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Fronde et littérature - LES FRONDES ET LEUR ÉCHEC






Avec la ruine des féodaux, le triomphe de l'absolutisme et des financiers, le conflit entre les pouvoirs et les consciences religieuses rigoristes, l'affirmation du public mondain, le milieu du XVII' siècle est un tournant de notre histoire. Les besoins de la guerre, dans une période de récession économique (41 millions de dépenses militaires en 1648, alors que le revenu net de l'État est de 20 millionS) maintiennent l'autoritarisme et la pression fiscale. Le peuple est accablé d'impôts ; Grands et Parlements veulent le retour aux formes ordinaires de gouvernement : par le roi et son conseil et non par le ministre et ses intendants, sans impôts extraordinaires, en rétablissant la prééminence de la justice sur la finance. Le gouvernement d'une Régente et d'un ministre étranger, souple, méprisé, paraît faible. Grands et parlementaires sont avides de pouvoir : ils se rebellent.





En janvier 1648, les bourgeois de Paris sont en révolte contre les taxations. Pour avoir de l'argent, le gouvernement décide de créer de nouvelles charges (ce qui les dévaluE) dans les cours souveraines - à l'exception des Parlements - et de réduire les gages (30 avril 1648). Le Parlement de Paris se déclare solidaire des autres cours. Elles exigent la suppression des intendants, l'approbation préalable de tout nouvel impôt et de toute création d'office par le Parlement*, la garantie des libertés individuelles (8 juilleT). Mazarin recule puis, à la nouvelle de la victoire de Condé à Lens, se croit assez fort pour arrêter trois leaders (26 aoûT). Les Parisiens répondent par des barricades. Le pouvoir capitule. Mais, le 5 janvier, la Régente et le jeune Louis XIV quittent la capitale qui est assiégée par l'armée royale et défendue par les nobles. Grands en tête, la milice bourgeoise et des bataillons populaires. Le Parlement déclare Mazarin « ennemi du Roi et de son Etat » et « enjoint à tous les sujets du Roi de lui courir sus » (8 janvieR). Mais les Frondeurs sont divisés. Le Parlement se méfie des Grands et craint l'agitation populaire. On se hâte de négocier. C'est la paix de Rueil (11 marS) et le retour du Roi (18 aoûT).

Mais à la fronde du Parlement succède celle des princes. Se considérant comme sauveur de la patrie puis de l'État, Condé méprise Mazarin et prétend le remplacer. C'est aussi l'ambition de l'intrigant coadjuteur de l'archevêque de Paris, futur cardinal de Retz. Le 18 janvier 1650, Condé est arrêté, ainsi que son frère Conti et le duc de Longueville. Leurs amis déclenchent la guerre civile. L'armée royale l'emporte, mais la victoire de Mazarin réveille l'hostilité du Parlement. C'est l'union des deux Frondes (décembre 1650-septembre 1651). Mazarin doit fuir Paris (6 février 1651) et libérer les princes. Sa tête est mise à prix. Mais les Frondeurs, trop intéressés pour s'entendre, se divisent et se trahissent. Battu par l'armée royale (2 juillet 1652), Condé s'enferme dans Paris où il se rend odieux. Le 13 octobre, il s'enfuit aux Pays-Bas espagnols. Le jeune Louis XIV (21 octobre 1652) puis Mazarin lui-même (3 février 1653) rentrent à Paris en vainqueurs. Retz est arrêté (19 décembre 1652), Condé ne pourra rentrer en France qu'en 1660.



CORNEILLE ET LA FRONDE



Le romanesque triomphe dans Andromède (1650),cette pièce à grand spectacle, la première de nos tragédies à machines, avec musique et chants, sur un sujet mythologique. Romanesque rose et galanterie encore dans Don Sanche (fin 1649). Cependant cette pièce dit aussi la solitude intime du héros, qui se développera de Nicomède à Suréna.



Nicomède marque le retour à la politique et à la vertu. Le conflit entre un pouvoir faible et un chef militaire prestigieux, étudié notamment par Machiavel (Discours sur Tite-Live, I, 22-31) que Corneille veut réfuter, est un sujet classique de dramaturgie héroïque, que l'on retrouvera dans Agésilas et Suréna. L'actualité vient de le poser. Condé, sauveur de la patrie à Rocroi et à Lens et qui vient de mater la première Fronde, est arrêté le 18 janvier 1650. Est-ce une victime ou un rebelle ?



Comme dans Rodogune, Théodore ou Hérac/ius, l'amour qui lie Nicomède et Laodice est le soutien de la vertu. Prusias rappelle Pto-lémée ou Valens ; Arsinoé, Cléopâtre et Marcelle. Mais Corneille ne se borne plus à dénoncer la veulerie d'un potentat oriental et les intrigues d'une marâtre. Son « principal but » (exameN) est de stigmatiser l'impérialisme de Rome, modèle de l'État, célébré par Horace et Cinna. Nicomède est le disciple du plus grand ennemi des Romains : Annibal. Cette pièce retrouve un peu l'idéalisme du Cid, d'Horace et de Polyeucte : d'où un protagoniste positif, une intrigue sobre et entraînante, un style nerveux et allègre. La vision critique ne paralyse pas la dramaturgie, comme elle le faisait depuis Pompée : elle est intégrée dans les affrontements entre les personnages, dans le cynisme d'Araspe et de Flaminius, l'ambiguïté d'Arsinoé, et surtout dans la fierté, volontiers paradeuse et dédaigneuse, du protagoniste, dans la hauteur de Laodice, dans leur intransigeance, dans leur constante ironie : tantôt enjouée, piquante, railleuse, tantôt mordante, sarcas-tique, outrageante. L'action est simple : le discours est roi et Nicomède s'y complaît un peu trop.



Après six ans de guerre civile, Charles l« d'Angleterre est décapité le 9 février 1649. L'usurpateur Cromwell est maître du royaume. Charles II reprend la lutte : battu, il se réfugie en France (septembre 1651) où tous ces événements ont un vif retentissement, puisque nous sommes aussi en guerre civile. Il est inconcevable que Condé usurpe le trône : sa gloire ne gagnerait-elle pas à rentrer dans le devoir ? Cette situation semble à l'origine de Pertharite (1651). Le duc Grimoald a détrôné Pertharite et courtise sa veuve Rodelinde, menaçant de mort son enfant si elle refuse. Elle relève le défi, le mettant en mesure de se montrer criminel (892-898). Et voici que Pertharite, que l'on croyait mort, réapparaît. Mais, contrairement à son modèle, le Grimoald de Corneille refuse le machiavélisme. Même Rodelinde (165-174 et 636-638) et Pertharite (III, 4, var.) chantent ses vertus ; H rend au roi légitime son trône et son épouse. Pertharite n'est pas seulement un hymne à la légitimité ; Corneille, chantre du devoir politique, commence à lui préférer le bonheur personnel : c'est la revanche de Curiace sur Horace : cf. 731-734, 1420-22, 1451-59, 1827-29.

On peut rapprocher cette pièce d'Andromaque : chantage de Grimoald sur le fils de Rodelinde, intrigues d'Edûige délaissée qui se promet à Garibalde s'il assassine l'ingrat Grimoald (391-398). Mais la ressemblance des situations permet de mesurer la différence des perspectives. A la réaction naturelle de la mère d'Astyanax s'oppose le défi extraordinaire de Rodelinde ; à la réaction spontanée d'Oreste, l'analyse critique de Garibalde : il sait d'avance qu'Edûige ne lui pardonnerait pas le meurtre de celui qu'elle ne hait que par un excès d'amour jaloux (399-412). Chez Corneille, la recherche d'effets extraordinaires et un excès d'analyse critique interdisent la spontanéité des personnages, l'élan de l'action, l'adhésion du spectateur. L'auteur du Cid, comme bientôt celui d'Andromaque, « exprimait les mouvements » des conduites humaines ; celui de Pertharite « nous en découvre les ressorts» (Saint-Evremond, 1675). D'où la médiocrité théâtrale, de Pompée à Pertharite, d'ceuvres paralysées par des analyses politiques et psychologiques en elles-mêmes du plus grand intérêt. Cet inconvénient va, dans Pertharite, jusqu'à une certaine incohérence de l'action et des personnages. D'où l'échec. Mais si Pertharite n'eut qu'une ou deux représentations, c'est qu'il y eut aussi une sorte d'interdiction, par les condéens ou le pouvoir : un usurpateur légitimiste ne pouvait, en 1651, plaire à personne. Corneille renonce au théâtre. Depuis quelques mois, il est, lui aussi, en quête du bonheur : une première partie de sa traduction de ['Imitation de Jésus-Christ est achevée d'imprimer le 15 novembre 1651.



LE ROMAN : DE L'AFFIRMATION HÉROÏQUE À LA SOUMISSION GALANTE



Le roman, épopée en prose, traverse une crise qui est celle de l'héroïsme. « Deux romans seulement en 1649, six en 1650 et 1651 et enfin - fait unique dans tout le siècle - aucun en 1652 et 1653 » (M. LeveR). C'est pourtant dans ces années que paraissent deux ouvres majeures : Cléopâtre de la Calprenède (1647-1658, 4153 pageS) et (1) Artamene ou le Grand Cyrus (janvier 1649-décembre 1653, 7481 pageS).

Après le succès de son Cassandre (1642-1645), La Calprenède prétend ressusciter le siècle d'Auguste, tout en resserrant l'action" en un seul lieu et une seule année, selon les règles de l'épopée. En fait, il projette dans le passé une image fadement idéalisée de l'entourage de Condé. Grandes batailles, amants malheureux mais héroïques, rivaux généreux, femmes dévouées à ceux qu'elles ont épousés par devoir ; péripéties, déguisements, fausses morts, grands débats moraux. La perfection conventionnelle dans toute sa platitude, malgré quelques dilemmes intéressants, qui rappellent celui de Pauline dans Polyeucte. C'est interminable et « solennellement empesé » (H. CouleT). Mais les contemporains aimèrent « la beauté des sentiments, la violence des passions, la grandeur des événements » (Mme de Sévigné). Les derniers volumes, suivant l'exemple de Mlle de Scudéry, évoluent comme il convient après l'échec de la Fronde : à l'affirmation héroïque de soi succède la soumission galante.



Une intrigue principale (2084 pageS) (2), quatorze « histoires intégrées » (2823 pageS), dix-neuf « histoires ajoutées » (2574 pageS) (R. GodennE) (3) : Artamene ou Le Grand Cyrus, de Mlle de Scudéry, eut un vif succès. Bien que la conception de cette vaste épopée soit antérieure à la Fronde des princes, elle ressemble à une allégorie des rapports entre les Grands et le pouvoir. Artamene, où l'on reconnaissait Condé, est depuis sa naissance menacé de mort parce que son destin, ses capacités, son amour sont perçus comme subversifs. Il triomphera de tout mais en passant de l'ordre épique, qui comporte un risque de subversion politique, à l'ordre galant qui est un modèle de soumission. Les tomes I-IV reprenaient les thèmes et les techniques du roman héroïque de La Calprenède. Mais à partir du tome V (octobre 1650) et surtout du tome VII (novembre 1652), portraits, conversations et analyses morales l'emportent. Avant l'échec de la Fronde des princes, l'admiratrice de Condé (ArtamenE) et de Mme de Longueville (MandanE) transforme les sujets d'exploits héroïques en objets d'analyse morale. Ils sont assujettis à des modèles avant de l'eue à l'absolutisme.

Habilement construit, ce roman a de bonnes pages (l'histoire de Parthénie, VI, 1 ; la vengeance de Thomiris, IX, 1 ; tel récit noir ou fantastiquE), mais de nombreux défauts : pompe, longueurs, ornements fastidieux, justifications minutieuses de coïncidences invraisemblables, fadeur des événements extraordinaires et des personnages conventionnels. Comment construire des péripéties avec des héros qui ne cessent de plafonner dans la perfection ? Voici Artamene « que l'amour, la haine et la vengeance rendaient encore plus vaillant qu'à l'accoutumée, quoiqu'il fût toujours le plus vaillant homme du monde » (I, page 18). Il a « toutes les vertus et pas un défaut » (dédicacE). Une accumulation de superlatifs, d'emphases, de consécutives (si... que, tellement... que, au point que...) sert «à exagérer également ses vertus, ses infortunes et sa gloire » (dernier mots du livre II). Mandane qu'il aime « est au-dessus de tout ce qu'il y a de grand sur la Terre » et « au-dessus de tout ce qu'il y a de beau dans l'Univers.



SAVINIEN CYRANO DE BERGERAC (1619-1655)



Est-ce seulement une coïncidence si l'ouvre la plus hardie du siècle est contemporaine de la Fronde ?



Le grand-père Cyrano, riche marchand parisien, achète en 1582 le fief de Bergerac, près de Chevreuse. Son fils aîné, avocat au Parlement, ruine cette ascension sociale, vend Bergerac en 1636 et ne s'occupe guère de ses enfants : le petit Savinien est déjà marginal. Le collège achève de lui donner « la haine de la sujétion » qui le caractérise (Le Bret, 1655). Tenté par l'aventure héroïque, il s'engage en 1638 et devient célèbre par ses duels. Mais deux graves blessures (1639-1640) interrompent sa carrière. L'enseignement de Gassendi renforce son rationalisme relativiste. Bien que désargenté, il mène une vie indépendante, n'acceptant qu'à partir de 1653 la protection du duc d'Arpajon, qui permet la publication des Lettres, du Pédant joué, de La Mort d'Agrippine (mai 1654). En 1654, il reçoit une poutre sur la tête : accident, attentat ? Il meurt l'année suivante : des suites de ce coup ou de maladie ? Son humeur batailleuse et contestataire, son esprit critique, son imagination féconde s'expriment dans une ouvre critique et poétique qui dénonce tous les conformismes de la société, de la pensée et du langage. En échange, il passera pour un extravagant, indigne de figurer dans le siècle classique.



Les Entretiens pointus, c'est-à-dire pleins de jeux de mots, sur des homonymes, des formules toutes faites, etc., défont le lien conventionnel entre signifiant et signifié, questionnent le sens et rendent aux mots une poétique liberté. Les Lettres, descriptives, comiques, satiriques, fantastiques, dénoncent calomnie, intérêt, pédantisme, ignorance, fanatisme : « je ne défère l'autorité de personne [...] si mon jugement n'est convaincu par raison » (Contre les SorcierS). Elles sont pleines de contrastes, contradictions et métamorphoses ; « la parole a rompu ses amarres » (J. PrévôT) pour devenir poésie au service d'une imagination débridée. Le Pédant joué (écrit en 1645-1646), dont Molière a emprunté l'histoire de la galère, est une comédie libertine, qui fronde la religion, dénonce la tyrannie des pères et des maîtres d'école et s'achève sur un défi à la mort. Confrontant divers jargons, du pédant au paysan, c'est une comédie du langage, aliénant, créateur et délirant. La Mort d'Agrippine (jouée en 1653) est une tragédie de la volonté de puissance qui rappelle celles du début du siècle.



Le chef-d'ouvre de Cyrano, c'est un « roman onirique » et « épistémologique » (J. PrévôT), un roman d'aventures, de science-fiction, de réflexion philosophique, de critique sociale et idéologique, L'Autre Monde, en deux parties : Les Etats et Empires de la Lune (commencé peut-être dès 1642, achevé en 1648-1649, connu par deux manuscrits et une édition émasculée de 1657) et Les États et Empires du Soleil (moins vivant, moins critique, plus allégorique, inachevé, connu seulement par une édition de 1661). La fiction est inspirée des voyages satiriques de Lucien (au II' sièclE) et Rabelais, des utopies de More et Campanella, et surtout de Godwin, The Man in the Moon, 1638. Cyrano y fait dialoguer tous les points de vue sur l'univers, l'homme, la société, la mort, l'âme et Dieu : Aristote et la Bible, les penseurs de la Renaissance, Galilée, Kepler, Descartes, Gassendi...

Le narrateur (il s'appelle Dyrcona, sans être le porte-parole de CyranO), s'attache autour du corps « quantité de fioles pleines de rosée » que la chaleur solaire transforme en vapeur. Il s'élève dans le ciel, mais trop vite : « je cassai plusieurs de mes fioles, jusques à ce que je sentis que ma pesanteur surmontait l'attraction ». Il retombe, au Canada, faux Nouveau Monde, corrompu par l'Ancien : entretiens sur l'héliocentrisme, l'infinitude et la corrupribilité de l'univers. Deuxième envol, dans une machine à « fusées » : démarrage par mise à feu puis attraction par la lune et arrivée... au Paradis terrestre. D'autres y sont déjà montés : Adam et Eve par la force de l'imagination ; Achab en barque, lors du déluge ; saint Jean ; Enoch, porté par deux vases pleins de fumée de sacrifices qui, comme on sait, tend « à s'élever droit à Dieu », et heureusement freiné à l'arrivée par « le grand tour de sa robe où le vent s'engoufra et l'ardeur du feu de la charité.qui le soutint aussi » ; enfin le prophète Elie, monté dans un chariot de fer attiré par un aimant jeté en l'air : « à mesure que j'arrivais où l'aimant m'avait attiré, je [le] rejetais aussitôt [...] en l'air » ; puis en arrière pour freiner l'alunissage. Expulsé du Paradis terrestre pour impiété, le narrateur vole au passage une pomme de « l'Arbre de Savoir » ; il y mord mais sans l'éplucher et en est presque « tout à fait abruti ».



Il séjourne parmi les habitants de la Lune qui le prennent pour un singe, puis un oiseau avant de voir que c'est hélas un homme. Description des mours sur la Lune, que ses habitants (qui se disent des « hommes » et marchent sur « quatre pieds, parce que Dieu ne se voulut pas fier d'une chose si précieuse à une moins ferme assiette ») appellent la Terre. La nourriture y est la fumée ; la monnaie, des poèmes ; les jeunes, beaucoup plus capables, y commandent aux vieux. Le sexe n'y est pas frappé d'interdit. Pourquoi le serait-il ? « A cause qu'il y a du chatouillement ? » Mais alors « les dévots ne doivent pas non plus s'élever à la contemplation de Dieu, car ils y goûtent un grand plaisir. » « Le symbole du gentilhomme » n'y est pas l'épée, instrument de mort, mais « la figure d'un membre viril », source de vie. Celui qui se sent vieux se donne la mort parmi ses amis, qui boivent son sang et mangent sa chair tout en faisant l'amour afin de lui donner chance de revivre. Car « la mort, au lieu d'anéantir la matière, elle n'en fait que troubler l'économie », dans une incessanre métempsycose. Le narrateur a de nombreux entretiens scientifiques et philosophiques avec les habitants de la Lune, le démon de Socrate et le héros du roman de Godwin.

Revenu sur Terre, il publie son voyage : le voici soupçonné d'être un diable et poursuivi par une foule animée par des prêtres qui ont transformé l'Evangile d'amour en fanatisme obscurantiste et meurtrier. Emprisonné à Toulouse, où fut supplicié Vanini (p. 52), il construit un « icosaèdre (4) transparent » : l'air intérieur, chauffé par le soleil, s'échappe vers le haut et, la nature ayant horreur du vide, l'air frais s'engouffre par en dessous, soulevant l'appareil. Destination le Soleil. Là-haut, les Oiseaux choisissent pour roi « le plus faible, le plus doux et le plus pacifique » d'entre eux et le détrônent à la première injustice. Ayant reconnu un humain, ils le condamnent à mort : même son avocat refuse de défendre « un monstre tel que l'homme ». Il est finalement gracié pour avoir, sur Terre, délivré un perroquet. Ici aussi, les débats philosophiques sont très nombreux ; outre les habitants du Soleil, y interviennent notamment les âmes de Campanella et Descartes.

Le but de Cyrano, c'est la liberté d'un bonheur naturel : « plaisir innocent » du corps et de l'esprit ; « nous jouissions [...] et de nous-mêmes et de tout ce que la Nature a produit de plus doux pour notre usage et ne mettons que la Raison pour borne à nos désirs ». Il s'oppose à toutes les tyrannies sociales et intellectuelles : l'absolutisme, la gérontocratie, la guerre (où l'on se massacre pour savoir si l'on sera « vassal d'un Roi qui porte une fraise ou de celui qui porte un rabat »), le fanatisme, le dogmatisme, les superstitions « qu'ont inventées les stupides pour excuser les faiblesses de leur entendement », bref tout l'ordre établi et les vérités sacrées. Il critique surtout le fondement de notre « présomptueuse stupidité » : l'anthropocentrisme et son corollaire, le géocentrisme ; « l'orgueil insupportable des humains, qui leur persuade que la Nature n'a été faite que pour eux ». Rien ne permet « de dire que Dieu a plus aimé l'homme que le chou » ; en tout cas « le premier chou n'offensa point son Créateur au paradis terrestre ». Dénaturé (car il n'a plus l'instinct de fraternité ni de liberté), massacreur de la Nature, l'homme est un monstre « si abominable » que les habitants du Soleil espèrent que ce n'est « qu'un être imaginaire ».



Bien que leurs buts soient opposés, la démarche de Cyrano est analogue à celle de son contemporain Pascal, de même que son style, bref, vif, coupant, ironique ; tous deux refusent la convention rhétorique ; mais Cyrano, moins conclusif, juxtapose les alternatives sans dépassement dialectique. Cette ouvre subversive veut secouer les pseudo-certitudes qui entravent nos conduites et aliènent nos esprits. Elle privilégie « l'ensemble des attitudes novatrices » (O. BlocH), dont elle accentue la vigueur critique, et particulièrement une science matérialiste de tradition copernicienne, sans refuser la spécificité de l'esprit ni la possibilité d'un Être suprême, âme de la nature, parfois niée, plus souvent affirmée. Ne cherchons pas ici de vérités définitives : ce n'est pas un traité, mais une fiction et un discours à plusieurs voix (où certains se contredisent eux-mêmeS), hétéroclite et ironique. Personne n'est le porte-parole de l'auteur, surtout pas Dyrcona, qui joue souvent le rôle du candide à initier. Pour Cyrano, toute certitude est objectivement restrictive et subjectivement soporifique. La vérité est une perpétuelle recherche critique.

A contre-courant, Cyrano reproche à son siècle de faire « moins d'état d'un chef-d'ouvre bien imaginé que de quelques mots qu'à force de les polir on a comme arrangés au compas ». Il refuse dogme, système et normes, exalte l'esprit critique et l'imagination : avant la chute, elle transportait le corps où elle voulait ; sur le Soleil, elle le transforme à sa guise. C'est une faculté naturelle : tout ce qu'elle se figure est donc de l'ordre du possible. Aventure prométhéenne, L'Autre Monde, quand il ne verse pas dans la dissertation, est une ouvre poétique, et parfois surréaliste. Même la critique s'y fait surtout par l'invention : la « dynamique de la contradiction » s'exprime par « une esthétique de la rupture » (J. PrévôT). La verve créatrice s'en donne à cour joie : descriptions de la nature paradisiaque, de la lumière, de l'espace, visions et inventions, caricatures, jeux du langage. Au vocabulaire de l'honnête homme s'ajoutent mots techniques, archaïsmes, néologismes. Écriture très variée : réaliste et picaresque, technique et philosophique, lyrique et métaphorique, ironique et burlesque, logique et passionnée.



SCARRON : « LE ROMAN COMIQUE » (1651-1657)



Après une enfance malheureuse entre un père austère et une marâtre hostile, Paul Scarron (1610-1660), devenu abbé (1629) puis chanoine (1636), vit de 1632 à 1640 au Mans, où il est le protégé de l'évêque. A partir de 1638, il est paralysé des jambes, de la colonne vertébrale et de la nuque. Il réagit par le rire : en poésie et au théâtre, c'est le premier des burlesques (p. 140-141 et 145-146). Il publie en 1651 la première partie de son Roman comique, la seconde en 1657 : entre temps, romanesque et vraisemblance l'ont emporté sur le burlesque.

Après sa mort, un inconnu donne à son ouvre une fin fort médiocre (1663).



Le Roman comique n'a pas la dimension idéologique du Fran-cion ai de Cyrano. C'est à la fois une plaisante parodie, une fresque sociale, un roman d'aventures et d'amour. Le soleil, son char et ses r chevaux hennissants - ou plutôt une charrette de comédiens « attelée de quatre boufs fort maigres » : les premières lignes parodient le roman héroïque (5), comme le titre même, qui accole à un terme qui prétendait désigner l'épopée en prose le qualificatif des histoires facétieuses et satiriques de naguère (p. 49), D'autres passages y reviennent (I, 9 et 21) ou parodient la pompe tragique ou épique (I, 2, 3 et 10 ; II, 2, 3 et 19) : Le Roman comique est l'ouvre de celui qui a travesti l'Enéide. Suscitées par « la Discorde aux crins de couleuvre » (II, 7), bagarres er fessées remplacent batailles et duels. Ragotin « se précipita courageusement du lit » où il recevait une fessée ; « mais un coup si hardi » atterrit « dans un pot de chambre » et le voici « foulant l'étain d'un pied superbe » (II, 7). Pour se démarquer des auteurs idéalistes, qui adhèrent à leurs invraisemblances, Scarron prend ses distances, commente sa propre fiction, nous livre ses secrets de fabrication. Tel chapitre, dit son titre, « ne contient pas grand chose » (I, 5), tel autre « ce que vous verrez si vous prenez la peine de le lire » (I, 11). «J'ai fait le précédent chapitre un peu court, peut-être que celui-ci sera plus long ; [...] nous allons voir » (I, 18).





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