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La littérature rhéto-romane en Suisse






Dans une minorité linguistique, la littérature prend en charge diverses tâches, qui ont surtout pour fin la représentation même du groupe. Ce n'est que dans des conditions exceptionnelles - en général l'exemple d'une autre culture - qu'elle se libère de ses engagements envers la communauté pour se préoccuper de questions personnelles. Cette littérature est donc par essence littérature d'usage, de consommation.



On approchera le mieux l'histoire des lettres rhéto-romanes par leurs rapports avec la littérature populaire. On désigne ainsi d'ordinaire les diverses formes de la tradition orale primitive: chants populaires, légendes, contes, proverbes, etc. Pour les Grisons, Caspar Decurtins a rassemblé tous ces documents dans Ratoromanische Chrestomathie (Chrestomatie rhéto-romanE) (1888-1919) en treize volumes. Cette matière a de nombreux points communs avec les témoignages populaires de cultures apparentées; mais à y regarder de près, on y trouve une force étonnante, des motifs, des mythes, des images et des tournures propres à ce domaine linguistique. Même lorsque les textes sont présentés selon l'usage de la fin du XIXe siècle, on y perçoit les misères et les espoirs de ceux qui se sont transmis ces chants et ces proverbes de génération en génération. Des formules d'incantations païennes côtoient des textes d'édification chrétienne; des soudards grisons partent enthousiastes au service étranger et éprouvent alors l'appel irrésistible de leur vallée d'origine; les enfants satisfont en comptines et rébus leur besoin de jouer; on y découvre aussi ce que chacun peut reprocher à l'autre au village. A travers ces formes populaires de l'expression littéraire, on voit transparaître l'histoire politique et économique du pays, comme aussi les conditions d'existence d'alors. La littérature exprime cette étroite proximité dans un monde commun jusque dans le XXe siècle.



La date de naissance de la langue littéraire et de son entrée dans la vie du pays est celle de la Réforme. Comme ce fut le cas pour Luther et l'allemand, la traduction du Catéchisme (1552) et du Nouveau Testament (1560) par Jachiam Bifrun fixe pour la première fois la langue écrite de Haute-Engadine. Pour la Basse-Engadine, le Psautier (1562) de Durich Chiampel aura la même fonction. Ce n'est que quelque cinquante ans plus tard qu'apparaissent les premiers écrits en surselvan. lorsque les idées de la Réforme pénètrent dans la vallée du Rhin antérieur. L'éloquence du père Stefan Gabriel. d'ilanz. entraîne alors la publication d'une série de livres d'édification et de controverses théologiques, où des capucins, d'origine italienne surtout, combattent dans leur nouvelle langue d'activité les réformateurs engadinois. En 1690, le moine bénédictin P. Carli De Curtins publie pour la première fois les Consolaziun délie olma devoziusa - consolations des âmes pieuses - recueil de chants qui sera pour des siècles «le» livre à la fois spirituel et poétique du Haut-Pays catholique. Servant à l'édification en même temps qu'à la récréation, les mises en drames de l'histoire biblique sont dans la tradition humaniste aux XVIe et XVIIe siècles en Engadine. tandis qu'en Surselva les Jeux de la Passion du XVIIIe sont imprégnés d'éléments baroques.



Le siècle des Lumières ne passe pas aux Grisons sans laisser de traces, mais plutôt sous forme de traductions que de textes originaux. La littérature romanche ne reprend vraiment vie qu'au XIXe. à la suite du romantisme et du renouveau national dans les pays voisins. L'histoire politique et confessionnelle des vallées les a cependant séparées si profondément les unes des autres qu'un accord entre langue écrite et littérature n'a pu se faire que par région. En Engadine. c'est dans le lyrisme que s'exprime l'esprit du temps, dominé par la nostalgie des émigrants et de ceux qui reviennent de l'étranger. En Surselva, le remarquable Giachen Hasper Muoih (1844-1906) exprime sous forme épique tout ce qui a fait la dignité historique et la fierté culturelle des gens du Haut-Pays.

Les deux grands groupes linguistiques situés sur le Rhin et sur l'inn n'ont trouvé de politique commune qu'au début de ce siècle. C'est alors que se créèrent les associations culturelles suprarégiona-les, qui s'engagent pour ce qui unit les Romanches entre eux, en négligeant tout particularisme. L'ironie veut que la recherche d'authenticité et un savant exercice d'équilibre politique et confessionnel ont fait apparaître deux nouvelles langues écrites: le surmiran et le sursilvan! La seule qualité de cette mesquine querelle est que l'écart reste minime entre la langue parlée et la langue écrite. Le lecteur se reconnaît sans peine dans la lyrique du poète de sa vallée. Malgré ces circonstances, quelques auteurs ont pourtant heureusement dépassé leur cadre étroit. C'est notamment le cas pour Peider Lansel (1863-1943). Engadinois, et pour Gian Fontana (1897-1935). Ober-landais. Leurs ouvres appartiennent à ce que la littérature romanche a de plus remarquable.



Aujourd'hui, les tensions idéologiques entre les divers groupes sont tombées. Les différents idiomes rhéto-romans se sont rapprochés grâce aux médias. L'avance inexorable de l'allemand et du suisse-allemand dans les régions alpestres vouées au tourisme avive la conscience de la valeur de la langue héréditaire. Mais celle-ci subit rapidement les changements de société. La jeune génération est tout à fait bilingue. Des centaines d'expressions venant du très riche fonds du vocabulaire paysan local ont déjà disparu de la langue courante. A part quelques rares ouvres, la littérature romanche était description, révélation, glorification et parfois critique (raremenT) de ce petit monde montagnard. Jamais le trésor linguistique potentiel d'une littérature traditionnelle ne s'est effondré si brusquement. Aujourd'hui les auteurs de l'ancienne génération s'efforcent de retenir dans leurs ouvres le plus possible du monde ancien, tandis que les jeunes doivent encore adapter leur langue aux réalités nouvelles.



Beaucoup des textes les plus récents témoignent d'un stupéfiant manque de souci du langage - qui ne saurait dissimuler tout à fait la pauvreté du reste.

Voyons cela dans trois exemples. Le représentant le plus important de la poésie rhéto-romane actuelle est Andri Peer (1921-1985). Avec sa fine sensibilité à l'évolution de la poésie d'autres langues romanes (Peer a traduit de nombreux poèmes étrangers dans sa languE), il ouvre au verbe ladin des espaces qui débordent le cadre traditionnel de la lyrique romanche. Pour le lecteur qui n'a qu'à peine bénéficié d'enseignement du romanche depuis le temps de l'école primaire et qui vit dans un quotidien multilingue, ces poèmes sont déjà par leur vocabulaire d'une exigence extrême. Andri Peer progresse très doucement lorsqu'il veut amener le lecteur dans son propre monde par des ponts verbaux aux courbes bien dessinées. Il a réussi dans beaucoup de poèmes à allier l'audace avec l'intimité du langage et à éviter une attitude élitaire.

La poésie de Clo Duri Bezzola (*1945), de l'Engadine. est beaucoup moins soucieuse de la forme. Elle cherche dans son essence de nouvelles voies. Bezzola n'est pas un novateur de la langue, mais un champion d'une vie libérée d'anciennes contraintes. Les problèmes propres à la langue même ne le préoccupent qu'en second. C'est une autre mentalité; dans sa perspective écolo-politique, les problèmes centraux sont les villes surbétonnées, la dégradation de la nature, la consommation forcée, l'éducation manquée des enfants. Cela fait glisser sa poésie d'une façon qui mérite attention vers certains modèles de pays voisins.

Les limites d'une littérature ne sont pas tracées seulement par ce que l'on peut attendre de compréhension linguistique de la part du lecteur; elles tiennent aussi au regard que l'auteur porte sur soi et à l'approbation qu'il peut attendre de son environnement. Lorsque les rapports sociaux sont aussi transparents que dans une minorité, on ne peut éviter les égards et les accommodements. La plupart des écrivains acceptent cette forme d'autocensure sans problèmes. Celui qui toutefois cherche consciemment à provoquer la contradiction attirera sur lui de nombreux ennuis et aura éventuellement de la peine à trouver ensuite encore un éditeur. Le dernier cas de ce genre s'est produit il y a quelques années avec les Historias da Gion Barlac (1975) de Théo Candinas (*1929). Ce sont de joyeuses histoires autour d'un drôle, rusé, capable de s'adapter habilement à tout ce qu'on attend de lui. et sans aucun principe. Si l'on compare l'agressivité de Candinas à des exemples pris dans les grandes littératures, par exemple Brecht, on se rend compte combien la sensibilité est aiguë dans une minorité linguistique.

Sans doute aucun, la valeur de prestige de sa propre littérature est grande dans une minorité linguistique. La dignité du groupe est liée à ce qu'il peut créer littérairement. Une ouvre est alors plus le bien de la communauté que celui d'un groupe de spécialistes; qu'une création soit proclamée ouvre d'art par la critique littéraire spécialisée n'a que peu d'importance. Le contact direct de l'auteur avec la vie quotidienne du groupe assure l'impact sur le lecteur, et pour celui-ci le sentiment que la littérature ne lui est pas étrangère par essence. Ce sont là les chances propres aux littératures de minorités.



C'est peut-être cette situation qui a incité Margaritta Uffer (* 1921 ) à faire la proposition suivante: «Je considérerais comme un progrès essentiel et un exemple pour le monde entier que tous les poètes romanches ne publient leurs ouvres que dans l'anonymat. La balle serait vite séparée du grain. Et ce serait, une fois, une ouvre collective originale.» L'idée n'a bien sûr aucune chance de succès - pourquoi la vanité épargnerait-elle les écrivains romanches? Lorsqu'une littérature de minorité est fortement mise à contribution pour la cause commune, elle a d'autant plus besoin de déviations subjectives. La fantaisie poétique ne se plie jamais aux impératifs de l'heure. Les lecteurs ont ainsi encore une chance de trouver dans des ouvres des contre-propositions à ce qui paraît à vue de politicien l'unique solution.






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