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Le roman - L'humanisme, Les Hussards






L'humanisme

Sous ce terme un peu vague se regroupent un certain nombre d'écrivains qui se donnent pour but de restituer à la personne humaine une dignité et une énergie que les temps modernes lui ont en partie retirées. Chez Max-Pol Fouchet, par exemple, ami d'Albert Camus et d'Emmanuel Mounier, l'humanisme s'affirme comme une passion constante qui s'incarne dans le conflit entre l'innocence et l'histoire qui la nie : « Il nous importe d'atteindre une certaine éternité de l'homme » écrit-il dans la préface à son Anthologie thématique de la poésie française (1955). Chez nombre d'auteurs, qu'ils soient d'ailleurs poètes, dramaturges ou romanciers, l'expérience de la guerre a été capitale en ce qu'elle les a poussés à écrire afin de sauver dans l'homme ce que le nazisme avait tenté de briser. La Vingt-Cinquième Heure (1948) de Virgil Gheorghiu, d'origine roumaine, donne l'image terrible de l'horreur et de la négation des droits de l'homme. Certains écrivains sortent métamorphosés dey la guerre : Jean Cayrol (né en 1911), qui s'est illustré* dans la Résistance avant d'être déporté à Mathausen, se lance dans l'écriture de romans alors que jusque-là il n'avait donné que des poèmes. La terrible épreuve concentrationnaire d'Armand Gatti, arrêté alors qu'il était résistant, désigné comme otage puis déporté, s'exprime dans des pièces comme l'Enfant-Rat (1960) ou la Deuxième Existence du camp de Tatenberg (1962). Plus généralement, Gatti bouleverse la succession temporelle traditionnelle et mêle passé, présent et futur. Car cet auteur, douloureusement marqué par le passé, laisse à l'humanité l'espérance en l'avenir et la faculté de rêver.



Nombre de romanciers reprennent inlassablement ce message d'espoir. L'ouvre d'André Chamson n'a de sens . que si l'on reconnaît la part humaine dont est composée toute création : « Une ouvre, écrit-il, est toujours une architecture, et l'architecte n'est que la mise en place monumentale et sublime d'un certain mode de vie. » Les romanciers qui témoignent de la Résistance et des luttes sociales (Eisa Triolet, Roger VaillanD) dénoncent la barbarie du nazisme qui semble se poursuivre dans certains aspects de la société d'après-guerre. Avec ses péripéties, ses intrigues sentimentales, ses personnages typés, les Racines du ciel (1956) de Romain Gary prend les allures d'un reportage sur les chasseurs d'ivoire et la colonisation du Tchad. En fait, Gary met l'accent sur la cohérence d'un système qui, après avoir exterminé six millions de juifs, poursuit sa tâche dévastatrice en éliminant les éléphants d'Afrique. Son plaidoyer en faveur de la personne humaine outragée développe le même message humaniste qui sera celui du petit Momo dans la Vie devant soi (1975) d'Emile Ajar (pseudonyme de GarY) : « Il faut aimer. » Armand Lanoux manifeste clairement le désir de défendre l'homme avant tout : I « L'ennemi, pour moi, c'est tout ce qui abaisse l'homme » I (le Commandant Watrin, 1956). Les héros de Lanouxj exaltent une liberté inscrite au cour de l'être humain qui! se dresse contre l'oppression sociale, contre l'histoire et le temps où l'individu est écrasé : ils retrouvent leur confiance dans la contemplation d'une nature prospère, génératriceI de liberté. Tels aussi se présentent les héros de Jean Giono (1895-1970) qui, après avoir été emprisonné en 1939 pour insoumission et en 1944 pour collaboration, introduit dans ses romans d'après-guerre, qu'il nomme chroniques, l'histoire contemporaine ou passée. La dénonciation de la guerre et du totalitarisme domine, entre autres, le cycle du Hussard où le personnage d'Angelo oppose son « bonheur fou » au bien-être médiocre du plus grand nombre (le Hussard sur le toit, 1951 ; le Bonheur fou, 1957 ; Mort d'un personnage, 1949).



Une littérature qui place l'être humain au centre des préoccupations s'intéresse logiquement au sort des femmes dans la société. La place et le rôle des femmes évoluent rapidement depuis 1945, date à laquelle Te droit de vote leur est reconnu. De plus en plus apparaît une contestation de l'image de la femme répandue par les médias. Les visages de la femme-objet, désirable et sensuelle, et de la femme-domestique qui a charge du foyer et de l'enfant, constituent les deux faces d'une même réalité, celle de la subordination de la femme à l'homme. En témoignent les livres de Benoîte Groult (Ainsi soit-elle, 1975) ou les travaux de la sociologue Evelyne Sullerot. Marie Cardinal s'affirme, dès ses débuts, comme un écrivain féministe attaché à montrer les différents combats que mènent les femmes de tous âges : c'est elle qui recueille les propos de l'avocate Gisèle Halimi, ardent défenseur de la Cause des femmes (1973). Hélène Cixous travaille à une création qui se veut fondamentalement féminine, et ne cesse de célébrer la libération de la femme (Neutre, 1972 ; La, 1976 ; Souffles, 1977).

Sans être engagée, à proprement parler, dans les luttes de l'époque, l'ouvre de Marguerite Yourcenar témoigne pourtant d'une démarche humaniste qui, brisant le cadre de la culture occidentale, répond à l'appel des sagesses orientales. Ce qui ne l'empêche nullement de soumettre la recherche d'une vérité humaine à l'authenticité des anecdotes : « La valeur humaine d'une expérience, même fictive, est singulièrement augmentée par la fidélité aux faits » (Mémoires d'Adrien, 1951).

L'absurdité de la condition humaine, illustrée par la' Nausée de Sartre ou la Peste de Camus, devient un thèmet littéraire. Mais alors que les ouvres de ces auteurs dessinent finalement des solutions viables pour l'avenir, d'autres insistent sur le côté dérisoire du monde sans chercher à délivrer un message d'optimisme, sinon dans une sorte de quête lyrique inlassable. Félicien Marceau dénonce le mensonge social et la parole conventionnelle. Au terme d'un jeu où ils poussent à bout la logique absurde de l'institution littéraire et sociale, les personnages se retrouvent libres et seuls, dans le désert de l'écriture : « Tout ce qui me paraissait absurde n'est plus absurde [...]. Je cherche un signe. Il n'y a jamais de signe » (Creezy, 1968). Le moraliste n'a dépassé l'absurdité du système social qu'en découvrant le « non-sens » du verbe. Pour les personnages de Michel Tournier aussi, « tout est signe. Mais il faut une lumière, ou un cri éclatant, pour percer notre myopie ou notre surdité » (le Roi des aulnes, 1970). C'est au romancier de révéler le sens caché des choses à travers la peinture d'un univers foisonnant qui échappe à toute classification. Le romancier reste imprévoyant et imprévisible : ses ouvres, comme les pas du quatrième Roi mage, « miment la progression d'un esprit en quête de vérité, une vérité toujours en reflux ». La littérature, comme l'existence, n'est qu'une errance sans signification établie. Telle est, parallèlement, la position de Jean-Marie Gustave Le Clézio qui semble mal à l'aise dans le seul espace littéraire et sort, comme le héros du Livre des fuites (1969), J.H. Hogan, de la prison de sa chambre pour parcourir le vaste monde.



Les Hussards



Les Hussards

Quelques écrivains se réclamant, entre autres, de Stendhal et de Paul Morand, mais aussi de Drieu la Rochelle, de Montherlant, de Marcel Aymé, forment, dans les années 50, le groupe dit des « Hussards » : Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon. Il faut y ajouter le nom de Bernard Franck qui, appelé par Sartre en 1951 à la rédaction des Temps modernes, se brouille avec les dirigeants de la revue lors de la publication de son roman les Rats (1953). Roger Nimier récuse l'attitude des intellectuels de l'immédiat après-guerre, passés d'une philosophie de l'absurde à une morale de l'engagement. Il promeut, contre Sartre, Camus et Aragon, une nouvelle littérature « de droite ». En fait, Nimier exalte l'individu, seul face à Pamour et à la mort, le héros désabusé, pudique et brutal à la fois. Ses goûts le portent vers l'amitié masculine, l'élégance des attitudes, l'honneur du « service inutile » et le rapprochent de ceux qui savent « passer au milieu des catastrophes avec légèreté, en tirant la langue au destin ». Dans l'ouvre de Michel Déon se retrouvent les thèmes fondamentaux des Hussards : le dialogue de l'ambition et du bonheur (Lettre à un jeune Rastignac, 1956), le goût des voyages, le culte de l'amitié. Jacques Laurent, dans Roman du roman (1977) expose une conception du roman fondée sur le refus des règles contraignantes au profit de la richesse et de la variété de la vie. L'analyse psychologique repose sur le sentiment d'absolue liberté des personnages et sur l'indépendance par rapport aux formes modernes de l'écriture romanesque. Aujourd'hui, Didier Van Cauwe-laert, Patrick Besson, Éric Neuhoff renouent avec une tradition romanesque dont le principal apport tient dans l'affirmation d'une liberté de ton exempte de toute contrainte théorique.

Une littérature proche de l'homme, qui tente d'apporter un surplus de vérité et de sensibilité à la condition humaine, est sortie de la guerre. Elle s'est développée sur des voies diverses pendant une trentaine d'années. Parallèlement, a fait son apparition une autre forme d'écriture qui semblait donner le primat, non à l'homme, mais aux choses.



Le nouveau roman



À la différence du surréalisme, le nouveau roman n'a jamais connu, souligne Jean Ricardou (le Nouveau RomaN) de « chef, de revoie, de. manifeste ». Publiés essentiellement aux éditions de Minuit par l'éditeur Jérôme Lindon, Alain Robbe-Grillet, Claude^ Simon, Michel Butor, Robert Pinget, Nathalie Sarraute~ Claude Ollier et Jean Ricardou dénoncent tous une série d'illusions.

D'abord celle de l'engagement. Perçu souvent comme un maître à penser, l'écrivain des lendemains d'après-guerre - Aragon, Malraux, Sartre ou Camus - est supposé engager son inquiétude, sa révolte, ses doutes dans une recherche morale ou artistique qui se réclame d'un moderne humanisme. Or, le nouveau roman refuseï de confondre le projet littéraire et l'engagement humain, refus d'autant plus exemplaire que les éditions de Minuit ont joué un rôle important dans la dénonciation de la politique coloniale française et que pendant la guerre d'Algérie (notamment en 1960, à l'occasion du « Manifeste des 121 »), nombre de ses auteurs ont nettement pris parti. « Il me semble que lorsqu'on est attiré par un écrivain, ce n'est pas sa biographie qui intéresse. Je m'étonne toujours que l'on aborde un écrivain avec des questions qui n'ont rien à voir, ou peu à voir, avec son ouvre. Je n'ai pas de vie autre que celle d'écrire. Mon existence est dans mes livres... », dit Robert Pinget en décembre 1965. Les nouveaux romanciers sont unanimes à revendiquer, pour l'écriture, le droit de n'être « pour-chasseuse (quE) d'elle-même » (Roland BartheS).

La deuxième remise en cause vise à dénoncer l'« illusion! représentative », selon laquelle un roman serait un certain | reflet du monde réel. « Nos romans n'ont pour but ni de faire vivre des personnages ni de raconter des histoires », écrit Robbe-Grillet. « Le roman, ce n'est plus uni miroir qu'on promène le long d'une route », ajoute | Ricardou. Les instances romanesques traditionnelles - personnages, narrateur, lieu, temps - sont repensées en fonction de leur présence, non de leur sens : « Le monde n'est ni signifiant ni absurde, il est tout simplement », dit Robbe-Grillet.



Le personnage peut n'être que le « support de hasard » d'une tentative de mise en mots, à travers les glissements de ces tropismes dont parle Nathalie Sarraute, ces vibrations imperceptibles qui modifient les rapports entre les êtres et affleurent sous le discours et les gestes les plus banals. Il peut, réduit à son initiale, n'être quel l'objet d'un regard ou la voix d'un désir anonyme! (Robbe-Grillet : la Jalousie, 1957 ; l'Année dernière à Marienbad, 1961), se dédoubler même en deux lettres concurrentes (la Bataille de Pharsale, 1969, de Claude SimoN). Publiée en 1957, la Modification de Michel Butor propose une histoire qui, écrite à la deuxième personne du pluriel, tient en vingt-quatre heures. Le lecteur, directement interpellé, est amené à se situer à la place du personnage principal. Dans Degrés (1960), Butor, à travers trois narrateurs successifs, montre l'impossibilité de raconter une heure d'un cours d'histoire. Les lieux, les objets sont décrits dans leurs moindres! détails car au commencement « l'objet est roi », dit Jearj Cayrol (les Premiers Jours, 1947), auteur pourtant qui n'appartient vraiment pas au nouveau roman car, souligne Roland Barthes, « il y a un homme cayrolien ».



Si les nouveaux romanciers ont attaqué si violemment la notion de représentation, c'est qu'à leurs yeux, les individus n'ont plus aujourd'hui de contours distincts. Pour approcher une personne, il faut utiliser un langage fragmentaire, hésitant, qui n'atteint jamais la plénitude d'une communication sereine (Nathalie Sarraute : Marte-reau, 1953 ; le Planétarium, 1956). Pour Robbe-Grillet, le monde ne se compose plus d'individus ou de faits, mais d'affiches, d'images, d'objets, autant d'éléments qui | signalent une discontinuité fondamentale. Les nouveaux romanciers rejettent avec vigueur toute notion d'utilité. L'ordre de la réalité est radicalement distinct de l'ordre de la littérarité, et le roman se présente comme la forme de récit seule susceptible de saisir ces brefs instants où le monde apparaît dans toute sa nouveauté et dans toute sa stupéfiante gratuité, où les choses jaillissent sans raison : « Alors que le récit véridique a toujours l'appui, la ressource d'une évidence extérieure, le roman doit suffire à susciter ce dont il nous entretient. C'est pourquoi il est le domaine phénoménologique par excellence, le lieu par excellence où étudier de quelle façon la réalité nous apparaît ou peut nous apparaître ; c'est pourquoi le roman est le laboratoire du récit » (Michel ButoR).

Deux auteurs ont pris place temporairement dans la mouvance du nouveau roman. Claude Mauriac d'abord, qui entend éliminer la fausse littérature, celle qui prétend « avoir du fond » et donner du « sens ». « Tous les sujets se valent, déclare-t-il ; l'une de mes certitudes est, que ce que nous écrivons a moins d'importance que la façon dont nous l'écrivons ». C'est donc par la seule' structure de son livre que le romancier dévoile sa vision du monde, sa conception de l'espace et du temps humain, et non par la création de personnages symboliques ou l'exposé de grandes thèses. Marguerite Duras ensuite, dont certains procédés (traitement du personnage, renouvellement des formes narratives et scripturaleS) se rattachent au nouveau roman. Mais une même ouvre, chez cet auteur,, peut susciter des formes différentes : texte, théâtre, film. Des journées entières dans les arbres (1954), sa pièce la plus connue, procède de cette triple dimension.

Les nouveaux romanciers sont tout à la fois auteurs et théoriciens. « Tout écrivain, écrit Jean Ricardou, nous semble devoir se risquer à la théorie et y impliquer ses textes, tout théoricien nous semble devoir se risquer à la littérature et y confronter ses études. » Le procès fait au personnage, la perversion de la narration et de la description traditionnelles, permettent au nouveau roman, selon le mot de Jean Ricardou, de se présenter, non' comme le récit d'une aventure, mais comme « l'aventure i d'un récit ».



Le retour du romanesque



L'humanisme romanesque subit dans la période de l'après-guerre les attaques du nouveau roman, de l'individualisme des Hussards et de quelques recherches expérimentales. Citons, parmi ces dernières, celles de Pierre Guyotat (né en 1940) qui tente, d'oeuvre en ouvre, d'évacuer de l'écrit tout ce qui constitue le fondement de la littérature humaniste : la rhétorique artificielle du style et la toute-puissance de la psychologie (« Il faut montrer la présence de la matière, et de plus, l'embellir, la raffiner, la donner dans son état le plus pur », écrit-il dans Littérature interdite, 1972) ; celles de Philippe Sollers (né en 1936) qui après avoir exploré toutes les formes stylistiques et tous les discours possibles (Lois, 1972 ; H, 1973 ; Paradis, 1981), revient en 1983 à un roman de facture classique avec Femmes.

C'est qu'une littérature de tradition continue de s'écrire ' et persiste contre vents et marées. Remarquons à ce sujet, la constance des cycles romanesques : le roman a gardé une tendance au « cyclisme » (pour employer le mot de ThibaudeT) et manifeste des ambitions de somme ; ainsi les Chemins de la liberté (1945-1951) de Jean-Paul Sartre, qui prétendent illustrer les projets existentialistes, les Communistes (1948-1951) de Louis Aragon ou les Chevaux du soleil (1968-1972) de Jules Roy, roman historique sur la colonisation de l'Algérie. La forme cyclique constitue désormais un des pôles d'attraction de la création romanesque et connaît souvent les faveurs du grand public.

En dehors des modes et des écoles est apparu un roman singulier, Belle du Seigneur (1968) d'Albert Cohen, qui, à partir de la vie de Solal, juif de Céphalonie, retrace les innombrables étapes d'une destinée qui passe par la malédiction, les souffrances, l'humour, l'amour, l'espérance- Une langue baroque, inattendue, originale, chante la beauté du monde, la passion pour les femmes, dénonce les laideurs du quotidien, pourfend les milieux politiques internationaux. Cette ouvre est un des sommets de cette littérature du bonheur et de la nostalgie dont certains écrivains plus jeunes n'ont pas hésité à poursuivre l'entreprise : Muriel Cerf, Patrick Modiano (Villa triste, 1975), Danièle Sallenave (les Portes de Gubbio, 1980), Bertrand Visage (Tous les soleils, 1984). Le désir submerge toutes les valeurs dans les romans de Patrick Grainville. À l'image de Tokor, le roi fou des Flamboyants (1976), tous les héros de Grainville se livrent à une quête qui les emporte vers un espace coloré et baroque. Le quotidien se fait cosmique et intemporel, l'écriture et le monde étant habités par « la beauté fulgurante, égoïste de l'instinct » (la Diane rousse, 1978). Richard Millet, quant à lui, se partage entre la fiction (romans, nouvelleS) et ce qu'il nomme lui-même des mélanges (brèves proses méditativeS). Mais, dans l'un et l'autre cas, son écriture, toute partagée entre l'amour et le refus d'écrire, est dominée par un sentiment tragique de la vie et par une révérence pathétique pour la langue française. L'Invention du corps de saint Marc (1983) et l'Innocence (1984), ses premiers romans, ainsi que Sept Passions singulières (1985) appartiennent à ces livres, aujourd'hui rares, où le souci de la langue et la patiente conduite d'une interrogation intérieure composent un univers mystique et pictural devant lequel le lecteur n'est pas sans éprouver parfois une espèce de peur sacrée.

La réapparition, à partir de 1975 environ, d'une sorte de romanesque antithéorique, semble sonner le glas de ce que Julien Gracq appelait « une littérature de magisters », fruit d'une réflexion tâtonnante et un peu académique sur un genre dont les formes s'inventent, en fin de compte, avec chaque livre.






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