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Hermann Broch






Résumant en une phrase le mouvement vers la profondeur qui constitue chez Hermann Broch la première et dernière étape de toute pensée humaine s'acheminant dès le début vers son terme, Maurice Blanchot écrit ceci :



« Il n'y aura de communication véritable ni de chant, si le chant ne peut pas descendre de toute forme vers l'informe et vers cette profondeur où parle la voix extérieure à tout langage. C'est donc cette descente vers l'indéterminé que le poète mourant cherche à accomplir par sa mort. »



N'est-il pas surprenant, en effet, de voir par une descente vers l'indéterminé et vers la mort, s'entreprendre et se réaliser comme une sorte d'ouvrage initial, mais se prolongeant jusqu'au terme même de la vie, la grande ouvre du romancier allemand, La mort de Virgile ? L'affabulation qu'on y trouve nous y présente, dès les premières pages et jusqu'aux dernières, un itinéraire ininterrompu se poursuivant par une série d'expériences de plus en plus funèbres, pour aboutir finalement au terme visé depuis le début.



La mort dont il s'agit ici est donc la mort de Virgile lui-même, que celui-ci contemple anticipativement, dès le moment le plus favorable, celui où, ayant quitté l'une après l'autre toutes ses attaches terrestres, ayant renoncé à toutes les formes proprement déterminées que sa pensée précédemment avait eu pour règle de prendre, le poète en arrive à une région dernière de l'existence, région sans forme aucune, vidée de tout contexte, où l'être sur le point de mourir atteint avec sérénité le fond de toute vie spirituelle.

C'est donc non pas per des décisions, par des résolutions fermes et positives que l'action funèbre ici commence. C'est, au contraire, par un état d'âme entièrement négatif. Au moment de mourir, ce qu'entrevoit le héros virgilien dans la profondeur qui se découvre à lui est une perspective à la fois initiale et finale. S'enfoncer dans le miroir que lui découvre la nuit ne consiste pas exclusivement dans un mouvement de l'être vers sa propre fin, et ne lui montre pas exclusivement la route vers le terme dernier. Elle le mène aussi vers son origine. Mourir et naître constituent le même acte, ou plutôt le même dépouillement de sa vie s'accomplissant dans une seule solennelle détente. Comme dans le roman parallèle de Thomas Mann, où l'on voit le poète allemand se laisser lentement glisser vers la source de son être, nous assistons ici à une graduelle privation de soi qui n'a d'autre terme qu'un simple retour du mourant à ses origines. Retour qui n'a donc rien de dramatique, mais qui paraît semblable, au contraire, à une sorte d'unification finale de celui qu'il avait été et qu'il est proche de n'être plus, avec celui qu'il avait été dans le début de son existence. C'est comme si la nuit où entrait maintenant le mourant se découvrait semblable à une nouvelle aurore vers laquelle il se sentait monter : « La nuit remonte à la surface », écrit Hermann Broch, parlant à la fois de son héros et de lui-même : « Elle est transmuée sans cesse en éveil et en conscience, à la fois extérieure et intérieure, modelant l'informe. » - Et sans qu'il y ait là la moindre contradiction, il décrit cette montée, qui est aussi une descente, dans un double mouvement qui est à la fois le geste de l'être mourant et de l'être naissant à la vie, comme une plongée unique dans ce qui est à la fois source de vie et source de mort.



Par un renversement de grande ampleur accompli par la pensée, la rêverie du poète mourant se retransfère donc dans ses origines : « La nuit remonte à la surface », écrit-il, ce qui signifie que la forme nouvelle se révèle n'être rien d'autre que celle qui déjà précédait toute forme : « Absence et présence se rejoignent. La mort et la vie ne sont qu'une même chose. »



HERMANN BROCH : TEXTES TIRÉS DE « LA MORT DE VIRGILE »



... dans toutes les artères de la vie terrestre, dans tout ce qui est sorti de la terre, la nuit remonte à la surface, transmuée sans cesse en éveil et en conscience, à la fois intérieure et extérieure, modelant l'informe pour en faire un organisme porteur d'obscurité, et le monde, entre le néant et l'être, flottant dans ce flottement, devient obscurité et lumière, devient reconnaissable dans sa structure d'ombre et de lumière.



L'amour est déjà une plongée dans le miroir de la nuit, c'est une plongée vers la source originelle nocturne où le rêve, ayant franchi son propre seuil, se transforme en intemporel et plonge vers la source originelle des forces gigantesques sans forme, inaccessibles à la vision, perpétuellement aux aguets et prêtes à un éclat destructeur, comme l'orage...



L'intemporel appartient à la nuit, devient terrestre, et se renouvelle dans la nuit, recevant d'elle cette force parce que l'oil de la nuit, agrandi par son immobilité, grand par son regard qui est aussi ardent, aussi vide, aussi figé que celui des astres, aussi irrévocable et incessant que leur lueur, embrasse comme eux le parcours de tous les temps et, nuit après nuit, recréant et réengloutissant les mondes, repose sans trêve en soi-même...



... repose au plus profond de nous-mêmes, dans notre cour, et plus profondément que notre cour, dans notre âme, et plus profondément que notre âme, dans notre Moi le plus profond, qui, à la fin, n'est plus que nuit lui-même...



... c'est une âme infiniment étendue, enclose sans fin par le cercle des temps, dans un repos infini et ainsi affranchie de toute croissance; sans croissance, tout comme le paysage qu'elle est elle-même, elle passe comme celui»ci par tous les âges...



... c'était la multiplicité de la création dans une inconcevable nudité, dépouillée de son contenu, mais au grand complet... tous les événements et toutes les possibilités d'événements dans leur totalité, individualisés des myriades de fois, tout en étant indiscernables, c'était l'absence de contenu, significative, transmuée en forme pure, en nudité formelle.



... appelant l'indifférencié à recevoir un nom, l'informe à recevoir une forme

... un courant étant déterminé par l'autre.

Abîme de la forme... forme pure.

Forme... forme première.

... pure forme, privée de nom, hors d'atteinte.

Quand, oh ! quand existait la création libérée de forme ?

... attente pure... attente sans direction, ultime effort pour sortir du rêve, sortir du destin, sortir du hasard, sortir de la forme, sortir de lui-même... Sa pensée devint plus grande que toute forme de pensée...

... retour constant du rêve à sa propre naissance

... comme une forme ultime du destin à l'intérieur de la diversité inéluctable des formes, pour ainsi dire la forme de toutes les formes...

La noirceur la plus vide, la nuit vide, sans forme, sans contenu, vide et noire devint l'attente... Dans un vide et une privation de substance aussi parfaits, il savait que la frontière allait s'ouvrir, privation d'essence... incluant (pourtanT) les formes de toute essence.






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