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La littérature contemporaine et la Grande Guerre






Il y a plusieurs façons de faire le point sur l'écriture de l'Histoire dans les fictions contemporaines. Quatre au moins : l'une est thématique, et rassemble les ouvres selon les événements ou les périodes qu'elles évoquent ; une autre sera problématique, cherchant à savoir quels sont les enjeux de ces livres, et de quelle manière ils les mettent en ouvre; les deux dernières seront chronologiques, selon que l'on envisage la chronologie historique ou celle des publications. Il ne nous a pas été nécessaire de choisir entre ces approches : toutes ou presque se portent d'abord vers la Grande Guerre. Le début du XXe siècle et sa fracture majeure sont en effet au centre des préoccupations. Non que l'on ne trouve pas de fictions consacrées à des périodes antérieures, mais elles le sont sur un mode qui relève plus de la saisie culturelle (voir infrA) que de la mise en question des événements historiques. En revanche, la Première Guerre mondiale est l'époque à laquelle la littérature contemporaine fait le plus référence, parce qu'elle y cherche l'origine historique et problématique d'un siècle de ténèbres et de désillusions.





La première approche se fait par le truchement du roman policier : Le Boucher des Hurlus, de Jean Amila, paraît dès 1982 ; Le Der des ders, de Didier Daeninckx, en 1984. Dans le premier de ces deux livres, des enfants de mutins fusillés en 1917 partent à la chasse d'un général, surnommé « le boucher des Hurlus», responsable de l'inutile massacre de dizaines de milliers de poilus. Dans le second, un détective enquête après l'armistice sur les malversations d'un colonel coupable de lâcheté criminelle, et dénonce au passage l'extermination par l'armée française, dans la Creuse, en 1917, d'un bataillon de soldats russes relégués à l'arrière lorsque les événements de leur pays les avaient convaincus de renoncer à se battre. À chaque fois, sont révélés les événements obscurs dissimulés de cette guerre, les erreurs de l'état-major.



Et cet intérêt ne se dément pas au fil des années. Il connaît même un «pic» au tournant des années 1980-1990. On se souvient du premier roman de Jean Rouaud, Les Champs d'honneur et du succès que lui valut le prix Goncourt. C'était en 1990. Deux ans après La Montée en première ligne (1988) de Jean Guerreschi, un an à peine après la parution de L'Acacia (1989) de Claude Simon et la sortie du film de Bertrand Tavernicr, La Vie et rien d'autre, qui s'ouvrent tous deux par des scènes semblables : une veuve cherche, sur les champs de bataille dévastés, le corps de son compagnon disparu. Un Long Dimanche de fiançailles, de Sébastien Japrisot, paraît en 1991. C'est encore un disparu que recherche Mathilde, le personnage principal, refusant de croire à sa mort. Quelques temps avant, Pierre Bergounioux avait publié Ce Pas et le suivant (1985), première occurrence dans son ouvre de la Grande Guerre dont l'ombre portée marque encore certains ouvrages ultérieurs, notamment La Maison rose (1987) et Le Bois du Chapitre (1996). Olivier Barbarant adresse Douze Lettres d'amour au soldat inconnu (1993). Gérard Mordillât évoque Le Retour du permissionnaire (1999), Henri-Frédéric Blanc, Le Dernier Survivant de Quatorze (1999) ; Frédéric Roux fait suivre le récit de la guerre de son grand-père par un bref essai {Le Désir de guerre, 1999). La bande dessinée s'en mêle avec Tardi : C'était la guerre des tranchées (1993) et Varlot soldat (1999). Quadrige (1999) de Frédéric Fajardie prolonge l'intérêt du roman policier pour la première guerre, alors que Les Roses de Verdun (1994) de Bernard Clavel lui consacre une place dans le roman traditionnel. D'autres écrivains, qui déploient la chronique d'une lignée familiale, font aussi sa part à l'immense tuerie des tranchées, comme Sylvie Germain dans Le Livre des nuits (1985) avec un emportement du texte qui confine au légendaire ou Richard Millet dans La Gloire des Pythre (1995). Les livres d'historiens se multiplient également: autour de Stéphane Audoin-Rou-zeau et d'Annette Becker notamment. Au milieu des années 1990, on inaugure à Péronne l'Historial de la Grande Guerre.

Cène présence insistante continue avec le passage au XXIe siècle : Derrière la colline (2000) de Xavier Hanotte, Cris (2001) de Laurent Gaudé, Les Ames grises (2003) de Philippe Claudel, déjà auteur de Meuse l'oubli ( 1999), Dans la guerre (2003) d'Alice Ferney, Les Hommes forts (2003) de Daniel Hebrard, Quatre Soldats (2003) d'Hubert Mingarelli continuent d'explorer très diversement une période décisive pour l'Histoire, pour la pensée et pour l'existence des générations ultérieures. Le recueil Paroles de poilus, lettres et carnets du front 1914-1918 (1998) devient un best-seller. Carine Tré-visan publie son très bel essai sur Les Fables du deuil. La Grande Guerre: mort et écriture en 2001. La vulgarisation historique produit aussi son lot de romans - dans une forme du reste ttès convenue - comme Pierre Miquel, avec les quatre volumes des Enfants de la Patrie. Même si ces livres n'ont pas tous la même force, ni même des ambitions littéraires comparables (certains sont des romans de facture traditionnelle qui utilisent la Grande Guerre comme prétexte dramatiquE), nombre d'entre eux s'intéressent à cette période avec la volonté d'en saisir les complexités, d'en mesurer les traces sur le présent. Car c'est bien dans cette origine sanglante du siècle que s'enracine le fondement de l'Histoire contemporaine. Les penseurs en viennent même à parler du «court XXe siècle» qui irait de 1914 à 1989 (date de la chute du mur de Berlin et... de la réapparition de récits de la Grande GuerrE).



Réémergence d'un objet littéraire



Cette multiplication de récits de guerre tranche sur un long silence durant les deux décennies précédentes. Absence qui n'est pas très étonnante: au temps des «trente Glorieuses» tout l'effort social et culturel tend à éloigner les années noires ramenées par la Seconde Guerre mondiale. L'entreprise de reconstruction s'accommode mal du regard en arrière, le pays est à refaire, la prospérité attend au coin de la rue, le progrès conduit inexorablement vers un futur que l'on espère radieux. Dans le champ proprement littéraire, régnent de nouvelles «avant-gardes» dont les préoccupations sont essentiellement formelles et se soucient peu de l'Histoire. Aussi peut-on à bon droit s'étonner de voir revenir ce «thème» que la littérature avait abandonné depuis Dorgelès, Barbusse, Drieu, Céline et consorts.

À ce retour, semble-t-il, plusieurs raisons, dont chacune est lourde de conséquences pour la forme même de ces nouveaux «récits de guerre». La première de ces raisons tient à l'abandon du formalisme structural, déjà évoqué. La littérature se réhistoricise. Dans une période où s'est achevé le délitement des illusions idéologiques, il est urgent de réfléchir aux causes mêmes de ce délitement. Les horreurs perpétrées durant la Seconde Guerre mondiale ont leur origine lointaine dans les tranchées, lorsque s'inventent l'industrialisation et l'internationalisation de la guerre et que commence à sombrer cette foi dans l'humanisme que la « Shoah » achèvera d'enterrer. Mais cette nécessaire réflexion, qui sans doute aurait pu - et dû - se déployer dès 1945, s'est trouvée «gelée» par la glaciation idéologique dans laquelle le monde était alors entré. Tous ces récits ne font leur apparition majeure sur la scène littéraire qu'à partir de 1989-90, date de la chute du mur de Berlin qui marque symboliquement la fin de la «guerre froide».



Seconde raison de l'actuel intérêt pour cette période : le décalage génération nel. À l'exception notable de Claude Simon, les écrivains concernés sont nés entre 1949 et 1954. Ils n'ont connu aucune des deux guerres et écrivent alors que les derniers survivants de la Grande Guerre sont en fin de vie. Or la transmission de cette expérience-là ne s'est pas faite, ou peu, car les souffrances proches estompent les souffrances lointaines ; à la différence de la Seconde Guerre mondiale, pour laquelle la question de la mémoire ne se pose pas en mêmes termes puisque la distance générationnelle est moindre, la Première Guerre mondiale a été radiée des souvenirs familiaux au fil des années 1950-1980.



L'horreur, sans doute, avait été dite, déjà, par les textes parus au lendemain de la Grande Guerre. Mais qu'en est-il aujourd'hui? Comme le souligne Rouaud, « nous n'avons jamais vraiment écouté ces vieillards de vingt ans dont le témoignage nous aiderait à remonter les chemins de l'horreur». Il s'agit maintenant de les écouter quand c'est encore possible, de recueillir leurs témoignages. C'est donc bien une nouvelle fois la question de l'héritage que ces livres reprennent et prolongent au-delà de l'immédiate ascendance, comme l'écrit Olivier Barbarant au soldat inconnu, en évoquant une photographie aperçue dans un livre d'Histoire: «J'avais dix-sept ans et votre guerre figurait encore dans les programmes du baccalauréat dont on l'a depuis scandaleusement écartée, pour des motifs probablement politiques, puisque tout ça qui a suivi dépendait de vous, et qu'à présent nul ne peut comprendre les massacres ultérieurs. » À l'instar de Jean Rouaud, pour qui « [l]a guerre de 14 est l'événement fondateur de notre époque. Cette guerre a tout détruit, à commencer par la mémoire », Barbarant reconduit l'Histoire à ce point originel : « Vous étiez piégés bien autrement que ne le furent les générations suivantes, et la révolte de vos survivants d'ailleurs fut incomparable avec les leurs, du désespoir aisé des existentialistes aux criailleries, vingt ans après, de chevelus qui n'avaient à la bouche qu'une forme de lyrisme démantelé» (Douze Lettres d'amour au soldat inconnU). C'est de ce piège que Claude Simon remonte inlassablement l'archéologie dans L'Acacia, en cherchant comment se sont mises en place, au cours de cette «aventure commencée vingt-cinq ou trente ans plus tôt», les pressions sociales, culturelles et idéologiques qui conduisent un homme à mourir au champ d'honneur, en ayant adopté ces valeurs qui le mènent à une mort contraire à leur discours pseudo-humaniste. «La terreur moderne s'installe en grand avec la Première Guerre mondiale », écrit Miguel Abensour en rappelant les réflexions d'Elie Halévy et de Theodor Adorno.



Au début de L'Acacia, une femme recherche avec son enfant et ses belles-sours la sépulture de son mari sur les champs de bataille. Le narrateur retrace ensuite, a posteriori, le parcours de cette trop brève existence.

Ainsi venait de prendre fin une aventure commencée vingt-cinq ou trente ans plus tôt, lorsque l'insrituteur d'un petit hameau de montagne (ou plutôt sans doute le principal du collège de la ville voisinE) vint trouver (ou convoqua dans son bureaU) le père du jeune boursier encore dans les basses classes (un paysan, un homme sachant tout juste lire, écrire et remplir d'additions maladroites les feuilles d'un carnet à la couverture de moleskine, les chiffres gris inscrits avec lenteur au crayon - parfois un de ces crayons à encre humectés de salive et dont la trace mauve pâlissait à mesure que la mine séchait -, le papier lui-même grisâtre, quadrillé, dont la pâte était parsemée de minuscules taches rousses, comme de la sciure de boiS) et le persuada de renoncer à faire de son fils un insrituteur (ses sours aînées enseignaient déjà dans des écoles perdues l'hiver sous la neigE) et de ne pas le retirer du collège avant le baccalauréat afin qu'il soit à même de poursuivre des études supérieures. Ce fut peut-être à son retour ce soir-là, ou après s'être donné la nuit pour réfléchir, que l'homme qui avait passé sa vie à gratter quelques carrés ou plutôt quelques lambeaux de terre éparpillés ici et là au fond et sur les flancs d'une étroite vallée, si éloignés les uns des autres qu'il fallait pour s'y rendre à peu près autant de temps qu'on y restait à travailler, prit sa décision, ou plutôt se renforça dans la décision qu'il avait déjà prise de mettre ses enfants en mesure d'atteindre à une condition qui placerait définitivement le nom de la famille à l'abri des orages de grêle, des sécheresses, des doryphores, de l'ergot du seigle ou de la cochylis qui, périodiquement, anéantissaient en quelques heures ou quelques jours le fruit de la sueur et de la fatigue dépensées en une année. Et ce que lui avait fait entrevoir le principal du collège dépassait de si loin tout ce qu'il avait pu ambitionner pour sa descendance qu'en comparaison la condition d'instituteur faisait à peu près la même figure que celle de paysan à côté de celle d'instituteur. Ce fut sans doute ce qu'il expliqua aux deux filles qui, pour les congés, venaient de leurs écoles non pour se reposer sous le toit familial mais pour travailler dix heures par jour les carrés de pommes de terre, de maïs, ou les minuscules arpents de vigne. Ou peut-être (il mourut d'ailleurs peu aprèS) n'eut-il pas besoin de leur expliquer quoi que ce soit ni de les convaincre, peut-être prirent-elles la décision d'elles-mêmes, spontanément, peut-être même l'avaient-elles prise bien avant que le collège s'intéressât à leur jeune frère (c'était l'unique garçon de la famille, leur cadet de plusieurs annéeS), peut-être ce qu'elles avaient déjà appris par elles-mêmes de la condition d'enseignantes dans les écoles où elles faisaient la classe à de jeunes gardiens de vaches et à des filles en sabots les avait-elles déjà conduites à la même résolution d'éviter au garçon un destin semblable, et ceci quel que dût être le prix à payer, non seulement pour ses études, son entretien pendant les années préparatoires aux examens ou aux concours qu'il affronterait mais encore, par la suite, le temps nécessaire à son insertion dans un milieu social où pour figurer décemment, du moins dans les débuts, ce qu'il pourrait gagner par lui-même serait certainement loin de suffire.

Claude SlMON, L'Acacia, © éd. de Minuit, 1989, p. 62-64.



Symptomatique est ainsi la relation qu'entretiennent ces textes avec les questions de filiation, comme s'il s'agissait de renouer avec le fil brisé de la transmission et, par là même, à la fois, d'interroger la mémoire, de suspecter une autre réalité derrière les écrans disposés par l'Histoire officielle des manuels scolaires, et de comprendre enfin le traumatisme de ceux qui se sont heurtés de plein fouet aux démentis infligés à leurs croyances. C'est pourquoi les récits de la Grande Guerre sont souvent le fait de jeunes écrivains, qui parfois même commencent leur ouvre par là : Jean Rouaud bien sûr, mais aussi Philippe Claudel et Daniel Hebrard dont Meuse l'oubli et Les Hommes forts sont les premiers livres respectifs, Barbarant dont les Lettres sont le second. Isabelle Condou (// était disparU), Yves Pourcher (Le Rêveur d'étoileS), Philippe Roch (Blés bleuS) et Frédéric Cathala (Le Théorème de RoiteleT) entrent en littérature en 2004 en creusant cette insondable faille de l'Histoire. Daeninckx, Gaudé et le belge Hanotte y sont aussi venus très tôt dans leur carrière. Leur position inter-rogative est si prégnante qu'elle se fictionnalise en roman policier dans Le Der des ders de Didier Daeninckx, en roman d'enquête chez Japrisot, en intrigue romanesque pour Hanotte, en reconstitution a posteriori chez Rouaud ou Claude Duneton (Le Monument, 2004), en pèlerinage sur les lieux dans Le Bois du Chapitre de Bergounioux.



Modalités et enjeux du «récit de guerre » contemporain



Parce qu'il y a un manque à savoir, ces récits se déploient en effet sur le mode de l'énigme. À l'exception de Pierre Miquel, spécialiste de vulgarisation historique dont les modèles littéraires demeurent ceux du début du siècle dernier, il est rare que les écrivains choisissent de raconter une expérience fictive chronologiquement détaillée : même un romancier aussi traditionnel que Bernard Cla-vel compose les périodes, (son personnage, qui a fait fortune dans les armes à la faveur de la Première Guerre mondiale, revient en pensée sur la seconde, qui lui a ôté son fils, comme sur la sanction de ses actionS). Écrit à partir de 2003, le « roman vrai » de Claude Duneton, Le Monument s'ouvre sur une scène datée du 11 novembre 1964, lorsque le père de l'auteur s'insurge contre les célébrations factices de « l'héroïsme » et du





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