à l'esprit d'anarchie, à entraver l'esprit d'institution finale de ce même ordre politique dont sa protection a tant préparé le salutaire avènement. »

Entre autres principes révolutionnaires, Comte récuse celui de l'égalité, dont le « dogme absolu » est destructif. Il entend dépasser l'affrontement entre la politique rétrograde - qui encourage la servilité et l'hypocrisie -et la politique révolutionnaire - qui excite les sentiments de haine et d'envie. Adepte de ce qu'il appelle la « politique stationnaire », Comte ne veut pas être pour autant « centriste ». En voulant concilier l'ordre et le progrès, il n'est ni de droite ni de gauche, et sa pensée sera récupérée aussi bien par la droite que par la gauche, dans la mesure où l'une et l'autre y puiseront ce qu'elles voudront en éliminant ce qui les gêne. On note ainsi chez Comte des aspects nettement progressistes - le rejet de l'âge théologique comme dépassé, l'ouverture à l'âge positif en sont le fondement -, mais aussi des aspects assez réactionnaires, notamment l'idée qu'il se fait des femmes, de leur infériorité « quant à l'intelligence et à la raison », de la « chimérique égalité des sexes »... La bataille politique lui importe peu : non seulement il n'a même pas le droit de vote, faute de payer un impôt suffisant, mais encore il manifeste une grande indifférence quant à la forme du gouvernement. Fidèle à sa jeunesse sainl-simonienne, il est bien sûr attentif à la question sociale, à la misère ouvrière, et juge indispensable les réformes qui amélioreront la condition de « la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ». Mais son premier souci est d'ordre intellectuel : comprendre d'abord la société, pour instaurer la politique positive.

Pauvre, isolé, en proie aux reproches de sa femme qui ne lui pardonne pas son éternel échec dans sa candidature à un poste de professeur à Polytechnique, il a tout de même le bonheur de recevoir, en novembre 1841, une lettre de Stuart Mill, écrite en français, qui le console de tous ses déboires. Mill, son cadet de quelques années, est déjà reconnu en Angleterre comme un des grands penseurs du libéralisme. 11 écrit à Comte pour lui dire l'enthousiasme qu'il a éprouvé en lisant son ouvre, « ce grand monument de la philosophie moderne ». Serait-ce le début d'une reconnaissance ?



En 1842, Comte dote le sixième et dernier volume de son Cours de philosophie positive d'une préface explosive : au grand dam de Caroline, qui prévoit des représailles, et de son éditeur Bachelier, également éditeur d'Arago, le philosophe, toujours obscur mais arrogant, n'hésite pas à mettre en cause le célèbre astronome (« le sultan de l'Observatoire »), secrétaire de l'Académie des sciences, auquel Comte impute son échec à un poste de professeur à Polytechnique. Comte autorise Bachelier à se désolidariser de lui par un encart. Bachelier accepte cette solution, mais imprime un prière d'insérer qui déplaît si fortement à Comte que celui-ci lui intente un procès, et le gagne ! L'affaire a eu sans doute son importance dans la décision de Caroline de quitter le foyer conjugal. Elle a déjà fait des fugues ; cette fois, elle ne reviendra plus. Encore que, elle et lui, vont entretenir des relations épistolaires. C'est un feu mal éteint, continuellement tisonné. Caroline viendra même assister régulièrement, silencieusement, aux cours d'astronomie populaire que son mari donne, chaque dimanche à midi, à la mairie du IIIe arrondissement.



Le livre toutefois est bien reçu par Stuart Mill : « Ayant eu la destinée, très rare en mon pays, écrit-il à Comte, de n'avoir jamais cru en Dieu, même dans mon enfance, j'ai toujours vu, dans la création d'une vraie philosophie sociale le seul fondement possible d'une régénération générale de la moralité humaine et dans l'idée de l'Humanité la seule qui pût remplacer celle de Dieu. »

Entre le philosophe positiviste et le penseur libéral, cependant, le débat fait rage sur la question des femmes. Comte soutient l'infériorité des femmes, à cause de « leur inaptitude à l'abstraction et à la contention ». Elles ont des passions généreuses, pense-t-il, mais l'émotion leur oblitère la raison ; elles ne peuvent prétendre à aucune haute direction des affaires humaines. Comme Proudhon, Comte juge que la vie des femmes doit être « éminemment domestique ». Le désaccord est complet avec Mill,

»qui lui répond par une argumentation serrée sur la question. En 1843, Auguste Comte n'a toujours pas renoncé à devenir professeur à Polytechnique. Mais les échecs se succèdent ; qui plus est, il perd son poste d'examinateur en 1844. C'est un désastre pour sa bourse. Il demande alors à Stuart Mill, qui lui proposait son secours personnel, de solliciter quelques riches amis d'outre-Manche. Mill s'exécute généreusement : un « subside positiviste », une souscription lancée en Angleterre et en France pour assurer au prophète incompris des compléments de ressources qui le soutiendront jusqu'à sa mort.



L'année 1844 marque un tournant : jamais sa vie privée n'aura eu autant d'influence sur son ouvre intellectuelle. C'est le moment où, après avoir fondé la science de l'humanité dans son Cours de philosophie positive, Auguste Comte, comme il l'a prévu, s'attelle à son Système de politique positive, qui avait aussi pour but d'en fonder la religion - une religion qui réponde au besoin permanent de l'humanité, mais qui ne peut plus être celle de la révélation ou du catéchisme. Or une crise sentimentale va l'inspirer : l'amour ardent qu'il se découvre pour une jeune femme, Clotilde de Vaux. C'est par l'intermédiaire d'un des candidats à Polytechnique, Maximilien Marie, qu'il fait la connaissance de Clotilde, sa sour, dont il tombe amoureux. Clotilde est mariée, mais son mari, ancien percepteur à Méru dans l'Oise, a pris la fuite en 1839, quatre ans après son mariage, à la suite de malversations auxquelles l'a conduit son endettement au jeu. Clotilde est revenue vivre auprès de ses parents à Paris, dans le Marais. Elle occupe son temps à écrire des vers, une nouvelle - Lucie - qui sera publiée dans Le National. De santé fragile, souffrant de phtisie, elle fait la connaissance d'Auguste Comte en octobre 1844. Le philosophe s'enflammant très vite pour la jeune femme (elle a dix-sept ans de moins que luI), s'ensuivent des lettres de plus en plus pressantes de sa part, qui finissent par toucher Clotilde, quoique celle-ci entende très vite mettre les choses au point : « Je serai votre amie toujours, si vous le voulez ; mais je ne serai jamais plus. Considérez-moi comme une femme engagée et soyez bien convaincu qu'à côté de mes douleurs il y a place pour de grandes affections. » A quoi le philosophe répond : « J'accepte, avec une respectueuse reconnaissance, la sainte amitié dont vous daignez me renouveler la constante assurance, et je sens combien elle importe au bonheur de toute ma vie, malgré votre irrévocable résolution de ne jamais dépasser une douce fraternité. »

Le commerce amical et épistolaire qui s'ensuit va profondément influencer Auguste Comte, lancé dans son Système de politique positive, qui sera, dit-il à sa bien-aimée, un « immense opéra qui proclamera l'entière suprématie sociale de l'amour universel non seulement sur la force mais aussi sur l'intelligence ». Cette « prépondérance de la vie affective », Auguste Comte ne cessera de dire qu'il en doit la conviction à Clotilde. La sublimation de Comte est d'autant plus élevée que Clotilde est bientôt happée par la mort, un peu plus d'un an après leur rencontre. Trop présent au chevet de l'agonisante, Comte en est chassé par la famille de Clotilde, mais il arrache à son père la promesse qu'il l'appellera aux derniers moments. De fait, Clotilde meurt en sa présence, en avril 1846. Inconsolable, le philosophe organise le culte de la défunte, un autel, des prières quotidiennes faites à genoux, la lecture des passages de leur correspondance... Étape décisive : l'expérience d'un amour pur inspire à Auguste Comte son amour de l'humanité.

Dans les mois qui suivent, Comte perd progressivement l'amitié de deux fidèles. D'abord celle de Stuart Mill, de plus en plus distant avec le tour que prend la pensée de Comte ; puis celle d'Emile Littré qui avait publié en 1844 dans Le National une série d'articles enthousiastes sur ses Cours : dans le conflit interminable qui oppose le philosophe à sa femme, Littré prend de plus en plus le parti de Caroline. A celle-ci, Comte écrit en janvier 1847 : « Soyez bien convaincue que la situation est irrévocable et que je ne vous reverrai jamais. [...] Quoique plus jeune que vous de douze ans, mon angélique Clotilde m'accorda bientôt la réciprocité d'affection que je n'avais jamais pu obtenir de vous6. » Ce qui n'empêche nullement Caroline de continuer à suivre les leçons que Comte a reprises à la mairie du IIIe arrondissement.



La révolution de 1848 est bien accueillie par Auguste Comte, qui déteste la monarchie philipparde. Dès le 25 février, se refusant à toute action politique directe, il fonde une « Association libre pour l'instruction positive du peuple dans tout l'Occident européen », devenue quelques jours plus tard la « Société positiviste ». Celle-ci naît sous la devise « Ordre et Progrès » et a pour but « de faciliter l'avènement du nouveau pouvoir spirituel ». Déphasé, en fait, dans cette révolution, détestant les barricades autant que la bourgeoisie, il n'y fera pas carrière, échouant dans sa candidature au Collège de France, sans même pouvoir obtenir de retrouver son poste d'examinateur à Polytechnique : Comte continue à vivre de ses maigres émoluments de répétiteur et, surtout, du « subside positiviste » que lui assurent ses fidèles. Le 29 juillet 1848, il publie son Discours sur l'ensemble du positivisme, un résumé de sa pensée sous forme poétique (pour une fois, il s'applique à écrirE). Jules Ferry, en 1867, rendra hommage à cet ouvrage qui l'a saisi d'émotion, au lendemain des affreuses journées de Juin. Auguste Comte y définit la religion de l'Humanité. Il pose clairement le principe de la nécessité d'un pouvoir spirituel en face du pouvoir matériel : « Le pouvoir temporel, seul directeur, émane de la personnalité et développe l'activité, d'où résulte l'ordre fondamental ; tandis que le pouvoir spirituel, purement modérateur, représente immédiatement la sociabilité, et institue le concours qui détermine le progrès. »



Le caractère religieux du positivisme s'accentue dans les leçons de Comte, qu'il donne désormais au Palais-Royal. Une direction spirituelle s'impose à la société. Sur les ruines des certitudes de l'âge théologique, il importe de gouverner l'opinion par un nouveau pouvoir spirituel. Celui-ci, appelé à succéder à la papauté médiévale, doit, comme ce fut le cas de celle-ci, devenir le chef de l'Occident, visant à « la réunion de tous les peuples européens, et en général du plus grand nombre de nations possible, dans une même communion morale ». Comte annonce un calendrier positiviste, chaque jour célébrant l'un des grands noms de l'histoire humaine depuis les origines, un « système général de commémoration publique, destiné surtout à la transition finale de la Grande République Occidentale, composée des cinq populations avancées, française, italienne, germanique, britannique et espagnole, toujours solidaires depuis Charlemagne ». Il imagine pour sa religion de l'Humanité neuf sacrements sociaux7 ; un premier mariage positiviste est célébré en 1848. Le philosophe est devenu le Grand Prêtre de l'Humanité, qui prêche tous les dimanches au « Palais-Cardinal » (le Palais-RoyaL). En juillet 1851 est publié le premier tome de sa Politique positive. Entre-temps, Littré s'est définitivement fâché avec lui, indigné par le fait que Comte humilie sa femme légitime publiquement dans les réunions de la Société positiviste.



Si Auguste Comte se rallie au coup d'État, c'est parce que Bonaparte a liquidé la République parlementaire et bourgeoise, incapable d'appliquer sa politique positive d'ordre et de progrès. Ce n'est qu'un expédient. Au-delà de l'épisode, il prévoit la suite dans une lettre assez délirante adressée, le 12 septembre 1852 (le 4 Shakespeare 64 dans le calendrier positiviste, 1789 étant l'an I), à Armand Barbes, prisonnier à Belle-Ile : il s'explique longuement sur son programme, dont il confie l'accomplissement au chef du prolétariat parisien.



Lui se charge de fonder « le vrai pouvoir spirituel », tandis qu'il aidera à promouvoir « quelques dignes chefs temporels », chargés de la « transition occidentale ». Il envisage, en effet, avant Marx et Engels, une dictature du prolétariat et explique à Barhès que l'ordre nouveau à construire reposera sur « la sage séparation entre le gouvernement et le sacerdoce », entre le pouvoir temporel qui gouverne et le pouvoir spirituel de la religion nouvelle qui consacrera la suprématie de l'Humanité, et non plus celle de Dieu ou celle du Peuple - ces deux dogmes, le théologique et le démocratique, qu'il faut combattre. Cette séparation du spirituel (pour Comte la science positive et la religion de l'Humanité) et du temporel implique d'ores et déjà la séparation de l'Église et de l'État.

Comte annonce à Barbes l'envoi prochain de son Catéchisme positiviste*, « sommaire exposition de la Religion universelle en onze entretiens systématiques, entre une Femme et un Prêtre de l'Humanité », destiné à lui faire comprendre « en deux semaines » ce qu'est la religion à fonder. En attendant, il décrit les étapes de l'avènement du régime positiviste : « 1°) Le Gouvernement français doit être républicain, et non monarchique (crise de février 1848). 2°) La République française doit être sociale, et non politique (crise de juin 1848). 3°) La République sociale doit être dictatoriale, et non parlementaire (ce qu'a réalisé la crise de décembre 1851). 4°) La République dictatoriale doit être temporelle, et non spirituelle. 5") Plus tard aura lieu l'avènement décisif du "Gouvernement Préparatoire propre à la transition organique". »



Auguste Comte espère donc que Barbes sera l'un des triumvirs, en charge du gouvernement de l'extérieur (à côté d'un gouverneur de l'intérieur et d'un gouverneur des financeS). Il précise : ces triumvirs toucheront 200 francs par jour ; ils seront nommés et éventuellement révoqués par « l'initiative parisienne », sauf la sanction provinciale. Ce triumvirat est chargé de toutes les lois. L'armée est supprimée au profit d'une gendarmerie appelée au maintien de l'ordre. Barbes ne répond pas à son attente. Changement de tactique : la dictature nécessaire, la République autoritaire, pourrait être confiée à des conservateurs, qui formeraient avec les positivistes un « parti constructeur ».



Le régime définitivement établi sera celui de la Sociocratie, politique d'ordre et de progrès, doublement ennemie des tendances rétrogrades (théocratiqueS) et des tendances anarchiques (métaphysiqueS). La sociocratie, telle qu'elle apparaît dans le Système de politique positive, est un régime nettement élitiste ou aristocratique, même si la légitimité du pouvoir provient de la société dans son ensemble. Au temporel, une Dictature collégiale - qui pourra être celle des banquiers, « généraux naturels de l'industrie moderne » (réminiscence saint-simoniennE). Mais une dictature placée sous la surveillance de l'opinion publique, élaborée dans les clubs, les salons, les chaires du « haut enseignement » (nulle mention pour les journaux, dont Comte se défiE). Au spirituel, une institution sacerdotale et hiérarchique, administrant le culte, dépositaire du dogme, destinée à habituer chacun dès l'enfance « à la subordination volontaire de l'intérêt particulier envers l'intérêt commun » et à gouverner l'opinion publique. Face à tous les conflits potentiels de la société moderne, Comte attribue au pouvoir spirituel une « influence régulatrice et directrice », dans le dessein de promouvoir « une fraternité vraiment universelle ».

C'est en 1854 que paraît le quatrième et dernier tome de la Politique positive de Comte, où se trouve exposée complètement la religion de l'Humanité. Le Grand Être qu'elle vénère n'est ni dans le ciel ni dans l'imagination des hommes : c'est l'héritage des générations dont les grands hommes sont l'expression. La religion positiviste est le culte des morts. A cette religion, il faut un clergé, clergé positif ou clergé socio-cratique, à la fois pouvoir intellectuel et pouvoir spirituel. Comte imagine cette nouvelle Église, à la tête de laquelle il place un Grand Prêtre de l'Humanité, servant le culte de l'unité humaine.



Auguste Comte meurt à Paris en 1857 ; il est enterré le 8 septembre au Père-Lachaise. Le constructeur de religion et d'utopie des dernières années est-il en contradiction formelle avec le philosophe du positivisme ; un second Comte s'oppose-t-il au premier ? Pour les scientistes comme Taine et Renan, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Quoi qu'il en soit, l'ouvre d'Auguste Comte, largement méconnue de son vivant, va devenir une source d'influence politique considérable dans les premières décennies de la IIIe République. On estimera alors qu'elle est « la plus grande philosophie du siècle ». Certains, comme Charles Maurras, y puiseront les principes de l'ordre, « le beau visage de l'Unité ». D'autres, comme Jules Ferry, s'attacheront surtout à sa philosophie de l'histoire, à l'idée que la science a définitivement remplacé la religion. Alain, lui, y a trouvé, entre autres, la théorie du pouvoir spirituel, opposant à la puissance temporelle la «revendication de l'ordre moral9». Étrange destinée que cette ouvre irriguant des terrains aussi contraires que ceux du nationalisme intégral et du républicanisme radical. Concilier l'Ordre et le Progrès ne va pas de soi, même si le Brésil, sous l'influence positiviste, a imprimé la devise sur son jeune drapeau.








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