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La littérature de la Suisse italienne






Conditions culturelles et débuts au XIXe siècle



Une certaine connaissance des circonstances historiques et géographiques qui ont fait la Suisse italienne est indispensable pour en comprendre la vie littéraire. C'est un territoire détaché de la Lom-bardie et rattaché à la Suisse - ou, si l'on veut, un coin de Suisse enfoncé dans l'Italie. Il faut savoir aussi qu'à cette région appartiennent, hors du canton du Tessin et des vallées grisonnes de la Mesol-cina et de Calanca, qui forment ensemble ce coin helvétique, les vallées grisonnes qui s'ouvrent vers le sud, le Val Bregaglia et le Val Poschiavo. Cette situation géographique explique, avec son développement historique, l'extrême division de ce pays. Aussi est-on amené à se limiter à la partie la plus importante, le Tessin.



Les vallées lessinoises tombent aux mains des Suisses aux XVe et XVIe siècle, et définitivement après la bataille de Marignan en 1515. Baillage commun des Confédérés, le Tessin devient en 1803 un canton suisse autonome, égal aux autres dans la Confédération. Au sud. il est limité par l'Italie et au nord par les Alpes, barrière naturelle et frontière des langues. La liaison nord-sud par-dessus les Alpes et vers l'Italie a donné à la région un développement économique et politique important. La ligne de chemin de fer qui traverse le massif du Gothard depuis un siècle et la récente autoroute nord-sud ont des effets à la fois positifs et négatifs sur le développement du canton. D'une part, ces voies rapprochent le Tessin des métropoles de Zurich et de Milan - ce qui est favorable au développement culturel et économique - mais de l'autre elles participent à la perte d'identité propre du canton, en accélérant une pénétration venant surtout du nord.



Il n'y a pas eu avant le XIXe siècle de littérature tessinoise au sens strict, ou alors elle se limitait aux besoins de l'Eglise et d'une petite minorité. Aucune comparaison avec le développement des beaux-arts et de l'architecture, dont l'artiste le plus illustre, né au Tessin d'une lignée d'artisans, et inventeur de formes d'architecture nouvelles, Francesco Borromini (1599-1667) a élevé à Rome l'Oratorio dei Filippini et autres édifices comme Saint-Yves-de-la-Sapience (1642-1661). Le développement marginal de la région, axée sur la Lombardie et les centres italiens, ne concerne pas seulement l'économie, mais aussi l'enseignement et tous les domaines de la culture. Lorsque avant le XIXe siècle le nom d'un Tessinois apparaît, c'est un cas particulier, en général un ecclésiastique appartenant à la sphère de la proche Lombardie. Citons l'humaniste Francesco Ciceri (1521-1596) et le pédagogue Francesco Soave (1743-1806). Ils n'appartiennent à notre pays que pour y être nés; leur activité s'intègre à la vie intellectuelle de l'Italie du Nord.

La situation change quelque peu après 1803. On voit surgir dans la politique et la vie culturelle des Tessinois. qui doivent d'ailleurs leur formation à la Lombardie voisine. Pour des hommes comme Vincenzo D'Alberii (1763-1849). premier président du gouvernement du Tessin, et Slefano Franscini (1796-1857), conseiller fédéral, il n'y a pas rupture entre idéologie et langue, faits et parole. Ils ont fait tous deux leurs études à Milan, ville de grand rayonnement intellectuel à cette époque. Une constante fondamentale, valable aussi pour le XXe siècle, est la suivante: la culture de la Suisse italienne n'a d'intensité et de couleur que lorsqu'elle ne se replie pas dans l'autarcie et l'autosatisfaction, mais s'appuie sur son arrière-plan naturel en se tournant vers l'Italie, ou en accueillant, au temps du Risorgimcnto ou du fascisme, des émigrés venus du sud (comme Carlo Cattaneo. une des remarquables personnalités du libéralisme agissant du XIXe sièclE).

Parmi les auteurs tessinois du XIXe siècle, seuls méritent mention des écrivains politiques, notamment Carlo Battaglini et Romeo Man-zoni. Pour les écrivains venus du nord et surtout du monde germanique, le Tessin est un havre où ils peuvent se retirer en paix, éventuellement dans l'émigration. Le cas de Hermann liesse (1877-1962). bourgeois de Montagnola près Lugano, est caractéristique: son séjour au Tessin n'a pas influencé de façon majeure la culture tessi-noise. à peine plus que s'il avait vécu en Valais (comme RilkE) ou aux Grisons. Les Tessinois eux-mêmes ne se sont jamais occupés de leurs hôtes plus ou moins illustres (voir AsconA). L'image d'un Tessin qui serait un pont entre les civilisations du nord et du sud. entre l'Allemagne et l'Italie, doit être examinée avec réserve.



En forçant un peu la note, on pourrait dire que la littérature suisse italienne en tant qu'expression d'une culture propre commence avec Francesco Chiesa (1871-1973). Né dans l'extrême sud du Tessin, tout près de la Lombardie. Chiesa a fait des études de droit à Pavie. De retour au Tessin, il se voua à des travaux littéraires et à l'enseignement. Le parallèle entre ces deux activités est une constante, car aucun écrivain ne saurait imaginer vivre là de sa plume. Chiesa a écrit de nombreux poèmes, notamment les Sonetti di San Silvestro, publiés lors de son 100e anniversaire. Son influence durable tient à ses ouvres en prose, récits et romans. Tempo di marzo est une lecture scolaire appréciée. L'auteur y montre le développement d'un adolescent dans un monde stérile et isolé, où les passions du monde sont absentes.

Francesco Chiesa est un point de référence, aussi bien pour ceux qui voulaient ou devaient se référer à lui, que pour ceux qui tentaient plus ou moins vivement de s'en écarter. La liste de ceux qui ont écrit sous son influence est brève. Ils se cantonnent en général dans un conformisme formel qui tient à l'emploi d'un toscan qui leur vient de l'école. L'idéologie conservatrice qui est la leur s'exprime dans des idylles champêtres, dans une atmosphère juvénile de style maniéré: mentionnons Angelo Nessi (1873-1932), de Locarno. Guido Calgari le définit ainsi dans son ouvrage: Le 4 letterature délia Svizzera (Florence. 1968): «Homme du monde, élégant, décadent, usé par le travail, la vie mondaine et une sensibilité éveillée et suraiguë. Toujours disposé à la farce, la controverse et les jeux de mots, il se comporta jusque sur son lit de mort en cynique sans scrupules, alors qu'en réalité il était enthousiaste et généreux, chaleureux et plein d'inquiétude. Un dernier représentant de la bohème milanaise.» Ce portrait, au-delà de l'analyse de l'homme, touche à l'un des problèmes de la littérature en Suisse italienne: Les rapports divers de la bourgeoisie avec la culture du pays voisin. Angelo Nessi survit surtout grâce à son roman Cip. Citons avec lui le poète Valerio Abbondio (1891-1958) dont les délicats fragments sont d'une musicalité rare, et Giuseppe Zoppi (1896-1952) qui prend une place plus grande comme traducteur (par exemple de RamuZ) que comme poète et dans le roman, genre où il oscille entre l'idylle et un certain néovérisme maniéré (Il libro dell'alpE).



Piero Bianconi (1899-1984) entretient des contacts avec Chiesa (Colloqui con Francesco ChiesA). Il suit néanmoins sa propre voie, comme expert en arts, comme traducteur (surtout du françaiS) et comme écrivain. Son ouvre la plus connue est Albero genealogico (1969), où il juxtapose des lettres de ses ancêtres, obligés par une extrême pauvreté à émigrer en Amérique. On y trouve une image précise non seulement de lui, mais aussi des désolantes conditions d'existence du passé. Il faut mentionner encore le nom de deux écrivains typiquement populaires, Orlando Spreng (* 1908) avec son roman La recluta Senzapace et Francesco Alberti avec Il voltamarsina.



Situation linguistique et littérature au XXe siècle



L'usage du dialecte et de la langue littéraire est très différencié en Suisse italienne. L'un parle un italien châtié, l'autre un italien régional (surtout dans les milieux citadins du suD) ou un italien régional populaire (signe de promotion socialE), le troisième s'exprime en dialecte courant, alors que chez de vieux paysans on rencontre encore l'ancien dialecte local. Les deux langages dominants sont aujourd'hui l'italien régional populaire (sous l'influence de l'écolE) et le dialecte courant. Ce sont deux modes d'expression que justifient les besoins pratiques, avec des formes banalisées. Le diagnostic pessimiste que posaient des auteurs comme Pasolini et Zanzolto pour l'Italie est valable aussi pour la Suisse: la langue italienne se nivelle d'une manière typique pour une société de consommation, elle s'unifie en perdant son originalité régionale. Les auteurs d'ouvres en dialecte réagissent de diverses façons: les plus importants d'entre eux considèrent le dialecte comme base authentique de leur identité et rallient ainsi la tradition orale; d'autres voient là un moyen de s'isoler, destiné à lutter moralement contre l'envahissement étranger du nord et du sud. Derrière cette prétendue recherche de sa propre identité se dissimule la tendance à un repli dans une autarcie anachronique; c'est le culte de la petite patrie comme province culturelle. Des socio-linguistes comme Ottavio l.urati et Sandro Biancuni ont étudie le phénomène dialecte, de même que les linguistes comme Federico Spiess, Rosanna Zeli, Elio Ghirlanda et d'autres encore, qui sont cités dans le Vocabolario dei dialetti délia Svizzera italiana, en préparation, ou dans les cahiers des Dialetti svizzeri publiés par Mario Vicari se rapportant aux dialectes tessinois.

Parmi les poètes s'exprimant en dialecte, il faut nommer Alina Borioli (1887-1965). Dans son poème A va Giuana du recueil Vos det la /aura 1964, «Voix de la forêt qui protège des avalanches», elle traite admirablement du problème de la mort: une vieille femme vit dans un village de montagne; il ne lui reste plus que la fuite dans un monde de rêves pour y voir refleurir le village. Ses poèmes sont moins liés dans leur métrique à l'italien d'école qu'à une prosodie préromane de tradition populaire religieuse. A la suite d'Alina Borioli, nous trouvons Giovanni Bianconi (1891-1981). observateur attentif de la réalité paysanne aussi bien dans ses poèmes en dialecte que dans ses gravures sur bois. Sergio Maspoli (*1920) doit être nommé, qui emploie le dialecte de Lugano de manière expressionniste, et qui écrit pour la radio de longues comédies en dialecte. Citons aussi Giulietta Martelli-Tamoni (1889-1975). Ugo Canonica (*1918) et Giovanni Orelli (* 1928). Bien d'autres sont incités à écrire des poèmes en dialecte par les concours ouverts par la revue II canto-netto que publie Mario Agliati.



En 1944, le premier recueil de poèmes de Giorgio Orelli (* 1921) paraît, aussitôt salué par Gianfranco Contini, le grand critique littéraire italien. C'est Né bianco né viola. Grâce à ses ouvres suivantes (surtout L'ora det tempo. 1962, et Sinopie. 1977). Giorgio Orelli prend place parmi les meilleurs poètes italiens contemporains. Dans la Suisse italienne d'aujourd'hui, c'est lui le point de référence, comme poète et comme critique. Son style personnel, allant de l'abandon à l'ironie, entre idylle et épigramme, est d'une linéarité transparente, qu'on retrouve dans les récits Un giorno délia vita (1961). Style et composition sont chez lui marqués par l'activité du traducteur et du critique. Orelli a parlé des plus grands poètes italiens d'hier et d'aujourd'hui, de Dante et Pétrarque jusqu'à Montale dans ses Accerta-menti verbali (1978).

Un grand nombre de poètes de son entourage ont été très bien accueillis: Adolfo Jenni (* 1911). poète élégiaque et critique; Remo Fasani (* 1922). poète et critique littéraire lui aussi; Amleto Pedroli (*1922); Angelo Casé (* 1936) dont les poèmes sont peuplés d'enfants et d'animaux étranges; Ugo Canonica oscille dans sa langue entre le dialecte et un italien de plus en plus dépouillé; Alberto Nessi (* 1940) aime décrire dans ses poèmes des situations-limites: enfants débiles, gens écrasés par le sort et poussés à l'extrême, drames de l'exil; Antonio Rossi (* 1952) est un maître dans la rédaction de poèmes qui reflètent en apparence la banalité de chaque jour et de la langue courante; Aurelio Buletti (* 1946) compose des épigrammes tranchantes et ironiques; Monighelli, Petrini, Bellrametti, Locarnini font partie de la jeune génération.

Précisons qu'il ne sera pas tenu compte ici des auteurs qui écrivent en italien hors du canton. C'est important, car les quelque 300 000 habitants de la Suisse italienne ne sont pas seuls à parler cette langue. 11 y a des travailleurs étrangers d'expression italienne dans toutes les régions du pays.

La littérature romanesque se développe parallèlement à la poésie actuelle; elle est pour une grande part influencée par celle d'Italie. Cet ascendant est très manifeste dans l'ouvre d'un Felice Filippini (* 1917) qui, dans sa peinture comme dans ses livres, se rattache au naturalisme (Pane del' 900, Signore dei poveri morlI). Sous un angle différent, on peut en dire autant de la production de Giovanni Bona-lumi (* 1920) qui. narrateur et critique, s'oriente surtout vers l'analyse littéraire.

Plinio Martini (1923-1979), Remo Berella (* 1922) et Giovanni Orelli se rattachent au néoréalisme, mais avec une attitude différenciée et critique (selon l'exemple de GaddA). Martini s'efforce surtout d'analyser le conflit du jeune habitant de vallée reculée, ses sentiments, son attitude, son idéologie, lorsqu'il se trouve confronté avec une nouvelle réalité. La pauvreté, l'émigration, la religion, l'éducation sont les thèmes de II fondo del sacco (1970) et Requiem per zia Domenica (1976). Remo Beretta n'a publié qu'une petite partie de ce qu'il a écrit (Sette racconti, 1964). Il exprime d'une manière très difficile à saisir les rapports profonds entre les choses et le comportement humain, de même que l'amertume dissimulée derrière le masque de l'homme. Giovanni Orelli décrit en trois romans le passage du monde paysan à la société de consommation: le conflit entre l'homme et la nature dans L'Anno délia valangq (1965), le conflit entre la culture paysanne et la technologie dans La/esta del ringra-ziamento (1972) et le conflit avec le monde des banques dans Il giuoco del monopoly (1980). Avec ses romans critiques, Giovanni Orelli est un des représentants les plus marquants de la nouvelle littérature tessinoise.



Alice Ceresa (* 1923) habite Rome et ouvre dans une direction linguistique et littéraire expérimentale. C'est une traductrice remarquable. Anna Felder (* 1937) fait de même en Suisse alémanique.

Cette évocation des conteurs comme des poètes ne peut être qu'in complète. Soixante écrivains tessinois appartiennent à la Société suisse des écrivains, et un certain nombre au Groupe d'Olten, politiquement orienté à gauche.

La Suisse italienne n'a pas d'université propre, ce qui fait l'objet d'une discussion publique depuis des décennies. Cette situation oblige la région à se tourner vers l'extérieur ou à se replier dans sa modestie. L'exemple typique est celui du nombre des spécialistes es littérature en poste dans des universités suisses tels que Romano Amerio, Giovanni Pozzi, Ottavio Besomi, Pio Fontana, Giorgio Orelli et Giovanni Bonalumi.

D'autres secteurs de la vie intellectuelle, indispensables à toute activité littéraire en région restreinte, sont très vivants: la Suisse italienne a sa radio et sa télévision, plusieurs quotidiens avec des pages littéraires, des revues d'histoire et de littérature de tendances et de qualités diverses comme le Bollettino storico délia Svizzera italiana de Giuseppe Martinola, Archivio siorico ticinese de Virgilio Gilardoni, la revue littéraire Cenobio et celle de philosophie et de littérature Bloc-Notes.






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