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Essais littéraire

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Henri Michaux






La seule pensée véritablement indéterminée, la seule qui, sans conteste, mérite ce nom, c'est la pensée divine. Etant tout, embrassant tout, comprenant tout, elle n'a nul besoin d'être rien en particulier. Si on prend au contraire les pensées des hommes, on doit reconnaître que, la plupart du temps, elles se laissent entièrement absorber par des objets exclusivement déterminés, qui en raison de leur nombre, de leur variété et du désordre infini qui en résulte, ne peuvent jamais se trouver à l'aise et s'harmoniser. Prenons, à ce propos, le cas d'Henri Michaux, cas d'ailleurs assez spécial.





Contenues mais se trouvant fort à l'aise dans l'infinité de la pensée divine, on peut supposer l'existence ou l'équivalent d'une quantité infinie de pensées particulières qui s'y meuvent, s'y harmonisent et s'y fondent sans difficulté. Chacune tiendrait ainsi son rôle sans gêner l'ensemble des pensées infiniment multiples qui l'entourent et sans troubler leur variété comme leur unité. Par contre, dans les pensées humaines éparpillées sur cette terre ou ailleurs, tout tend, dès l'abord, à être isolé, incomplet, fragmentaire, particulier, et à disparaître enfin, englouti dans un désordre mental pire que tout le reste. C'est, semble-t-il, l'histoire d'à peu près toutes les pensées humaines, mais plus particulièrement celles d'Henri Michaux de qui nous allons parler maintenant.

L'histoire d'Henri Michaux n'a rien d'abord que d'ordinaire. Elle ressemble à celle de tout le monde, en ce sens qu'à la différence de la pensée divine elle apparaît aussitôt troublée par une quantité extraordinaire de petites déterminations particulières qui s'emparent de lui à tour de rôle, ou, de préférence, simultanément, de sorte qu'elles s'agitent, se heurtent, s'entassent, s'emmêlent, se contredisent, s'entrechoquent et se remplacent, sans qu'on puisse établir dans leurs comportements une cohérence quelconque, ni qu'elles aient à aucun moment le pouvoir de se calmer ou de s'harmoniser entre elles.

Ne pouvant les concilier, Henri Michaux, hésitant, ne sait comment se tirer d'affaire. Il se trouve renvoyé d'une pensée à une autre, ou plutôt d'une passion à une autre passion, et cela par un mouvement de raquette violemment négatif, qui, les rejetant les unes après les autres, comme dépassées par celles qui leur succèdent, et forçant ainsi celui qui leur était soumis à sous-estimer passionnément tout ce qui commençait d'abord par lui être le plus cher, le rend chaque fois coupable d'avoir manqué à sa mission et obligé de reprendre de plus belle ses agitations toutes plus déficientes les unes que les autres.



A ce premier pas sur l'échelle descendante s'en ajoute donc une infinité d'autres ; et en premier lieu, la conscience de plus en plus vive de ce qu'il appelle ses défauts, ou de ce qu'on pourrait désigner sous le nom de ses manques ou de ses privations d'être. Mieux, se contraignant à rejeter chaque fois par un mouvement de plus en plus négatif, tout ce qui se présentait d'abord à lui comme un capital de vie, il se découvre au moment où il s'engage sur la voie descendante, acculé à'ne plus percevoir, point par point et degré par degré, que la descente même, ou plutôt la chute, qu'il est en train d'accomplir. Presque méticuleu-sement, mais en même temps, avec une persévérance incomparable, il se met à mesurer sa faiblesse, faiblesse vitale, diminution graduelle de son être moral, rapprochement progressif de l'état zéro qui, dans sa pensée, devient peu à peu le seul état calculable, le seul qui mène aux portes du Rien. Ainsi le mouvement de la pensée chez Michaux se trouve en quelque sorte inversé et se présente maintenant sous la forme d'une carence de plus en plus précipitée, le faisant passer de la positivité à la négativité, les termes dont il se sert pour décrire ce trajet sont tous négatifs. Ce sont d'abord ceux d'insuffisance, de manque de force, de manque de vie. Mais ils sont encore trop mesurés pour exprimer le pessimisme grandissant de Michaux. Il faut que les termes qu'il emploie expriment ce tragique retournement de la pensée par lequel le haut et le bas échangent en lui leurs caractéristiques essentielles. Le glissement vers le bas, l'affaissement lucide de l'être, deviennent des buts désirables, des progrès désespérément recherchés. Une sorte de fièvre pousse l'esprit vers le fond convoité. Saisi de vertige, il se hâte, il précipite, tant qu'il peut, sa chute. Il voit avec une sorte d'ardente convoitise le lieu extrême se rapprocher de lui : « Je reviens à zéro, note-t-il avec une étrange exaltation, je plonge, je suis de moins en moins, je suis expulsé de l'existence, je culbute, je dégringole »; et pour déterminer plus précisément ce point final de l'être, il trouve encore ce mot extrême : « Je perds mon Je. » Tout cela lui inspire une horrible joie, mais aussi de la peur et de la honte. Il sait ce qui est au bout, prêt à l'accueillir. C'est négation de son moi pure et simple, ou plutôt le nivellement terminal de celui qui est réduit au plus strict anonymat.



Voilà qui devrait le conduire au plus grand désespoir possible. Et pourtant le désespoir lui-même a-t-il encore ici une place, car il faudrait, pour qu'il se manifestât, un moi qui l'éprouve, qui sache reconnaître en lui-même une personne déterminée, en train de reconnaître explicitement ce qu'elle endure ? Mais est-ce encore le cas ? Que reste-t-il de la personne lorsqu'elle ne s'authentifie plus en tant que personne, lorsqu'elle semble se confondre entièrement avec le gouffre du zéro ? Et pourtant, là, tout en bas, il y a encore quelqu'un qui est là. Là, sans doute, au-delà de toutes les déterminations particulières. Que dit-il ? Il dit littéralement : Je me hurle au secours. N'est-ce pas là le dernier acte personnel que puisse encore exprimer celui qui se découvre privé de tout le reste ?



MICHAUX : NOTES



La faiblesse.

L'insuffisance.

L'absence de protections.

La faiblesse des défenses.

La vulnérabilité.

Le danger d'être encerclé et envahi.

Le caractère inadéquat de l'être découvert et de ses défenses.

L'assaut par les forces ennemies.

L'envahissement.

Le sentiment d'être traqué, submergé, écrasé.

L'émiettement.

La dislocation.

Le remplacement de soi par un autre soi.

L'engloutissement.

La peur et l'appel au secours.

La contre-attaque.



La pétrification.

Le ramassment sur soi-même.

La perte finale «du je.

La dépossession de soi.

L'appel à l'aide.

La dé-détermination et la dé-possession de soi.

L'indétermination finale ? Quelle est-elle ?






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