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Le sensualisme






1. De l'homme à la pensée



La question des rapports de la pensée et de la sensation est au cour de la réflexion des Lumières depuis la traduction de l'Essai sur l'entendement humain de Locke (publié en Angleterre en 1690, traduit en France en 1700).

Pour Locke qui refuse la thèse cartésienne des idées innées, les connaissances humaines ne peuvent provenir que des « idées de sensation » et des « idées de réflexion ». Les « idées de sensation » sont issues des impressions que produisent les objets agissant sur les sens. Les « idées de réflexion » émanent de notre « sens intérieur » qui perçoit et différencie les activités mentales.



L'essence réelle des choses est inaccessible à la connaissance. De même il s'avère impossible de décider si l'âme est strictement spirituelle ou matière dotée de la faculté de penser. L'Essai sur l'entendement humain affirme donc le primat des sens et souligne les limites des prétentions de la raison.



Plus tard, l'Essai sur l'origine des connaissances humaines de Condillac (1746) conforte ces thèses. Selon Condillac, trois opérations sont constitutives de la pensée : la perception, l'établissement d'un rapport entre la perception et la réalité, le jugement que les qualités attribuées aux choses leur appartiennent réellement. Ces opérations sont intimement liées au langage et à ses signes conventionnels élaborés au cours de l'histoire. À l'inverse de Locke, Condillac refuse toutefois d'envisager que la matière puisse être dotée de la faculté de penser.

Helvétius, d'Holbach et Diderot, qui reprennent les thèses de Locke et de Condillac sur le primat des sens, sont au contraire résolument matérialistes. Dans De l'esprit (1758) condamné par le pouvoir royal, le Parlement et la Sorbonne, Helvétius pousse à son paroxysme le combat contre la thèse cartésienne des idées innées qu'il associe à la Révélation. Il établit même une équation entre le jugement et la sensation : « [...] nous sommes uniquement ce que nous font les objets qui nous environnent » (Helvétius, De l'esprit, dise. IV, chap. xV). Dans son projet de construire une science de l'homme {De l'homme, de ses facultés intellectuelles et de l'éducation, 1733) Helvétius souligne l'influence déterminante de l'environnement. L'éducation et l'organisation sociale prennent alors une importance essentielle : « L'éducation peut tout » (Helvétius, De l'homme, sect. X, chap. I). Dans sa Lettre sur les aveugles (1749), Diderot met plutôt l'accent sur les déterminations corporelles du sujet : l'aveugle-né a une moralité tout autre que l'homme jouissant de tous ses sens :



Comme je n'ai jamais douté que l'état de nos organes et de nos sens n'ait beaucoup d'influence sur notre métaphysique et sur notre morale, et que nos idées les plus purement intellectuelles, si je puis parler ainsi, ne tiennent de fort près à la conformation de notre corps, je me mis à questionner notre aveugle sur les vices et sur les vertus. Je m'aperçus d'abord qu'il avait une aversion prodigieuse pour le vol ; elle naissait en lui de deux causes : de la facilité qu'on avait de le voler sans qu'il s'en aperçût ; et plus encore, peut-être de celle qu'on avait de l'apercevoir quand il volait. Ce n'est pas qu'il ne sache très bien se mettre en garde contre le sens qu'il nous connaît de plus qu'à lui, et qu'il ignore la manière de bien cacher un vol. Il ne fait pas grand cas de la pudeur : sans les injures de l'air, dont les vêtements le garantissent, il n'en comprendrait guère l'usage.

Diderot, Lettre sur les aveugles, 1749.



La physiologie intervient dans la formation même de l'esprit indépendamment des déterminations sociales, des différences entre les individus. Diderot s'oppose sur ce point à Helvétius (Réflexions sur le livre De l'esprit, 1759, Réfutation suivie de l'ouvrage d'Helvétius intitulé l'Homme, 1773).



À partir des Pensées sur Vinterprétation de la nature (1754), Diderot, influencé par les recherches chimiques de son temps, développe une conception nouvelle de la matière. Celle-ci n'est plus seulement une disposition d'atomes. L'énergie, la vie et la pensée naissent du flux perpétuel qui anime la masse de la matière, des combinaisons multiples d'éléments hétérogènes. L'affirmation du primat de la sensation a ainsi concouru à l'élaboration des doctrines matérialistes athées du XVIIIe siècle.



2. Marivaux et le sensualisme



La réflexion sur le primat des sens dans la vie affective et intellectuelle du sujet a profondément renouvelé l'imaginaire romanesque et théâtral du siècle. L'analyse minutieuse des jeux complexes des sens et des sentiments dans l'ouvre théâtrale de Marivaux s'inspire largement de la philosophie sensualiste de Locke. Les Journaux de Marivaux, et en particulier Le Cabinet du philosophe, attestent cette influence :



[...] je confonds sous le nom d'idée ce qui a corps ei ce qui n'en a point, ce qui se voit et ce qui se sent, quoique je sache bien la différence qu'on y met. Or, en voyant différentes choses, j'ai pris de chacune d'elles ce que j'appelle l'idée ; il m'en est resté ou l'image ou la perception dans l'esprit. [...] De ces idées, nous en formons des pensées que nous exprimons avec ces mots ; et ces pensées, nous les formons en approchant plusieurs idées que nous lions les unes aux autres : et c'est du rapport et de l'union qu'elles ont alors ensemble, que résulte la pensée.

Marivaux. Le Cabinet du philosophe, sixième feuille, 1730.



L'expérimentation théâtrale de La Dispute (1744) - quatre jeunes êtres élevés dans l'isolement se découvrent et découvrent le monde - révèle pleinement l'impact des thèses de Locke sur l'ouvre de Marivaux : la vue est le sens dominant qui permet la découverte des notions de quantité, d'étendue et d'espace. Le regard permet aussi à l'être de découvrir sa propre image et d'apprendre à s'aimer :



ÉGLÉ, regardant. - Ah ! Carise, approchez, venez voir ; il y a quelque chose qui habite dans le ruisseau qui est fait comme une personne, et elle paraît aussi étonnée de moi que je le suis d'elle. Carise, riant. - Eh ! non, c'est vous que vous y voyez ; tous les ruisseaux font cet effet-là.

ÉGLÉ. - Quoi ! C'est là moi, c'est mon visage ? Carise. - Sans doute.

Eglé. - Mais savez-vous bien que cela est très beau, que cela fait un objet charmant ? Quel dommage de ne l'avoir pas su plus tôt ! Carise. - D est vrai que vous êtes belle. ÉGLÉ. - Comment « belle » ? admirable ! Cette découverte-là m'enchante. (Elle se regarde encore.) Le ruisseau fait toutes mes mines, et toutes me plaisent. Vous devez avoir eu bien du plaisir à me regarder, Mesrou et vous. Je passerais ma vie à me contempler ; que je vais m'aimer à présent.

Marivaux, La Dispute, acte I, scène m, 1744.

La vision du reflet est l'origine d'un amour de soi immédiat et intense. La découverte de l'autre et l'expérience de l'amour sont de même étroitement tributaires du jeu des sensations. L'élargissement progressif du champ des connaissances et du réseau des comparaisons est la source de l'inconstance amoureuse, dont la genèse constitue le sujet même de la comédie.






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