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Essais littéraire

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JULES MICHELET (1798-1874)






Michelet est né dans une famille modeste. Son père est imprimeur, mais les difficultés du temps le ruinent et son fils saura se souvenir de ces années difficiles. Il poursuit de brillantes études, passe une licence, une thèse et l'agrégation. Bientôt marié, il peut alors enseigner tout en continuant à lire et à se cultiver. Il va d'ailleurs obtenir la chaire de philosophie et d'histoire à l'École normale supérieure, l'histoire qu'il enseigne aussi à la duchesse de Berry. En 1830 enfin, il est nommé chef de section aux Archives royales dont il tirera les matériaux de ses livres. Il a déjà publié différents tableaux et précis, une traduction de Vico (1827), une Introduction à l'histoire universelle (1831) qui en est un peu l'écho, ainsi qu'une Histoire romaine (1831). Mais c'est évidemment l'Histoire de France (six volumes de 1833 à 1844, puis onze autres de 1855 à 1867, suivis de l'Histoire du x/X'siècle, 1872-1875) qui assure sa place non seulement d'historien mais d'écrivain et presque de poète, pourrait-on dire. Deux autres ouvrages de cette époque : les Mémoires de Luther (1835) et les Origines du droit français (1837).



Tous ces volumes ont lancé Michelet dans les milieux intellectuels et politiques et, au-delà de ses cours, désormais au. Collège de France (1838), il s'engage : un texte virulent sur les Jésuites (avec Quinet, 1843) précède Du prêtre, de la femme, de la famille (1845) et surtout le Peuple (1846) ; plus tard, on aura dans la même veine la Légende d'or de la démocratie (1851 et 1854). Cette liaison de l'histoire vécue avec l'histoire écrite apparaît bien dans l'Histoire de la Révolution française (de 1847 à 1853) qui commence à paraître un an avant 1848. C'est aussi l'époque où Michelet voit sa vie changer : à la fois par la politique (deux suspensions par deux pouvoirs différents en 1848 et 1851), mais aussi par la rencontre de celle qui sera sa seconde femme et avec laquelle il vivra un amour exceptionnel. Avec elle, il entreprend une autre vie tout en achevant les grands monuments commencés. Au-delà même de l'histoire proprement dite, son itinéraire personnel le mène à des recherches aux marges de la spiritualité et de la philosophie : la Sorcière (1862), par exemple, ou la Bible de l'humanité (1864) sortie des cours du Collège de France. Michelet s'aventure même dans la spéculation naturaliste et poétique avec l'Oiseau (1856), l'Insecte (1857), l'Amour (1858), ta Femme (1859), la Mer (1861) et la Montagne (1868). Nos fils (1869) réfléchit sur la pédagogie, tandis que la France devant l'Europe (1870) retourne aux enjeux politiques du temps. D'autres ouvres paraîtront encore après la mort de Michelet, notamment un Journal publié récemment (1959-1976), très audacieux, parfois névrotique et toujours fascinant.



Le grand roman de l'histoire



L'histoire de Michelet, qui se veut explicitement « résurrection » du passé, s'appuie pour cela sur des effets très littéraires, sur un vrai et passionné travail d'écrivain que la critique reconnaît aujourd'hui. Il suffit pour s'en convaincre de lire la Préface à la réimpression (1869) de son Histoire de France : pour redonner de la vie et de la présence aux événements d'autrefois, il faut y mettre soi-même sa flamme, s'impliquer dans son récit au point d'en être changé dans sa propre personnalité. Pour l'historien, ajoute-t-il, « quel engin, quel moyen ? La personnalité moderne, si puissante et tant agrandie ». On comprend dès lors que le récit de Michelet soit souvent si proche du roman.

Avec d'abord ce grand personnage, aux aventures infinies, qu'est la France : si « l'Angleterre est un empire, l'Allemagne un pays, une race, la France est une personne » à laquelle Michelet adresse la parole : « Pousse donc, ma belle et forte France, pousse les longs flots de ton onduleux territoire au Rhin, à la Méditerranée, à l'Océan ». Au-delà de l'effet rhétorique, il y a là un élément d'analyse qui permet d'expliquer la séduction de cette reconstitution, imaginative et intuitive, parfois gratuite, mais bien souvent géniale ! Les grands hommes, ainsi, ne sont pas des abstractions, mais des êtres de chair et de sang, ou plutôt encore des personnages de roman, caractérisés dans leurs défauts et leurs qualités, leur histoire personnelle, les anecdotes qui leur sont attachées : on les rencontre, on leur parle, de même qu'on assiste aux batailles, aux émeutes, aux grands concours de foules. Un passage de l'Histoire romaine est si intense, si dramatique et si pittoresque qu'il fait penser à Salammbô de Flaubert, tandis que tel portrait de Mirabeau ou de Danton, telle séance de club, nous seront proposés comme par un témoin visuel avec lequel nous irions aux Cordeliers : « Quelle foule ! pourrons-nous entrer ? Citoyens, un peu de place ; camarades, vous voyez bien que j'amène un étranger... Le bruit est à rendre sourd ; en revanche on n'y voit guère ; ces fumeuses petites lumières semblent là pour faire voir la nuit. Quel brouillard sur cette foule ! l'air est dense de voix et de cris... ». Cinématographique avant la lettre, cette écriture s'attache donc à faire sentir le mouvement, la lumière, nous propose un tableau animé et d'autant plus vivant que le « narrateur » interpelle le lecteur avec passion : loin de l'impartialité historique, il juge, attaque Alexandre et défend Richelieu, en tentant de nous faire partager ses opinions, parfois ses partis pris.



Le mouvement de la vie



Cette histoire est donc un grand roman et le succès de Michelet vient justement des couleurs vivantes qu'il sait donner aux archives et aux souvenirs du passé, un peu dans la lignée, et sans que cela soit une critique, de Walter Scott ou d'Alexandre Dumas. L'anecdote est là, le dialogue aussi, et ils s'intègrent au vaste mouvement d'un livre qui lui-même ressuscite le mouvement d'un siècle ou de l'histoire humaine en général. Une grande force, semble-t-il, la dirige et Michelet la comprend d'autant mieux qu'il en vient lui-même : c'est le peuple. Il est parfois furieux et incompréhensible, mais certaines occasions révèlent sa force (les guerres, les révolutions, les crises qui accouchent de l'histoirE), certains êtres (Jeanne d'ArC), certaines villes, certains monuments expriment son génie.

Michelet est donc bien un homme de progrès qui cherche justement à discerner dans l'histoire ces forces dynamiques par lesquelles se réalise l'idée d'une nation, ou des valeurs, comme la science et la liberté. On le voit ainsi s'opposer souvent aux forces du passé, à l'oppression politique et intellectuelle : il en a particulièrement contre les obscuran-tismes religieux de tous ordres, depuis l'Antiquité jusqu'à la scolastique médiévale. En face, l'historien met les aspirations nobles de la pensée, les foyers de lumière : des civilisations comme l'Inde, la Perse et surtout la Grèce (cf. la Bible de l'humanité), ou encore des époques... À la Renaissance, des esprits neufs ont voulu faire ou refaire le monde : Brunelleschi, grâce à ses calculs, achève la cathédrale de Florence, et Luther, sans le vouloir, sert l'esprit nouveau. Comment ? En demandant au fidèle de lire la Bible, d'apprendre simplement à lire pour éclairer sa foi. Plus près de nous, le Grand Siècle n'en est pas un pour Michelet puisque tout y étouffait dans la mélancolie : on lui préférera donc le XVIIIe siècle où « le libre esprit monte, allume le fanal immortel qui nous guide encore ». On voit bien ici à quel point cette histoire est une histoire philosophique : Michelet voit partout le développement d'un esprit qui a pu passer par la religion, mais plus encore par la science et l'action libre. Ainsi, « la France a fait la France », « elle est fille de sa liberté », de même que l'homme est son propre Prométhée, de même que l'historien s'écrit en écrivant l'histoire...

Dérivant du goût de Michelet pour la science et en même temps de son imagination romantique, on peut comprendre désormais ces ouvrages apparemment étranges de la fin de sa vie : l'Oiseau, l'Insecte, la Mer, la Montagne. En fait, il ne saurait y avoir de cloison étanche entre l'histoire des sociétés, l'histoire naturelle et la philosophie, ou même la poésie. Ce qui a pu sembler un vagabondage intellectuel est une autre célébration du monde, empreinte souvent de cette religiosité diffuse que l'on trouve dans l'évocation des grands moments de l'histoire : dans la multiple splendeur d'un insecte ou d'une méduse, dans le corps d'une femme, c'est encore la vie qu'on retrouve, à la fois matérielle et idéale, mystérieuse et fascinante, objet d'amour et de science si tant est que ces deux mots ne soient pas synonymes.






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