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Essais littéraire

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Julien Green






Parlant du titre qu'il se disposait à donner à l'un de ses livres, Julien Green, avec une certaine insistance, notait un jour ce qui suit : « Il s'appellera Au seuil de la nuit. » Ce beau titre de Seuil de la nuit, nous savons que Green, avec maintes variantes, aurait pu l'inscrire sur la page de garde de presque tous ses livres. C'est le plus souvent, en effet, à partir d'un certain seuil ou point de départ d'une nouvelle existence, que l'auteur commence, ou parfois rappelle, quelque mystérieuse aventure spirituelle vécue par lui ou par l'un de ses personnages. Il lui arrive ainsi, parfois très soudainement, ou bien si les circonstances l'exigent, tardivement, après une longue pause, de se trouver sujet à quelque « moment de surprise », voire de recueillement ou de réminiscence magique, qui relie en lui telle expérience actuelle où il joue un rôle déterminé, à quelque autre événement ayant eu lieu dans la profondeur du passé et dont il retrouve en lui soudainement le souvenir. Il faut que, d'une façon ou de l'autre, il lui vienne à l'esprit de rapprocher, ou plutôt de confronter inopinément deux moments que le temps avait largement séparés. Interrompant brusquement le cours normal de l'existence, ces moments souvent si lointains qu'ils avaient été oubliés, se réinsèrent tout à coup parmi ceux qui forment le fond actuel de notre vie, de façon à produire des liens ou des conflits qui tranchent sur le caractère de celle-ci. Alors il arrive que cette vie apparaisse soudain comme double, ou, plus exactement, comme composée d'éléments contrariés qui s'excluent les uns les autres, comme si notre état présent se trouvait tout à coup perturbé par l'irruption d'un autre temps avec lequel il ne pouvait pas se fondre.





D'où, chez Green, une infinité de drames particuliers qui semblent éclore les uns des autres sans raison évidente dans la suite des événements qu'il raconte, sentiments de peur, de félicité inattendue, remontant sans motif, semble-t-il, à la surface de l'être, impressions de déjà vu se greffant sur des impressions de jamais vu, éclairages brusques jaillissant de la pénombre, conscience de soi hésitant entre un bonheur et un effroi surgis d'un même événement à la même seconde, toutes espèces enfin d'expériences composites imposant leurs contrastes, leurs désordres et leurs conflits au même moment à la limite de deux mondes, ou, plus souvent encore, opérant entre ceux-ci sur-le-champ un bouleversement ou un renversement de situation inattendus.



Rien de plus instable donc, de plus aisément culbuté, que l'univers greenien. On dirait qu'il est constamment travaillé par un besoin de confrontations continuelles qui ne laisse à celui qui les subit aucun repos, comme si une inquiétude le poussait sans cesse à renouveler de fond en comble l'assemblage singulier de tendances contraires cherchant en chaque instant à faire bifurquer ou dérailler l'élan double qui le jette tantôt dans une direction ou tantôt dans la direction contraire. Evanouissement de l'actuel, confusion de la vie et de la mort, de tel âge et de tel autre, engloutissement soudain du présent par le passé ou par l'irruption d'un futur imprévisible, comment faire pour ne pas se sentir débordé, transplanté, projeté d'un monde ou d'un temps dans un autre, sans qu'il fût possible de percevoir, en soi ou autour de soi, autre chose que ce que Green appelle lui-même « des différences qualitatives » ?

Devenu ainsi un être constamment projeté hors des temps ou des lieux où il se trouvait, dans d'autres temps et lieux, avec les premiers, inconfondables, Julien Green, ou son personnage, se découvre à chaque instant au seuil d'un instant différent. Qu'est-ce, en effet que le seuil dans la perspective qu'il nous offre, sinon une sorte de temps ou de lieu dédoublé qui est pur passage magique d'un temps ou d'un lieu soudain abandonné à un temps ou à un lieu autre qui surgit inopinément au jour ? Parlant au nom d'un de ses personnages, mais lui attribuant manifestement les sentiments qui sont les siens, Green décrit de la façon suivante ce qu'il éprouve : « C'était une vie intercalée dans sa vraie vie, ne ressemblant pas plus à la vie ordinaire que les visions de la nuit ne ressemblent aux gestes que nous accomplissons en plein jour. »



Si nous sommes plus particulièrement frappé par cette réflexion du poète que par beaucoup d'autres, c'est qu'elle met en relief la singulière contradiction inhérente au phénomène que nous nous efforçons de décrire. Car ce qui s'y trouve, à juste titre d'ailleurs, présenté comme une opposition et une dissemblance, c'est, si l'on peut dire, une sorte de ressemblance ou d'identité brusquement retournée. Tout s'y passe comme si, dans le moment dont il s'agit, nommément le moment du seuil, deux positions perçues comme radicalement contraires l'une à l'autre, renversaient leurs rapports tout en maintenant entre elles des relations équivalentes. Dès le moment où nous prenons conscience de cette bi-polarité singulière, nous pouvons mieux comprendre un phénomène relativement rare dans la vie ordinaire, mais extrêmement fréquent dans les perspectives curieusement élargies de la pensée de Green luimême, c'est-à-dire le renversement d'une situation déterminée.

La pensée de Green, comme celle de certains géographes ou cosmonautes, procède par retournement de ce qui était présenté initialement comme donné une fois pour toutes. C'est ainsi que se manifeste chez lui, comme chez un petit nombre d'autres auteurs, Victor Hugo, par exemple, le caractère étrangement libératoire que cherche à prendre toute pensée désirant violemment se soustraire par le moyen le plus direct à la fixation du réel dans des limites intangibles. Au fond, toute littérature a un certain penchant pour la prestidigitation. Elle nous montre par quel prodige les apparences pivotent. Au fond, tout se passe, dans l'univers de Green, comme s'il fonctionnait par pulsions successives, aboutissant chaque fois à un retournement de situation cosmique, c'est-à-dire à un hiatus ou changement instantané, suspendant d'un seul coup l'ordre des choses ou l'équilibre instable de la personne.

Ces solutions de continuité se définissent toutes à peu près de la même façon, si nous pouvons parler ici de définition, alors qu'il s'agirait peut-être justement de l'inverse, c'est-à-dire de l'opération par laquelle, impré-visiblement, soit au niveau de la pensée humaine, soit à celui du cours des astres, une image bascule et devient son contraire. En faisant du seuil le siège d'un effet magique faisant basculer le monde ou la pensée humaine, Julien Green ne se sert-il pas d'un procédé très ancien, et, dans son fond, très efficace, celui par lequel, sous l'action des dieux ou des poètes, l'ordre des choses se trouve soudain magiquement renversé ?



JULIEN GREEN : TEXTES ET COMMENTAIRES



Deux textes essentiels :

L'un dans Le Visionnaire : ... A la limite de deux mondes... Je vivais une autre vie que la mienne...

L'autre dans Uviathan : « ... impression étrange d'une vie au milieu de sa vie... impossible à mesurer selon nos conventions humaines, mais complète en elle-même, intercalée daïis sa vraie vie... ne ressemblant pas plus à cette vie que les visions de la nuit ne ressemblent aux gestes que nous accomplissons en plein jour. »

Le second texte, plus explicite que le premier. Il en résulte que l'incomparabilitê du temps de la vie seconde avec celui de la vie première ne tient pas seulement à une différence quantitative, mais encore à une différence qualitadve, peut-être absolue. C'est pourquoi il ne se fond ou confond pas avec le premier texte. L'être qui se trouve ainsi affecté passe d'une vie à une autre, sans continuité.



A rapprocher de certains autres textes.

Pat exemple dans Mille chemins ouverts : « Un certain endroit (...) il me sembla que toute la tristesse du monde s'y rassemblait (...) simplement il n'y avait plus de bonheur possible (...) j'eus l'impression que je venais d'être séparé de moi-même, de toute confiance en l'avenir, de toute joie (...) D'où me venait cette tristesse ?... Elle me rejeta en moi-même comme dans le seul lieu où je serais à l'abri d'une prodigieuse menace... »






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