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La pensée de Goethe






On peut se demander si toute la pensée de Goethe et son évolution ne se ramènent pas à un nécessarisme de type spinoziste, qui presque dès le début aurait avorté ou plutôt dévié.



Cette déviation se trouverait décrite dans Werther. Werther, c'est le roman de l'illimitation et de l'échec tragique qui est la conséquence directe de la tentative faite par le héros pour en réaliser les conditions. Or, cette illimitation est de type spinoziste. Elle consiste essentiellement dans la volonté de s'égaler en pensée à un infini qui n'est pas simplement cosmique, qui est de nature divine. Il ne s'agit donc nullement de se soumettre au nécessarisme, mais de s'identifier hardiment avec lui, de façon à parvenir dans l'aspiration à l'infini à une hauteur de pensée telle que l'être ainsi détaché de la réalité déterminée se sente participant de plain-pied à la force divine déterminante. Il n'est pas difficile de voir là un spinozisme dévoyé. L'impossibilité réelle de s'élever ou de se maintenir à ce nivçau entraînera la chute de Werther. Il passera d'un état d'exaltation proche du divin, joint au sentiment d'une liberté infinie, à un état directement opposé, où il se découvrira prisonnier de la nécessité, c'est-à-dire du déterminé.



Cette catastrophe est précédée par un état intermédiaire ambigu, qui est celui de la pensée vague, par lequel Werther et le jeune Goethe se montrent très proches des romantiques. La pensée vague apparaît d'abord à Werther qui s'y livre sans frein, comme un état irrésistiblement fascinant, puisqu'il confond l'imprécision, le flottement et le caractère essentiellement voilé des formes de la pensée trouble, avec l'envahissement de l'infini qui est aspiration unique. Or cette illusion ne peut se maintenir. Elle doit nécessairement aboutir à la chute de Werther.

Werther ne pourra se soustraire aux conséquences de cette chute, mais Goethe s'y soustraira. Il s'y soustraira par une acceptation volontaire, délibérée même, du déterminé, qui deviendra chez lui une pratique constante, sauf en de brèves occasions, comme dans l'épisode des Mères, du Second Faust. Rappelons à ce propos la phrase mise dans la bouche de Méphistophélès, au moment où il parle à Faust des Mères, ces êtres mystérieux qui vivent en dehors du monde réel : « Quitte le monde créé pour fuir vers les espaces indéfinis des formes possibles. » Il n'est pas impossible de voir là une certaine similitude avec les thèmes de Werther.



Werther ne pourra se soustraire aux conséquences de cette chute, mais Goethe s'y soustraira. Il s'y soustraira par une acceptation volontaire, délibérée même, du déterminé, qui deviendra chez lui une pratique constante, sauf en de brèves occasions, comme dans l'épisode des Mères, du Second Faust. Rappelons à ce propos la phrase mise dans la bouche de Méphistophélès, au moment où il parle à Faust des Mères, ces êtres mystérieux qui vivent en dehors du monde réel : « Quitte le monde créé pour fuir vers les espaces indéfinis des formes possibles. » Il n'est pas impossible de voir là une certaine similitude avec les thèmes de Werther.



P. S. : On peut rapprocher ce dualisme goethéen où se trouvent confrontés liberté et déterminisme, de la pensée de Schiller, où, comme dit Victor Basch (Poétique de Schiller, Alcan, p. 5 6), on peut distinguer aussi deux éléments fondamentaux qui se heurtent de front, l'un de liberté, l'autre de déterminisme, de sorte que, pour Schiller, « l'homme est à la fois un être absolu et libre, d'une part, et, de l'autre, un être déterminé et contingent ».



P. S., II : L'idée de flottement dans l'indéterminé, si évidente dans le Werther de Goethe, et liée, comme nous le pensons, aux doctrines spinozistes, se retrouvera dans la pensée de Schleiermacher, où l'on trouve le passage suivant : « Sans exercer d'activité déterminée, l'esprit parfois contemple l'ensemble des choses, non comme quelque chose de distinct et ayant sa détermination en soi. C'est alors que l'homme pense à l'infini et qu'à sa concentration sur un objet déterminé, il « adjoint l'extensivité du flottement dans l'indéterminé et l'inépuisable ».



GOETHE : TEXTES

Un grand tout vaguement crépusculaire s'étend devant notre âme... Nous aspirons à nous y abandonner de tout notre être. (Werther.)



... Fuir vers les espaces indéfinis des formes possibles. (Faust.)



... Se perdre dans la plénitude de l'infini... (Werther.)



... Vite arrêté par les bornes de mon imagination et pourtant ne pouvant m'empêcher d'aller plus loin... (Werther.)



... Un monde de pressentiments obscurs plutôt que des images nettes et des forces vives... Tout flotte vaguement. (Werther.)



Tout flotte et vacille de telle sorte... que je ne puis saisir aucun contour. (Werther.)



Un ensemble immense et comme voilé d'un brouillard s'étend devant notre âme. (Werther.)



[Il y a] métamorphose de la vie infinie en un gouffre... (Werther.)

[Plus tard. A propos de Winckelmann Goethe parlera d'un retour à un point limité.)



Dans une déclaration tardive (1800) Goethe déclarera : « Une particularité me détermine toujours... »






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