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Honoré de BALZAC - UNE BONNE AFFAIRE






Considéré comme l'un des plus grands romanciers du monde, Balzac a laissé derrière lui une ouvre extraordinaire, fruit d'un labeur et d'une documentation non moins extraordinaires. Les idées suivantes, appartenant à Emile Folinais, concordent parfaitement avec l'analyse de son roman «Eugénie Grandet». Voilà pourquoi nous les citerons dans le cadre de ce chapitre pour une meilleure compréhension de la psychologie de ses personnages.

«Pour ceux qui n'ont jamais rien eu qui leur soit propre, ceux qui ont toujours vécu sous dépendance, la possession d'une maison, d'une terre, d'un atelier, c'est la voie vers l'indépendance et la sécurité. C'est la possibilité de devenir pleinement responsable de soi-même et des siens. C'est l'équilibre et l'épanouissement.



Mais il arrive que, par une étrange inversion, l'homme finisse par être lui-même comme possédé par ce qu'il possède. La rage d'acquérir, d'arrondir ses terres, d'accroître ses . de conserver l'acquis, devient si impérieusement exigeante que rien d'autre n'importe plus. Amours, amitiés, chaleur humaine, promesses, rien ne tient devant le dessèchement de l'âme.

Au surplus, dans ce monde tel qu'il est fait, la possession des biens, la richesse, l'opulence, c'est aussi le prestige, l'autorité, la puissance, c'est la volonté de dominer et bientôt de contraindre. On ne peut à ce point s'estimer soi-même sans mésestimer un peu les autres, et de très haut, considérer la des humbles, des , de tous ceux qui n'ont rien à espérer dans te bas monde.

Pour les , il est loin .»

Emile FOLINAIS



HONORE DE BALZAC



Né à Tours en 1799, dans la famille d'un administrateur de la ville, établi avec toute sa famille à Paris dès l'âge de quinze ans, Balzac devient d'abord clerc de notaire, puis d'avoué. H fait parallèlement des études de droit. Il commence par écrire, en collaboration et sous divers pseudonymes, des romans d'aventures. Après des tentatives malheureuses dans le domaine de l'édition et de l'imprimerie, de la fabrication de caractères, qui se terminent par un désastre financier et des dettes (100 000 mille francs selon divers auteurS), il revient à la littérature: le «Dernier Chouan» (1829, première édition des ChouanS), la «Physiologie du mariage» (1830), la «Peau de chagrin» (1831), ont du succès. Désormais, sa vie est consacrée à un énorme travail, véritable travail de forçat, d'où sortent près de cent ouvrages: la quasi-totalité forme un ensemble qu'il a appelé, en 1841, la Comédie Humaine (dont certains personnages réapparaissent dans des dizaines de romanS) et qu'il a découpé en Scènes de la vie privée («Gobseck»), de province («Eugénie Grandet», «le Lys dans la vallée», «Illusions perdues»), parisienne («le Père Goriot». «César Birotteau», «Splendeurs et misères des courtisanes», «la Cousine Bette», «le Cousin Pons»), politique («Un épisode sous la Terreur»), militaire («les Chouans»), de. rçmpaçne («le Médecin de campagne»). Etudes philosophiques («Louis Lambert», «Séraphita»), et analytiques («Petites misères de la vie conjugale»). Il a également écrit les «Contes drolatiques», une abondante correspondance («Lettres à l'Étrangère», adressée à la comtesse polonaise Hanska, qu'il épousa en 1850, peu de mois avant de mouriR) et quelques pièces de théâtre («Vautrin», «là Marâtre»).

Maître du roman dit réaliste, doué d'une imagination et d'un sens de l'observation vraiment étonnants, visionnaire puissant et passionné («J'ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur; il m'avait toujours semblé que son principal mérite était d'être visionnaire, et visionnaire passionné.» - Baudelaire, L'Art romantiquE), il a peint dans son ouvre la passion, l'énergie, la prise du pouvoir (par le monde de l'argent, notammenT), bref la .société française tout entière, pendant la première moitié du XLX-c siècle. Réaliste et visionnaire, en même temps Cuvier et Dante, il n'a pas donné de la vie un calque, mais une transposition. Plus de 2 000 personnages forment une société hantée (obsédéE) par le pouvoir de l'argent, livrée à des passions dévorantes et que décrivent ses 90 romans achevés. 137 romans devaient composer cette fresque. Le temps manqua à l'auteur pour l'achever. «Quand je n'écris pas mes manuscrits, je pense à mes plans et quand je ne pense pas à mes plans, j'ai des épreuves à corriger. Voici ma vie.» À travers le fourmillement de la vie, le mouvement d'un style poétique, au-delà des investigations physiologiques et philosophiques, LA COMÉDIE HUMAINE compose une admirable épopée de l'énergie. «J'aurai porté une société entière dans ma tête. » Telle était l'ambition de Balzac, tel se présente au lecteur l'immense édifice de LA COMÉDIE HUMAINE, c'est-à-dire un monument représentatif de toute une époque, celle de Balzac lui-même.



Principales ouvres de Balzac



ROMANS: La Comédie humaine:

Scènes de la vie privée: Le Colonel Chabert (1832); Le Père Goriot (1835).

Scènes de la vie de province: Eugénie Grandet (1833); Le Lys dans la vallée (1835).

Scènes de la vie parisienne: César Birotteau (1837); Splendeurs et misères des courtisanes (1838-1847); La Cousine Bette (1846); Le Cousin Pons (1847).

Scènes de la vie politique: Une ténébreuse affaire (1841).

Scènes de la vie militaire: Les Chouans (1829).

Scènes de la vie de campagne: Les paysans (1845); Le curé de village (1844).

Etudes philosophiques: La Peau de Chagrin (1831); La recherche de l'absolu (1834); Louis Lambert (1832); Séraphita (1835).



UNE BONNE AFFAIRE



Texte



Madame Grandet est morte. Son long martyre a pris fin. Sa fille Eugénie en éprouve une profonde douleur. Mais le père Grandet, lui, vit dans une terrible angoisse. Le notaire Cruchot lui avait fait remarquer qu'Eugénie hériterait la part de sa mère, c'est-à-dire la moitié des biens de la famille. Pour Grandet, qui n'avait jamais songé à une telle éventualité, c'est la peur panique: l'idée de devoir partager, de vendre ses biens, de payer des droits à autrui, même à sa fdle, lui est absolument intolérable. Il est capable de recourir à tous les subterfuges (inimaginables pour extorquer à sa propre fille la part d'héritage maternel qui lui revient de droit.

Le lendemain de cette mort, Eugénie trouva de nouveaux motifs de s'attacher à cette maison où elle était née, où elle avait tant souffert , où sa mère venait de mourir. Elle ne pouvait contempler la croisée et la chaise à patins dans la salle sans verser des pleurs. Elle crut avoir méconnu l'âme de son vieux père en se voyant l'objet de ses soins les plus tendres: il venait lui donner le bras pour descendre au déjeuner; il la regardait d'un oeil presque bon pendant des heures entières; enfin il la couvait comme si elle eût été d'or. Le vieux tonnelier se ressemblait si

22 peu à lui-même, il tremblait tellement devant sa fille, que Nanon et les Cruchotins" , témoins de sa faiblesse, l'attribuèrent à son grand âge, et craignirent ainsi quelque affaiblissement dans ses facultés; mais le jour où la famille prit le deuil, après le dîner auquel fut convié maître Cruchot, qui seul connaissait le secret de son client, la conduite du bonhomme s'expliqua.

- Ma chère enfant, dit-il à Eugénie lorsque la table fut ôtéc et les portes soigneusement closes, te voilà héritière de ta mère, et nous avons de petites affaires à régler entre nous deux. Pas vrai, Cruchot?

-Oui.

- Est-il donc si nécessaire de s'en occuper aujourd'hui, mon père?

- Oui, oui, fifille. Je ne pourrais pas durer dans l'incertitude où je suis. Je ne crois pas que tu veuilles me faire de la peine.

- Oh! mon père.

- Hé! bien, il faut arranger tout ça ce soir.

- Que voulez-vous donc que je fasse?

- Mais, fifille, ça ne me regarde pas. Dites-lui donc, Cruchot.

- Mademoiselle, monsieur votre père ne voudrait ni partager, ni vendre ses biens, ni payer des droits énormes pour l'argent comptant qu'il peut posséder. Donc, pour cela, il faudrait se dispenser de faire l'inventaire de toute la fortune qui aujourd'hui se trouve indivise entre vous et monsieur votre père...

- Cruchot, êtes-vous bien sûr de cela, pour en parler ainsi devant un enfant?

- Laissez-moi dire, Grandet.

- Oui, oui, mon ami. Ni vous ni ma fille ne voulez me dépouiller. N'est-ce pas, fifille?

- Mais, monsieur Cruchot, que faut-il que je fasse? demanda Eugénie impatientée.

- Eh! bien, dit le notaire, il faudrait signer cet acte par lequel vous renonceriez à la succession de madame votre mère, et laisseriez à votre père l'usufruit de tous les biens indivis entre vous, et dont il vous assure la nue propriété ...

- Je ne comprends rien à tout ce que vous me dites, répondit Eugénie, donnez-moi l'acte, et montrez-moi la place où je dois signer.

Le père Grandet regardait alternativement l'acte et sa fille, sa fille et l'acte, en éprouvant de si violentes émotions qu'il s'essuya quelques gouttes de sueur venues sur son front.

- Fifille, dit-il, au lieu de signer cet acte qui coûtera gros à faire enregistrer, si tu voulais renoncer purement et simplement à la succession de ta pauvre mère défunte, et t'en rapporter à moi pour l'avenir, j'aimerais mieux ça. Je te ferais alors tous les mois une bonne grosse rente de cent francs. Vois, tu pourrais payer autant de messes que tu voudrais à ceux pour lesquels tu en fais lire... Hein! cent francs par mois, en livres?

- Je ferai tout ce qu'il vous plaira, mon père.

- Mademoiselle, dit le notaire, il est de mon devoir de vous faire observer que vous vous dépouillez...

- Eh! mon Dieu, dit-elle, qu'est-ce que cela me fait?

- Tais-toi, Cruchot. C'est dit, c'est dit, s'écria Grandet en prenant la main de sa fille et y frappant avec la sienne . Eugénie, tu ne te dédiras point, tu es une honnête fille, hein?

-Oh! mon père?...

Il l'embrassa avec effusion, la serra dans ses bras à l'étouffer.

- Va, mon enfant, tu donnes la vie à ton père; mais tu lui rends ce qu'il t'a donné: nous sommes quittes. Voilà comment doivent se faire les affaires. La vie est une affaire. Je te bénis! Tu es une vertueuse fille, qui aime bien son papa. Fais ce que tu voudras maintenant. À demain donc, Cruchot. dit-il en regardant le notaire épouvanté. Vous verrez à bien préparer l'acte de renonciation au greffe du tribunal.

Le lendemain, vers midi, fut signée la déclaration par laquelle Eugénie accomplissait elle-même» sa spoliation . Cependant, malgré sa parole, à la fin de la première année, le vieux tonnelier n'avait pas encore donné un sou des cent francs par mois si solennellement promis à sa fille. Aussi, quand Eugénie lui en parla plaisamment, ne put-il s'empêcher de rougir; il monta vivement à son cabinet, revint, et lui présenta environ le tiers des bijoux qu'il avit pris à son neveu.

- Tiens, petite, dit-il d'un accent plein d'ironie, veux-tu ça pour tes douze cents francs?

- Ô mon père! vrai, me les donnez-vous?

- Je t'en rendrai autant l'année prochaine, dit-il en les lui jetant dans son tablier. Ainsi en peu de temps tu auras toutes ses breloques, ajouta-t-il en se frottant les mains, heureux de pouvoir spéculer sur le sentiment de sa fille.

Eugénie Grandet, 1833





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