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COLERIDGE






Si l'on pense à Coleridge, l'on se rappelle immédiatement la fameuse distinction qu'il a faite entre ce qu'il appelle imagination et ce qu'il appelle fancy. L'imagination est pour lui une force spirituelle essentiellement active et unificatrice. Elle impose une forme déterminée aux objets sur lesquels elle exerce son pouvoir. Ce que Coleridge appelle fancy au contraire est la vie capricieuse, multiple et chimérique, à laquelle s'abandonne la pensée, lorsqu'elle se laisse aller au plaisir de rêver, de sentir, d'imaginer, sans se fixer sur un objet précis. Elle est donc le contraire de l'imagination conçue dans le premier sens. Répugnant à toute synthèse, elle ne mérite pas, dans le jugement de Coleridge, le nom d'activité mentale. Elle est purement passive : sorte d'assemblage d'images sans cohésion, qui flottent dans l'esprit heureux de ne pas donner une forme déterminée à sa pensée. Indéterminées et fortuites, ces images errent, seules ou par bandes, procédant par associations capricieuses, substituant à l'activité minutieuse et intentionnelle de l'être pensant une multitude de formes plus ou moins imprécises, dansant désordon-nément dans l'esprit, comme une troupe d'insectes dans un rayon de soleil.





Il va de soi qu'une telle distinction a quelque chose d'assez sommaire. Affirmer sans nuance qu'il y a une bonne et une mauvaise sortes d'imagination, c'est négliger toutes les variétés infinies d'images qui naissent et meurent, tantôt conjointement et tantôt séparément, dans l'esprit. Mais c'est surtout introduire dans l'analyse de celui-ci un manichéisme des plus suspects. Telle est pourtant l'erreur qu'a commise Coleridge. Mal à l'aise dans l'existence qu'il mène, intoxiqué par les stupéfiants, à l'empire desquels il lui devient de plus en plus impossible de se soustraire, intensément préoccupé d'autre part par des scrupules moraux, enclin à condamner en lui-même des penchants ou des habitudes dont il ne peut se défaire, et incité enfin à en avoir d'autres auxquels il lui est pourtant difficile de s'adapter, il tente de s'imposer à lui-même des règles d'hygiène spirituelle. Le fait est que, par un certain côté, il consentirait volontiers à céder aux tendances mêmes dont, par un autre côté, il préférerait se détourner. Comprendre en son fond la pensée de Coleridge, c'est donc comprendre, avant tout, non la ligne rationnelle et morale qu'il essaye de suivre, mais le mouvement profond, exprimant ses inclinations les plus secrètes. Non que celles-ci soient nécessairement les meilleures. Mais chez lui ce sont les plus naturelles, les plus spontanées, celles qui l'encouragent à suivre sa pente et à trouver ainsi dans le parcours qu'elles l'incitent à emprunter une richesse d'images que le caractère un peu trop strict de l'activité à laquelle il donne pourtant le nom d'imagination l'empêcherait d'avoir.



Pour bien comprendre par conséquent la pensée quelque peu confuse de Coleridge, il vaut mieux, semble-t-il, essayer de se la figurer dans son désordre originel, et la suivre ensuite dans les étapes qu'elle a parcourues, en se décomposant d'ailleurs de plus en plus à mesure, pour aboutir finalement à un état des plus vagues, où il n'y a plus d'objet défini de pensée, rien qu'un moi réduit à sa seule activité interne tournant à vide. L'on peut en effet distinguer différentes étapes dans cet effacement progressif de l'objet que se donne l'esprit. Au début et même plus tard, vers le milieu de sa vie, on distingue encore dans les écrits du poète-philosophe qu'était Coleridge une espèce de synthèse : non pas, certes, la synthèse rigoureusement logique, dans le cadre de laquelle, le plus souvent, à cette époque, il s'efforce de faire fonctionner son activité imaginative. Au contraire, presque à l'opposé de cette construction abstraite, ce qu'il cherche à réaliser, c'est quelque chose comme une confluence d'impressions passives, formant ce qu'il appelle un agrégat ; l'agrégat étant constitué d'expériences sensibles, distinctes les unes des autres, donc isolées, de l'une à l'autre desquelles il n'est d'ailleurs, le plus souvent, pas facile de se transférer : phénomène de discontinuité des images successives, fréquent chez Coleridge, et qui fait penser à un phénomène analogue, soigneusement décrit dans la philosophie de Hume (fort prisé de ColeridgE), qui a en effet pour base - toute négative - l'impossibilité de lier entre eux les états mentaux qui se succèdent.



Entre ces deux philosophes, Hume et Coleridge, malgré leur similarité apparente, il y a, bien entendu, une grande différence. La discontinuité, chez Hume, s'exerce, avant tout, dans le domaine des perceptions. Toute pensée distincte, pour celui-ci, a une existence nettement séparée, et c'est en raison de ce|te netteté, grâce à laquelle son indépendance s'affirme, qu'il est impossible, selon lui, d'établir entre les perceptions successives une véritable connexion. Il va de soi que, chez Coleridge, il en est tout autrement. Il ne saurait y avoir pour lui de difficulté à établir quelque connexion que ce soit entre des expériences aussi voisines l'une de l'autre. Mais une difficulté d'un autre ordre alors se présente. Elle provient du fait que, dans la pensée de Coleridge, les images ainsi perçues paraissent toutes extrêmement confuses, en vertu de leur nature profonde comme de leur multiplicité. Une multiplicité d'images confuses, semblables à celles d'un essaim entraîné dans le tourbillon d'une danse sacrée, telle est au fond la description la plus adéquate que Coleridge puisse donner de la plupart de ses expériences sensibles et de leur corrélatif d'images. Le spectacle qu'il offre alors au regard est composé d'une pluralité de fragments minuscules, enchevêtrés généralement les uns dans les autres, comme si, plus l'image gagne en complexité, plus elle risque de perdre ce que Coleridge appelle le « pouvoir coadunateur », celui qui lie ensemble les coordonnées.



Or, cette perte du pouvoir coadunateur ou principe liant est de tous les phénomènes auxquels sa pensée est soumise celui que Coleridge redoute le plus. Une activité essentiellement formatrice et unificatrice n'a-t-elle pas toujours été son ambition ? Pourtant, il constate que, malgré lui, au lieu de l'association rêvée, en de nombreux cas, c'est une grave dissociation qui s'opère en lui. L'ouvre philosophique entière de Coleridge, mais aussi son ouvre critique et surtout sa pensée sont dominées par l'horreur que lui inspire cette disjonction mortelle des images. Tout se fragmente, tout se parcellise et, par conséquent, se désintègre. Tout se trouve assailli par une sorte de force centrifuge qui ne laisse au poète d'autre alternative que de contempler en lui-même un monde ravagé par la désintégration. D'une part, tout ce qu'il y a de réalité objective dans ce monde semble voué à une infinie décomposition des formes ; et, d'un autre côté encore, l'existence même des objets en tant que tels devient de ce fait brusquement dépourvue de toute importance réelle, puisque leur dissolution les réduit à rien. En revanche, ce qui prend une importance immense aux yeux de celui qui se voit témoin de ce désastre, c'est le sujet, le moi-sujet, soudain découvrant sa perte de contact avec les objets, quels qu'ils soient, qui entretenaient des relations avec lui. Restent donc, pour finir, un moi dénudé, une activité spirituelle ne fonctionnant plus qu'à vide, la conscience se saisissant dans la privation de tout rapport avec les objets disparus. Avec, parfois aussi, l'expérience d'une stagnation. Et tout au bout de ce dépouillement général, quelque chose comme une angoisse obscure, indéterminée, indéfinissable.



COLERIDGE : TEXTES

L'imagination, synthèse, forme déterminée, pouvoir formateur; la fantaisie, ou pensée fantasque, siège de la faculté agrégative. (Distinction essentielle de l'esthétique coleridgienne.)



La pensée fantasque est celle dans laquelle la continuité des associations passives se trouve rompue par le jeu des sensations internes et externes. (Note du poète.)



Parfois en raison de la confluence d'innombrables impressions dans chaque moment du temps, la mémoire purement passive doit nécessairement tendre à la confusion. (Article dans L'Ami.)



... Innombrables fragments dispersés en tant de livres, comme un miroir brisé gisant sur le sol, et, au lieu d'une image, en représentant mille, dont aucune entière. (Traité de méthode.)



L'univers n'est plus qu'un immense amas de petites choses. Je ne puis plus percevoir que des fragments. (Lettre à John Thelwall, octobre 1797.)



Et soudain l'image qu'il contemplait dans le ruisseau se désunit, Alors, tout le charme est rompu, tout ce monde féerique s'évanouit, mille petits cercles se forment, et chacun travestit les autres. (Poème intitulé La Peinture.)






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