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LA FONTAINE






Quand on songe à La Fontaine, on songe naturellement, en premier lieu, au fabuliste et au conteur. L'un et l'autre sont admirables. Mais l'un et l'autre ne s'occupent que de ce qu'ils perçoivent, et ce qu'ils perçoivent est le plus souvent situé en plein jour, au-dehors. La Fontaine est un observateur, doublé d'un humoriste. Il trouve son bien dans l'étude du monde extérieur. Tout cela l'intéresse de façon si active - en dépit de sa nonchalance un peu affectée - qu'il n'a guère l'occasion de diriger son regard vers le monde intérieur. Ou, en tout cas, il ne le fait que dans de rares occasions. Or, deux occasions de ce genre, très importantes l'une et l'autre, se sont présentées à lui. Il les a saisies. Ce sont deux poèmes, les plus beaux que La Fontaine ait écrits. L'un est Psyché, l'autre, Adonis. Ne cherchons pas à les analyser. Cherchons-y seulement ce qu'il est difficile de trouver dans les Contes ou les Fables, c'est-à-dire une pensée qui oublie ses paysages habituels pour prendre conscience de son mystère intérieur.





Que trouvons-nous dans les Amours de Psyché} Le grand thème de la nuit : « La nuit venant sur un char conduit par le silence », comme dit La Fontaine lui-même. Mystérieuse, parce que silencieuse, la nuit pour La Fontaine est le lieu, le lieu mental, où les choses sont voilées, secrètes, encloses dans un monde qui, pour être exploré, doit être atteint par une autre voie que celle qui s'ouvre sur le jour. Pour la première fois peut-être, La Fontaine se décide à peindre un univers qui gît dans l'ombre. C'est dans cette pénombre, plus intérieure qu'extérieure, qu'il place la visite que fait l'Amour à Psyché.

Ne soyons donc pas surpris si, en entrant dans ce poème, nous entrons nous-mêmes aussi dans un monde qui n'a plus la netteté du monde externe si souvent décrit par le poète. Ici nous sommes dans le « dedans d'une grotte », et le paysage secret qu'elle recèle ne se dévoile qu'à demi aux regards qui l'explorent. Ceux-ci, troublés, incertains, « courent de toutes parts ».



Bientôt d'ailleurs cette métamorphose de la clarté muée en ombre se trouve renforcée par un phénomène analogue : non plus une altération de la lumière, aboutissant à des jeux du jour et de l'ombre, mais des changements non moins capricieux dans l'ordre de la matière qui devient aquatique par l'intervention d'une multitude de jets d'eau. Nous voici transportés dans un univers incertain comme les pensées du visiteur qui le contemple, univers où les plaisirs sont « mêlés », les vues « capricieuses », lieu imaginaire ou réel, peu importe, mais profondément différent, en tout cas de la réalité externe, puisqu'il est celui des formes changeantes et de la confusion. Car c'est bien dans le domaine de la confusion que nous sommes introduits. Sans doute, aux yeux du poète, entre la confusion et l'eau courante, il y a le même rapport équivoque qu'entre le trouble de l'âme et la nuit. Tout cela ne constitue qu'un préambule troublant à l'aventure centrale constituée par l'impossibilité délicieuse et angoissante de déterminer de claire façon la nature du dieu nocturne qui viendra visiter l'âme confuse. Le thème de la nuit, associé comme il l'est à l'apparition intermittente d'un être inconnu, avec qui l'on noue des liens charmants, mais dont on ne connaît même pas l'identité, ne ressemble plus aux thèmes habituels du fabuliste, exprimant un jugement précis sur des actions perçues en pleine lumière : thème à demi dissimulé et à demi révélé par ce que La Fontaine appelle « les longs replis d'un voile ténébreux ». Parlant des jets d'eau dont il avait été le spectateur récent, le poète avait déjà exprimé le ravissement que lui avait causé cette conduite ambiguë des êtres et des choses ; il avait écrit : « Plus les jets sont confus, plus leur beauté se montre. » Jamais le spectacle ne paraît si confus que dans les incidents survenant dans cette nuit. Rappelons la tapisserie magique suspendue dans l'une des pièces du palais où Psyché attend le visiteur. On y voit « un chaos, une masse confuse ». Rappelons que l'amant inconnu ne paraîtra jamais ni si désirable, ni si redoutable, que lorsqu'on « n'en verra point le visage ». La Fontaine y insiste lui-même : « Le meilleur, dit-il, est l'incertitude, et qu'avec la possession l'on ait toujours de quoi désirer. »

Il faut donc bien le reconnaître. Tous ces détails donnés avec la plus grande discrétion révèlent chez La Fontaine une esthétique aussi différente que possible de celle de Boileau, qui, comme on le sait, exige, avant tout, de la netteté et, par conséquent aussi, de la détermination. L'esthétique de La Fontaine, au moins dans les textes cités plus haut, mais aussi ailleurs, par exemple dans l'Adonis, est une esthétique de l'instabilité et de l'incomplétion. Valéry y insiste lorsque dans Variété il écrit à propos du poème à'Adonis les paroles suivantes : « Plus la proie que l'on convoite est inquiète et fugitive, plus il faut de présence et de volonté pour la rendre éternellement présente dans son attitude éternellement fuyante. »



Ce côté incertain et délicieusement inachevé d'une expérience volontairement indécise contient toute une esthétique qui est à l'inverse même d'une esthétique de la netteté et de la forme arrêtée. Elle nous fait songer à une philosophie de l'époque qui va à l'encontre de la philosophie cartésienne : la philosophie de Gassendi. Parlait du temps, Gassendi écrit ceci : « Il ne peut être arrêté ni, pour ainsi dire, suspendu par aucune force, mais va coulant. » Et il le compare à« la flamme d'une chandelle dont l'essence consiste dans l'écoulement, car ses parties ne sont jamais ensemble ».

Il semble que La Fontaine ait été très frappé par cette peinture ambiguë de la fugacité.



Rappelons à ce propos les vers merveilleux où La Fontaine décrit la disparition de Vénus et l'évanouissement du bonheur :



Semblable à ces amants trompés par le sommeil,

Qui rappellent en vain pendant la nuit obscure

Le souvenir confus d'une douce imposture,

Tel Adonis repense à l'heur qu'il a perdu...








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