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La faillite du monde bourgeois






Le règne des valeurs fausses



Le monde bourgeois apparaît comme un monde de conventions où les valeurs véritables sont dénaturées. Par exemple, en décrivant ses familles bourgeoises, Mauriac peint des catholiques formalistes : leur religion ëst un élément de leur confort, une sorte d'assurance sur la vie éternelle. Les messes du dimanche où se retrouvent les bonnes familles sont un épisode de leur vie mondaine. Il faut noter pourtant que cette lucidité critique envers la bourgeoisie n'empêche pas Mauriac, lui-même bourgeois, propriétaire et académicien, de prendre, jusque vers 1935. par haine de la « termitière bolcheviste" », la défense de la classe bourgeoise, en tant que rempart des libertés, notamment à l'encontre des « jeunes bourgeois révolutionnaires'6 » du groupe Esprit. Mais ce qu'il dénonce sans pitié, c'est le « pharisaïsme » du bourgeois, sa bonne conscience, ses certitudes, qui l'enfoncent dans le mensonge.



Ce christianisme de façade. Bernanos le reproche lui aussi aux « bien-pensants ». Dans La Grande Peur des bien-pensants (1931), il condamne avec violence leur tiédeur, leur prudence, leurs compromissions avec les valeurs du « siècle ». c'est-à-dire de la démocratie bourgeoise, radicale et anticléricale. Puis au moment de la guerre d'Espagne, il dénoncera, comme Mauriac lui-même, la collusion des catholiques et du franquisme, c'est-à-dire le divorce entre l'Église et les masses populaires (Les Grands Cimetières sous la lune 1938).



Pour Bernanos, les valeurs chrétiennes sont dénaturées par les valeurs bourgeoises et le spirituel sacrifié au temporel : l'Église n'est plus que le soutien de la bourgeoisie, c'est-à-dire un facteur de conservation sociale, une alliée des puissances d'argent. Mais la vraie foi est morte. Cela se traduit chez Bernanos par deux grands thèmes, celui de la « paroisse morte » et celui de l'« imposture ». « La Paroisse morte », tel était le titre initialement prévu pour Monsieur Ovine (rédigé entre 1931 et 1940. publié en 1943). dont le héros pourrait être une image caricaturale de Gide, incarnation de l'esprit moderne - démoniaque -. de doute et d'indifférence au Bien et au Mal (« oui-non »). Mais la paroisse du Journal d'un curé de campagne (1936) est aussi une « paroisse morte », où l'on oublie Dieu. Dans ce monde règne l'imposture, qui s'incarne par exemple dans l'abbé Cénabrc : il a perdu la foi mais, extérieurement, accomplit tous ses devoirs (L'Imposture, 1928). Bernanos oppose aux imposteurs de nombreuses figures de la « sainteté » : l'abbé Donissan, l'abbé Chevance, antithèse de l'abbé Cénabre, Chantai de Clergeric. l'héroïne de La Joie (prix Femina 1929), ou le curé d'Ambricourt. héros du Journal d'un curé de campagne.

Bernanos fait donc le procès du monde moderne et contre ses fausses valeurs prône certains idéaux, ceux du Moyen Âge chrétien, dont les héros privilégiés sont le chevalier et le saint. En eux s'incarnent fa toi, la générosité, le goût du risque et le sens de l'honneur, le mépris des biens matériels et la recherche de la vraie justice, tout ce que méconnaît le monde bourgeois et que Bernanos résume dans la notion d'« esprit d'enfance ». Pour Bernanos, une ligure idéale du « saint », qui est aussi un « chevalier », est Jeanne d'Arc, à qui il rend souvent hommage, notamment en 1934 avec son essai Jeanne relapse et sainte, où la foi humble cl sincère de Jeanne est confrontée à l'orgueil et à la vaine science des docteurs qui la condamnent.

On peut d'ailleurs noter que le personnage du saint apparaît à plusieurs reprises au cours de l'entre-deux-guerres. Le saint, être de vérité et de pureté, semble constituer une figure critique de la société bourgeoise matérialiste et corrompue'7. C'est ce que montrent la pièce d'Henri Ghéon, Le Pauvre sous l'escalier (1920), le roman de Dorgelès, Saint Magloire (1922). ou celui de Delteil. Jeanne d'Arc (prix Femina 1925), qui par son anticonformisme fait scandale chez les bien-pensants : Jeanne la bergère y représente un être à la fois saint et sain, dans l'accord de la nature et du surnaturel, face aux corruptions sociales.



La nostalgie de la « sainteté », ou d'un « chevaleresque », tout opposé aux valeurs bourgeoises, est la conséquence d'une profonde crise morale qui atteint un régime discrédité par de nombreux scandales dont le plus retentissant fut l'affaire Stavisky en 1934. Les valeurs démocratiques et républicaines ne sont pas seulement critiquées par la droite (Maurras ou BernanoS) mais aussi par ceux qui leur accordaient leur confiance. Les premières pièces de Marcel Pagnol témoignent des déceptions et du dégoût qui furent ceux des lendemains de la victoire chez beaucoup d'anciens combattants19. Dans Topaze (1928) notamment, l'instituteur n'est plus le « hussard de la République » comme au temps de Péguy. D'abord naïf et sincère, il se met lui aussi à bafouer la morale qu'il enseigne.



Jules Romains, qui admire l'héritage idéologique de la Troisième République, déplore lui aussi un certain abâtardissement des valeurs républicaines. Les reproches qu'il met dans la bouche de Jaurès à l'encontre des bourgeois d'avant 1914 sont aussi ceux qu'il adresse lui-même à la République corrompue des années trente, avec ses collusions entre milieux financiers et politiques.

Dans ses écrits politiques rassemblés dans Pleins Pouvoirs (1939), Giraudoux dénonce vigoureusement la « crise morale » qui est selon lui le « vrai problème français ». La république bourgeoise est devenue à ses yeux le lieu où régnent les privilèges, le mensonge et la corruption. Giraudoux souhaiterait donc pour son pays la « conversion » à la grandeur qu'il imagine pour son personnage d'Égisthc dans Electre, lequel retrouve sa conscience morale grâce à l'exemple de l'héroïque Electre. En faisant la critique du « bourgeois », Giraudoux vise un état d'esprit plus qu'une classe sociale : « J'appelle bourgeois ce qui est, par opposition à tout ce qui tend à être2' ». écrit-il en 1930. C'est le conformisme, la médiocrité, la lâcheté, qu'il dénonce. Ce n'est donc pas sans malaise que Giraudoux accueillera les accords de Munich, même si son esprit de conciliation et son pacifisme l'empêchent de s'y déclarer franchement hostile.

Quant à Montherlant, il s'indigne de la veulerie de ses contemporains dans L'Équinoxe de septembre (1938), inspiré par son départ pour la ligne Maginot. au moment de la crise de Munich. Il y défend une morale héroïque contre la « morale de midinette » qui est celle de son pays. Pour Montherlant la médiocrité est le caractère essentiel de l'esprit bourgeois, créateur d'un monde sans noblesse, où végètent par exemple les héros des Célibataires (1934), aristocrates déchus, mal à l'aise dans la société contemporaine. Car si le roman décrit avec une lucidité impitoyable les faiblesses des protagonistes, il n'en est pas moins une satire féroce de la médiocrité moderne. C'est souvent avec violence, avec insolence, que Montherlant s "en prend au monde bourgeois et à ses rites, par exemple dans Les Jeunes Filles, lorsqu'il décrit de façon caricaturale, presque célinienne, l'une des cérémonies culturelles bourgeoises : le concert (des « porcs à lunettes » veulent exprimer « l'extase » que leur procure la musiquE).



C'est là le ton du pamphlet, dont useront sans retenue les surréalistes qui proclament leur colère contre la société. En témoignent notamment les invectives de Crevel (Le Clavecin de Diderot, 1932, ou Les Pieds dans le plat, 1933), de Pérct (Mort aux vaches et au champ d'honneur, daté de 1922-23 : Je ne mange pas de ce pain là, 1936) ou de Prévert27. Avec Victor ou les Enfants au pouvoir (1928). Vitrac écrit, dans un esprit de parodie, un « drame bourgeois » où la lucidité dévastatrice d'un enfant de neuf ans révèle les tares et les compromissions du monde bourgeois, dont la famille est ici encore le concentré. Grossièreté, blasphème, humour et sarcasme sont les armes dont se servent les surréalistes pour désacraliser les valeurs régnantes.



Parmi ces valeurs dénaturées qui définissent le monde bourgeois figure la culture. En 1929 paraissent les deux brillants pamphlets d'Emmanuel Berl. Mort de la pensée bourgeoise, puis Mort de la morale bourgeoise, où s'affirme la nécessité pour l'intellectuel de se désolidariser d'une culture qui est un privilège et, comme la religion, un moyen de conservation sociale.

Avec ses deux essais très virulents. Aden Arabie (1931) et surtout Les Chiens de garde (1932), Paul Nizan fustige une culture réduite au niveau des « arts d'agrément » et servant à justifier des privilèges. Dans le deuxième de ces ouvrages, il lance une attaque en règle contre la philosophie officielle qui lui apparaît comme un jeu de l'esprit, par lequel les « philosophes » se mettent en marge de l'histoire et de l'action et se font ainsi les « chiens de garde » de la bourgeoisie.

Dans ce procès intenté à la culture bourgeoise, Jean Guéhenno occupe une place à part. Celui-ci en effet, universitaire issu du milieu ouvrier, qui raconte sa vie et ses expériences dans Journal d'un homme de quarante ans (1934), se sent mal à l'aise, condamné soit à trahir ses origines au nom de la culture qui l'a fait entrer dans le monde bourgeois, soit à renoncer à cette culture dont il sent tout le prix. Dans Caliban parle (1928). il se fait l'interprète de l'homme du peuple révolté par la manière dont la bourgeoisie pervertit sa propre culture en en faisant un ornement futile ainsi qu'un avantage au même titre que l'argent.

Mais ceux qui se targuent de vraiment faire « parler Caliban », en usant du langage populaire, ce sont les tenants de l'école prolétarienne23. Au bourgeois déconsidéré on oppose une figure idéalisée du « peuple ». Henry Poulaillc peint la tristesse des faubourgs (Le Pain quotidien, 1931), mais il veut mettre l'accent sur la noblesse et la dignité de ces hommes du peuple qui savent lutter pour plus de justice. De même, Louis Guilloux évoque le souvenir de son père, militant socialiste, dans La Maison du Peuple (1927)24.

Quant à l'ouvre de Céline, elle constitue, par son ton et son style, un désaveu total de la culture "comme de la respectabilité bourgeoises. Voyage au bout de la nuit put, non sans quelque malentendu, être interprété par certains comme un livre « de gauche»25, mais il est vrai qu'il dénonce tous les vices de la société bourgeoise, en adoptant le point de vue et le langage de ceux qui en sont les déshérités. Par son écriture, Céline veut se moquer de la culture bourgeoise, ce qu'il fait aussi quelquefois par la parodie : ainsi dans cette page où. après la mort de Bébert, Bardamu récrit dans son langage relâché la « belle lettre » que Montaigne avait envoyée à son épouse pour la mort de leur fille.

On sait que Sartre fut fortement impressionné par la nouveauté du style célinien, qui faisait éclater les conventions littéraires. Lui aussi en effet veut tourner en dérision l'humanisme bourgëôjSrCertaines pages ont une valeur parodique : lorsque par exemple il insère dans La Nausée (1938) une page d'Eugénie Grandet, un dialogue sentimental et délicat, qu'il fait suivre immédiatement par une conversation de café, particulièrement vulgaire. Sartre fait du bourgeois le support de tout ce qu'il exècre : le conformisme et le conservatisme social, incarnés par le héros de « L'Enfance d'un chef » (Le Mur, 1939) ; par les notables de Bouville dont les portraits sont conservés au Musée (La NauséE) ; par la culture traditionnelle caricaturée avec le personnage de l'Autodidacte ; par la bonne conscience et la mauvaise foi de ceux qui croient leur existence justifiée et que Roquentin traite de « salauds ».



Un monde condamné



Que l'on s'en afflige ou que l'on s'en réjouisse, on exprime souvent le sentiment que le monde bourgeois est en déclin. La crise économique de 1929, tout comme les scandales qui éclaboussent le régime, ou les désordres qui l'affaiblissent (notamment en février 1934), contribuent à entretenir cette impression.

La décadence de la bourgeoisie semble à la fois matérielle et morale. Comme l'indique le titre d'une comédie de Bourdet, la bourgeoisie traverse des « temps difficiles » (1934). Dans la peinture qu'il fait du milieu bourgeois, Mauriac se montre sensible à cette situation. Par l'importance que ses personnages accordent aux questions d'argent, il peut évoquer les contrecoups de la crise économique, avec la baisse des revenus, l'obligation pour les filles de la bourgeoisie de se mettre à travailler, comme c'est le cas dans Les Chemins de la mer (1939). Avec ce roman, le déclin d'une famille bourgeoise représente le déclin de la société bourgeoise. Quant à Green, il a conscience que, dans Épaves (1932), il évoque un « crépuscule26 », celui de la bourgeoisie.

Tel est aussi un des thèmes de nombreux romans de l'époque consacrés à la famille bourgeoise dont nous avons déjà parlé : Saint-Saturnin, Les Hauts-Ponts, Le Testament Donadieu, Les Thibault. On y voit s'exprimer le sentiment d'une faillite, liée parfois aux désastres de la guerre, ou, plus profondément, aux insuffisances de la bourgeoisie elle-même. Pour Martin du Gard, le monde capitaliste est un monde vieux et dégénéré. C'est ce qu'il aurait voulu exprimer en écrivant Vieille France (1933). bien que, de son propre aveu, il y ait surtout peint un tableau de mours villageoises27. On trouve encore une évocation satirique du monde rural dans le fameux Clochemerle ( 1934) de Gabriel Chevallier. Malgré le caractère gaulois et burlesque du récit, l'action (les querelles sanglantes qui divisent un petit village à propos de la construction d'une pissotièrE) n'est pas sans analogie avec la situation troublée et explosive de la France à ce moment-là.

Lorsque Jules Romains prend pour thème les « pouvoirs » dans le volume qui porte ce titre, il oppose au pouvoir politique bourgeois le pouvoir syndicaliste populaire et, adoptant le point de vue du jeune ouvrier Maillecotin, il suggère que le bourgeois est timoré face à l'avenir, alors que le prolétaire prépare le monde nouveau28. Conscient de la nécessité de réformer la société capitaliste, Jules Romains accepte de préfacer le Plan du 9 juillet 1934 qui prévoit une économie dirigée et une « réconciliation nationale ».



Martin du Gard ou Jules Romains ont plutôt des sympathies pour la « gauche ». Un homme qui est de la même génération que ces derniers, mais admirateur de Maurras, René Béhaine, fait, dans son Histoire d'une société (dont les seize volumes s'échelonnent entre 1904 et 195930), un bilan entièrement négatif de la république bourgeoise. La fresque sociale le cède d'ailleurs à l'aventure intérieure du protagoniste, porte-parole des amertumes et du pessimisme de l'auteur ; toutefois l'échec du héros ne fait que refléter le vice profond et le déclin inévitable du monde bourgeois.

Mais c'est essentiellement parmi des générations plus jeunes que l'on va prophétiser avec le plus d'âpreté la mort de la société bourgeoise. Les jeunes intellectuels que l'on a nommés les « non-conformistes des années trente3' » font le procès d'un monde qui à leurs yeux n'est plus viable. Il est significatif que tous insistent sur la nécessité d'une « révolution ». Un des collaborateurs de Réaction, d'inspiration maurrassienne, Thierry Maulnier, parle de « Révolution totale » (La NRF, déc. 1932). Robert Aron et Arnaud Dandieu, fondateurs d'Ordre nouveau, publient en 1933 La Révolution nécessaire. Quant à Emmanuel Mounier, qui fonde en 1932 la revue Esprit, où s'associent valeurs chrétiennes et valeurs de gauche, il écrit Révolution personnaliste et communautaire (1935). Il oppose le personna-lisme d'inspiration chrétienne à l'individualisme bourgeois. Ce qui lie, au moins momentanément, tous ces intellectuels, c'est un mouvement de refus et une exigence de rupture envers l'ordre établi, ou plutôt ce que Mounier nomme le « désordre établi ».

Pour Mounier et ses amis, la fin du monde bourgeois est imminente. De son côté, Berl fonde en 1927 avec son ami Drieu La Rochelle une revue éphémère intitulée Les Derniers Jours et dont le premier article commence agressivement par : « Tout est foutu. » À sa manière, le film de Jean Renoir. La Règle du jeu (1939). donne bien cette vision d'une classe de privilégiés, inconsciente et futile, emportée vers le désastre.

Les Perniers Jours (1935), c'est aussi le titre d'un roman de Queneau. Là comme dans Les Enfants du limon (1938), tout en adoptant un ton fantaisiste et bouffon, l'auteur met en scène les réalités socio-politiques de son temps (dictature mussolinienne. émeutes de février 1934, guerre de 1914 et prochain conflit mondiaL) et il décrit une société de petits-bourgeois médiocres, roublards et lâches qu'il ne regrette pas de voir vouée à une fin prochaine.

Quant à Soupault qui. dans ses nombreux récits d'inspiration autobiographique, fait la satire de la famille bourgeoise (Les Frères Durandeau, 1924, ou Le Grand Homme, 1929, où il évoque son oncle, l'industriel Louis RenaulT), il déclare au début d'Histoire d'un Blanc (1927) qu'il assiste avec plaisir à la décomposition de la classe dont il est issu.

Dès 1922, avec Mesure de la France, Drieu formulait un diagnostic impitoyable sur la décadence d'un pays affaibli démographiquement et surtout moralement32. Son roman Rêveuse Bourgeoisie (1937) décrit comment en deux générations se consomme la déchéance d'une famille bourgeoise française à cause de la faiblesse de caractère de ses membres. Quant au héros de Gilles, il assiste impuissant aux émeutes de février 1934 tout en rêvant de régénérer une société corrompue. Les mômes événements inspirent à André Chamson son roman La Galère (1939) où, avec un point de vue opposé à celui de Drieu, l'auteur montre un bourgeois, d'abord indifférent, qui s'embarque dans la « galère » commune et fraternise avec la classe ouvrière contre la droite fascisante.

Au contraire, le Pierre Mercadicr des Voyageurs de l'impériale d'Aragon, ou Lange, l'intellectuel du Cheval de Troie de Nizan, restent en marge de l'action et c'est cette passivité qui. pour leurs auteurs, les condamne. C'est en effet une société pourrissante que nous montre Aragon avec Les Beaux Quartiers, une société dominée par l'argent et dont la corruption est représentée par deux lieux symboliques, le bordel de Sérianne et la maison de jeu de Paris.

Quant à Nizan. outre ses pamphlets, il a publié trois romans où il exprime son dégoût de la bourgeoisie et son engagement marxiste en opposant de façon souvent manichéenne les exploiteurs et les exploités : Antoine Bloyé (1933), Le Cheval de Troie (1935) et La Conspiration (prix Interallié 1938). Les romans de Nizan sont dominés par l'idée de la mort, celle de l'individu ou celle de la collectivité. Antoine Bloyé débute par la mort du héros, et son fils, le narrateur, s'efforce de comprendre l'itinéraire d'un homme qui s'est embourgeoisé et a trahi sa classe d'origine. Quant à La Conspiration, histoire de jeunes bourgeois qui veulent jouer aux révolutionnaires, c'est aussi un roman de la trahison et de l'autodestruction. Pour Nizan la société bourgeoise est sous le signe de la mort.

Selon Malraux", la mort est le personnage principal du Sang noir de Guilloux. Le héros, Socrate dérisoire, finira par se suicider. Ce professeur de philosophie chahuté est comme la conscience impure qui condamne les hypocrisies de la vie sociale tout en s'en montrant complice par une certaine lâcheté. Mais c'est la société bourgeoise elle-même, dont il est la victime, qui est asphyxiée par ses propres mensonges : elle ne charrie plus qu'un sang vicié, un « sang noir », signe de mort.

L'obsession de la mort donne la même note tragique à la description que Céline fait de la société. Mais à l'inverse de Nizan ou de Guilloux, qui sont plus ou moins porteurs d'une espérance révolutionnaire, Céline fait preuve d'un pessimisme total.






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