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FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND (1768-1848)






« L'exorbitance » des années



On parle souvent du long règne littéraire du « père Hugo » ; mais celui de Chateaubriand fut, à trois ans près, aussi long. Et la trajectoire personnelle de l'un comme de l'autre se confond en maintes occasions avec le mouvement de l'histoire.

C'est à Saint-Malo, par une nuit de tempête, que sa mère lui « infligea » la vie. Cadet d'une famille noble dont le père venait de redorer le blason dans le négoce maritime, le jeune François-René passe sa petite enfance chez sa grand-mère maternelle, près de Plancoët. En 1777 il commence au collège de Dol une scolarité qui le conduira ensuite à Rennes (1781) puis à Brest (1783) avant l'étape Dinan où s'affirme « la volonté d'embrasser l'état ecclésiastique ». Études sans grande conviction qui comptent moins dans la formation de Chateaubriand que le temps passé, vacances ou séjour régulier, dans le château familial de Combourg, à rêver ou errer à travers bois et landes en compagnie de sa sour Lucile.





En 1786, il quitte sa Bretagne natale pour rejoindre à Cambrai le régiment de Navarre où son frère, désormais en charge de la famille, l'a fait nommer. Époque de dissipation où il fréquente les salons parisiens, y noue des amitiés solides. S'il juge avec sympathie les premiers soubresauts révolutionnaires, il s'effraie bien vite des excès et, sur les conseils de Malesherbes, s'embarque pour un voyage outre-Atlantique (avril 1791) qui le conduira de la côte Est aux Grands Lacs avant qu'il ne regagne la France (10 décembre 1791), se marie et dans la foulée rejoigne l'armée des princes. Blessé au siège de Thionville (septembre 1792), il parvient à gagner dans un piteux état la Belgique d'où il s'embarque pour Jersey et l'Angleterre. C'est là qu'il connaîtra la vie de l'exilé, vivant chichement de leçons, ayant quelques aventures et travaillant à la rédaction d'un ouvrage politique (Essai sur les révolutions, Londres, 1797) - « mine d'où [j'] ai tiré la plupart des matériaux employés dans mes autres écrits », dira-t-il en préfaçant ses Ouvres complètes (1826) - accumulant les pages d'un roman futur, les Natchez, et d'une première version du Génie du christianisme dont il arrête l'impression pour rentrer en France.

Il arrive à Calais le 8 mai 1800, rejoint Paris grâce à l'appui de Fontanes, fait connaissance de Mme Récamier, se lie avec Mme de Beaumont. L'année suivante il publie Atala, fragment détaché du Génie qui paraît dans sa version définitive en 1802 (René, autre épisode du grand livre, en sera à son tour extrait en 1805). L'année 1803 le voit à Rome secrétaire d'ambassade auprès du cardinal Fesch, oncle de Bonaparte, puis à Sion, ministre plénipotentiaire. Il démissionne au lendemain de l'exécution du duc d'Enghien (mars 1804) et passe à l'opposition définitive au régime impérial. Il entreprend un voyage en Orient (1806-1807) en quête d'images pour l'épopée en prose des Martyrs (1809) : il en tirera la relation de l'Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811).



 la chute de l'Empire il publie un violent pamphlet, De Buonaparte et des Bourbons (1814). Nommé ministre plénipotentiaire en Suède (poste qu'il n'occupera paS) et colonel de cavalerie par Louis XVIII, il émigré une seconde fois aux Cent-Jours. Au lendemain de Waterloo, devenu pair de France, il se tourne vers l'ultracisme, publie De la Monarchie selon la Charte (1816), fonde le Conservateur (1818) où il mène campagne contre une politique qu'il juge timide. L'arrivée de Villèle le rapproche du pouvoir : « envoyé » extraordinaire à Berlin (1821) puis ambassadeur à Londres (1822), il représente la France au congrès de Vérone avant d'être nommé ministre des Affaires étrangères (décembre 1822-juin 1824) et de défendre une politique d'intervention en Espagne. « Chassé » de « son » ministère, il glisse vers le libéralisme et en profite pour publier les Natchez et les Aventures du dernier Abencérage (1826). Une dernière fois le pouvoir l'accroche en 1828 : ambassadeur à Rome il démissionne de son poste pour marquer son opposition au ministère ultra de Polignac. Désormais sa vie publique est achevée. Hostile à Louis-Philippe et fidèle aux Bourbons, il démissionne de la pairie, publie un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry (1832) et s'acquitte d'une rocambolesque mission, du côté de Prague, auprès de Charles X (1833).

Ruiné, il ne lui reste plus que l'amitié de Mme Récamier et la consolation de la littérature : travaillant sans relâche à ses Mémoires, il « hypothèque sa tombe » en 1836 auprès du libraire Delloye qui a constitué une Société pour l'édition posthume de ceux-ci. Une Vie de Rancé (1843), entreprise à la demande de son confesseur, achève son parcours d'écrivain, celui de l'homme trouvant sa conclusion au lendemain de la Révolution de 1848.



L'inventeur du romantisme ?



Enfant du sceptique XVIIIe siècle (« Quelquefois je suis tenté de croire à l'immortalité de l'âme ; mais ensuite ma raison m'empêche de l'admettre », est-il noté en marge de « l'exemplaire confidentiel » de l'Essai sur les RévolutionS), Chateaubriand passe pour l'initiateur du romantisme. C'est, en tout cas, lui qui servit de mythe vivant à toute la génération des « enfants du siècle » : Hugo ne déclarait-il pas « vouloir être Chateaubriand ou rien » ? Ne choisira-t-il pas pour titre de sa première revue le Conservateur littéraire en hommage au journal politique de son illustre aîné ? Augustin Thierry n'affirmera-t-il pas que sa « vocation » lui fut révélée par la lecture des Martyrs et n'ap-pliquera-t-il pas à son auteur la formule du Dante à Virgile : Tu duca, tu signore e tu maestro ? Et Lamartine ne résume-t-il pas le sentiment de ses pairs en littérature lorsqu'il proclame dans Des destinées de la poésie (1831) qu'« il en est peu d'entre nous qui ne lui doive ce qu'il fut, ce qu'il est ou ce qu'il sera » ? Sans oublier Gautier brossant un tableau de la littérature nouvelle qu'il résume par quelques titres de l'Enchanteur : « Dans le Génie du christianisme^iliest^iTa Ja cathédrale gothique ; dans les Natchez il rouvrit la grande nature fermée ; dans René, il inventa la mélancolie moderne. » À quoi il conviendrait d'ajouter le renouveau de l'épopée, revivifiée par l'apport des sujets chrétiens, traditionnellement interdits par les doctes ; et l'interférence du romanesque et de l'historique qui allait provoquer l'engouement pour le roman historique ; et le voyage oriental dont il inaugure la tradition romantique avec son Itinéraire ; et la critique qu'il a contribué à faire sortir du dogmatisme étriqué dans laquelle elle se complaisait... Le bilan n'est donc pas mince et, même s'il n'a jamais revendiqué la fonction de chef d'école ni même le titre de romantique, Chateaubriand a, du moins, fièrement endossé le manteau de l'Initiateur :



La littérature se teignit en partie des couleurs du Génie ; des écrivains me firent l'honneur d'imiter les phrases de René et d'Atala dira-t-il en tête de ses Ouvres complètes. À quoi les Mémoires font écho :



Qu'il faille s'en féliciter ou non, mes écrits ont teint de leur couleur grand nombre des écrits de mon temps.



Le moi et l'histoire



Ce rôle de commandeur des lettres n'est qu'un des multiples « emplois » que l'homme s'est distribué dans le « drame » que constituait, à ses propres yeux, sa vie. Sans parler de la division en « trois actes » qu'il a imaginée dans ses Mémoires -



Depuis ma première jeunesse jusqu'en 1800, j'ai été soldat et voyageur ; depuis 1800 jusqu'en 1814, sous le Consulat et l'Empire, ma vie a été littéraire. Depuis la Restauration jusqu'à aujourd'hui, ma vie a été politique.



- il n'a cessé de prendre des postures : du « paria » émigré à Londres [v. p. 20-21], de VEssai au sage méditatif de Rancé, en passant par le mélancolique René, c'est le même homme qui se peint, accentuant pour le lecteur la pose du moment, offrant ainsi l'unité d'un visage sous la diversité des traits. Le visage, c'est le sien, les traits ce sont les sillons que creuse l'histoire. Car, dès son premier ouvrage, Chateaubriand ne conçoit son moi que par référence à lrhistoireT ou plutôt, il ne conçoitJMiistqire^ que par rapport à lui :



Lorsque je quittai la France j'étais jeune ; quatre ans de malheur m'ont vieilli. Depuis quatre ans, retiré à la campagne, sans un ami à consulter, le jour travaillant pour vivre, la nuit écrivant ce que le chagrin et la pensée me dictaient, je suis parvenu à crayonner cet Essai. Je n'en ignore pas les défauts : si le moi y revient souvent, c'est que cet ouvrage a d'abord été entrepris pour moi, et pour moi seul.



Et dans sa confrontation avec Clio, Chateaubriand ne rencontre que de grandes figures, fût-ce au prix d'un trompe-l'oil : ainsi sa « présentation » à Versailles (19 février 1787) n'est-elle pas la rencontre d'un jeune « débutant » et d'un « monarque à six ans de son écha-faud », mais celle du « chevalier de Chateaubriand » et de « Louis XIV toujours là » dans la splendeur du lieu (Mémoires d'outre-tombe, I, iv, 9). De même, lorsqu'il se glissera dans la peau du fondateur de la Trappe, mettra-t-il entre parenthèses le règne de Louis XIII pour ne conserver que ceux du Béarnais et du Roi-Soleil :



Né le 9 janvier 1626, seize ans après la mort d'Henri IV, mort en 1700, quinze ans avant la mort de Louis XIV, Rancé avait été soixante-quatorze ans sur la terre...

Vie de Rancé, IV.



Ainsi, de télescopage en télescopage, Rancé apparaît-il comme un René du Grand Siècle :



L'ouvrage de Rancé subsiste. [...] Les trappistes ont vu s'écrouler autour d'eux les autres ordres ; ils ont vu passer la Révolution et ses crimes, Bonaparte et sa gloire, et ils ont survécu ; tant il y avait de force dans cette législation surhumaine.



L'écriture et le temps



Et puisqu'il faut au moi un interlocuteur à sa taille, Chateaubriand dressera en face de lui la figure de Napoléon - « Mais en osant quitter Bonaparte, je m'étais placé à son niveau » (Mémoires, II, xvi, 1) -, assurant du même coup et sa propre dimension dans l'histoire et la suprématie de l'écrivain sur le politique. Car Napoléon ne demeure que grâce à la littérature - y compris l'orale - qui l'a transformé en mythe [voir p. 15-17] (Mémoires, III, xxiv, 8) :



Bonaparte n'est plus le vrai Bonaparte, c'est une figure légendaire composée des lubies du poète, des devis du soldat et des contes du peuple. [...] Ce héros fantastique restera le personnage réel ; les autres portraits disparaîtront.



Et d'ailleurs, Bonaparte n'était-il pas « poète en action » (op. cit., III, xxiv, 5) ? Primauté de la parole sur l'acte - ou plutôt parole qui se fait acte, tout le projet autobiographique se dévoile dans cette « poétique » (au sens étymologique du termE) qui tend à ériger l'écriture comme rempart contre le temps. Ainsi les Mémoires - au titre combien significatif d'outre-tombe -, qui se veulent « une épopée de son temps », se situent-ils, « par une sorte de coup de force poétique, en dehors de l'histoire » (Dominique Rincé). Et sans doute n'est-ce pas hasard si Chateaubriand place sa destinée « entre » passé et avenir, dans un présent réduit à néant par l'histoire, c'est-à-dire hors du temps :



Je me suis rencontré entre les deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, m'éloignant à regret du vieux rivage où j'étais né, et nageant avec espérance vers la rive inconnue où vont aborder les générations nouvelles.

Préface testamentaire, 1833.



Admirable passage où se résument l'homme et son besoin de posture (que traduit l'emploi du pronominal en syntaxe réfléchiE), l'histoire et ses bouleversements (métaphorisés par les images liquideS), le temps et ses tensions... Resserrement autour du moi, qui les organise, de l'espace et du temps selon un travail de l'écriture absolument parfait : le temps, impalpable, ne peut être appréhendé qu'à travers une comparaison qui, à son tour, permet par son filage la réintroduction d'une durée désormais analysable par référence au sujet (« vieux rivage où j'étais né ») annonciateur des temps nouveaux.






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