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Le souci de l'écriture






Toutes ces formes d'écriture ont en effet pour particularité de ne guère se préoccuper... de l'écriture. Qu'il s'agisse pour les uns d'écrire avec une élégance scolaire, pour les autres de mimer les par-lers du moment, voire de ne surtout pas se soucier de la façon dont ils écrivent. Seuls comptent les personnages et leurs histoires - ou leur absence d'histoire. Lyrisme de pacotille ou parlure à la mode, jamais l'écriture ne se cherche dans le mouvement du livre, elle est toujours déjà là, utilisable à satiété. Artisans ou provocateurs, ces écrivains ne s'interrogent guère sur leur instrument, qui n'est pour eux rien d'autre qu'un instrument. « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère », affirmait Proust dans Contre Sainte-Beuve, c'est-à-dire dans une langue singulière, à nulle autre pareille. De fait, on identifie à la première lecture une phrase de Proust ou de Céline, de Gracq ou de Beckett. De même, dans la période contemporaine, on habitue son oreille à reconnaître les torsions de François Bon, l'orchestration de Richard Millet, les syncopes de Pascal Quignard, ou la frappe de Pierre Michon.





Une seconde différence tient aux enjeux des ouvres. À côté des littératures consentantes, qui n'ont d'autre préoccupation que de réussir un bel objet ou de faire un bon « coup » éditorial, s'élabore une littérature plus déconcertante. Elle ne cherche pas à correspondre aux attentes du lectorat mais contribue à les déplacer. Ces livres-là sont plus caractéristiques de la période, plus propres à en exprimer la spécificité. Ils ne meurent pas d'une saison à l'autre, emportés par le nouveau flux de la « production » littéraire, ou, du moins, ils lui résistent mieux et demeurent dans les mémoires. C'est qu'ils ne reproduisent pas les recettes anciennes et ne sacrifient pas à la valeur d'échange qui fait du livre un « produit». Loin du commerce et de Xartisanat, c'est une littérature qui se pense, explicitement ou non, comme activité critique, et destine à son lecteur les interrogations qui la travaillent. Aussi est-ce elle qu'il nous paraît important de privilégier dans un ouvrage qui se propose de présenter la littérature contemporaine.

Cette «critique» revêt bien des formes: elle peut être légère, ludique, autant que troublée, inquiète ou véhémente. Elle est critique dans la mesure où elle manifeste à la fois une certaine conscience de son temps, des inquiétudes et des désirs qui le traversent, et une lucidité sur les moyens littéraires qu'elle met en ouvre. Si ces ouvres littéraires déconcertent, c'est qu'elles arrivent là où on ne les attend pas. Elles échappent aux significations préconçues, au prêt-à-penser culturel. Or il est impossible de faire apparaître de nouvelles significations en conservant les formes anciennes. Pour inventer une nouvelle lumière en peinture, les impressionnistes ont dû trouver un autre art de la touche. Il en va de même pour l'art de la phrase: le brouillage des instances personnelles et les métaphores physiologiques ont permis à Nathalie Sarraute de faire comprendre ce que pouvaient être les «tropismes» et la «sous-conversation». Travail d'écriture et enjeux de l'ouvre concourent ainsi à la mise en question des stabilités installées. Car s'il demeure pour quelques-uns urgent d'écrire - et non de livrer un produit « manufacturé» -, c'est qu'il y va aussi d'un dérangement dans la conscience d'être au monde. Chaque période de l'histoire suscite un état du monde ou de la conscience, une qualité d'expérience ou une forme d'existence que les productions de la culture n'ont encore jamais traduits. L'artiste, l'écrivain, découvrent à cette occasion combien les discours déjà constitués falsifient le monde. Il doit alors en imaginer d'autres. La littérature ne se donne certes pas pour tâche de résoudre ces questions, mais ne se résigne pas à les laisser silencieuses. Elle écrit là où le savoir défaille, là où les formes manquent, là où il n'y a pas de mots - ou pas encore. C'est pourquoi il y faut d'autres mots, combinés selon des syntaxes improbables. Inédites, dans tous les sens du terme.



Les enjeux et les genres

On aura compris que c'est cette dernière catégorie qui nous semble la plus intéressante, non pas forcément pour ses qualités intrinsèques (tous les livres qui se situent dans cette catégorie ne sont sans doute pas des chefs-d'ouvrE), mais pour les enjeux qu'elle se donne, qui interrogent la littérature elle-même autant que le monde qui l'entoure. Les livres et les écrivains que nous présentons sont ceux qui, entre littérature éternelle et littérature éphémère, permettent d'identifier au plus juste les traits distinctifs de la littérature contemporaine.

Si la littérature change, c'est que changent ses préoccupations, en écho sans doute avec son temps. Le désir, la nécessité ou l'urgence qui poussent un écrivain à écrire relèvent certes pour partie de motivations personnelles ou de prédispositions particulières. Mais ces motivations sont nées au contact d'un univers et se manifestent dans l'ouvre qui en porte la trace. On les y peut retrouver, d'autant plus qu'elles sont partagées : l'écrivain n'est pas seul dans son coin à poursuivre son ouvre, indifférent à tout. Le monde moderne a fait justice de cette image romantique. Aussi découvre-t-on à travers les livres des questions insistantes. Or, si notre époque est singulière, c'est d'abord à travers les thèmes d'écriture qu'elle se donne. Mais aussi - et peut-être surtout - par sa façon de les aborder. Au confluent de la matière et de la manière, nous avons à notre tour interrogé les ouvres en train de se faire, les questions qui les sollicitent, les scrupules formels qui les habitent. La première partie de notre livre met ainsi l'accent sur les phénomènes caractéristiques de la période, sur ses inflexions notoires et peut-être décisives. Elle est organisée de façon «problématique».



Mais décrire ces nouveaux « enjeux » - ou ces enjeux anciens avec lesquels on renoue de nouvelle façon - ne suffit pas. 11 fallait aussi considérer l'image qu'à elle-même la littérature se donne : la conception que se fait, aujourd'hui, l'écrivain de son travail et les « postures » qu'il adopte ; ce que deviennent les débats esthétiques et grands genres de la littérature, le récit, la poésie, le théâtre... Parfois une période littéraire s'identifie avec une esthétique dominante, tous genres confondus : au début du XIXe siècle, le romantisme conçoit l'écrivain comme un être à part, inspiré et déchiré à la fois et cette conception règne de la même façon dans la poésie et le roman, le théâtre et même l'essai. Parfois, au contraire, chaque genre affirme sa singularité esthétique : le roman était réaliste, voire «naturaliste», avec Zola et les Goncourt, quand la poésie était «symboliste» avec Verlaine et Mallarmé. Qu'en est-il de notre temps ? La seconde partie du livre met en évidence, à partir de ces mutations, ce qu'il en est des principaux genres qui partagent la littérature: en quoi sont-ils affectés, voire transformés par de telles mutations ? Quelles sont leurs résistances, leurs permanences, leurs novations ? C'est aussi l'occasion d'envisager les ouvres d'écrivains moins marqués par l'originalité de la période, moins engagés dans ses inflexions - ou, au contraire, plus originaux dans leur trajet.

Afin que le lecteur puisse en juger aussi par lui-même, nous donnons au fil du livre, des extraits d'une soixantaine d'ouvres contemporaines. Ils offrent à la lecture divers exemples - parfois contrastés - de cette musique particulière des livres de notre temps. Surtout ils témoignent: des enjeux que nous décrivons et des voies dans lesquelles la littérature d'aujourd'hui est engagée. Ils témoignent des inventions à l'ouvre dans les genres, ou entre eux. Mais ils témoignent aussi du style propre à chaque écrivain. Car on ne saurait parler de littérature sans la donner à lire, et ces trop brefs extraits sont une incitation à « aller y voir». Trop courts, trop peu nombreux sans doute, trop partiels, mais, nous l'espérons, point trop partiaux : ils montrent comment ces enjeux dont nous parlons ne se comprennent pas en dehors des choix d'écriture, du travail que cela suppose pour l'écrivain, mais aussi de son goût des mots et du plaisir de la langue.






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