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Benjamin CONSTANT (1767-1830) - Liberté chérie






Liberté chérie



Le Cahier rouge (posth., 1907) retrace les premières années de ce jeune Suisse brillant et peu raisonnable, quoique protestant : des précepteurs méchants ou ridicules, des voyages, bientôt des dettes de jeu et des amours ; un premier mariage (1789) tourne mal et finira par un divorce ; mais le premier événement véritable de cette vie est constitué par la rencontre avec Mme de Staël (1794) qui entraîne Constant dans son sillage : il rédige de premières brochures politiques et finit par être nommé, pour peu de temps, au Tribunat, une institution impériale. Mais on sait les démêlés de Mme de Staël avec Napoléon qui veut la tenir loin de Paris : B. Constant lui apporte un soutien fidèle, ce qui n'empêche pas des relations difficiles, tendues par la passion, la jalousie et la colère. D'autant que Constant est attiré par d'autres femmes, dont Charlotte, qu'il aime depuis sa jeunesse et avec laquelle il se remarie en 1808 : d'où des scènes, des crises, des aller et retour qui se termineront par la rupture avec Mme de Staël. Il faudrait aussi parler de cette passion d'un an (1814-1815) pour Mme Récamier. Adolphe (1806, publ. en 1816) et Cécile (posth., 1951) sont l'écho de ces amours contrariées et toujours dramatiques.



Mais l'ouvre politique de Constant est au moins aussi importante que ces courts textes littéraires, très proches de l'autobiographie et aux tonalités novatrices. Théoricien vigoureux et polémique (De l'esprit de conquête et de l'usurpation, 1814 ; Réflexions sur les constitutions [...], 1814 ; Principes de politique [...], 1815), il rédige aussi l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire (1815) au moment des Cent-Jours (Mémoires sur les Cent-Jours, 1820-1822). Plus tard, il continue de défendre la monarchie constitutionnelle et le libéralisme sous la Restauration. Une carrière politique de député s'ouvre alors (nombreux discours et brochureS), qui continuera jusqu'aux journées de Juillet 1830, qu'il approuve pleinement. Le philosophe et l'écrivain que Constant n'a pas cessé d'être aura encore donné De la religion (1824-1831) sur un sujet qu'aborde aussi Du polythéisme romain (posth., 1833) ; on lui doit enfin des Réflexions sur la tragédie (1829) ainsi que des Mélanges de littérature et de politique (1829). Ses Journaux intimes seront publiés bien après sa mort (1895 et 1952).



Les contradictions du sentiment



Parlant de son Journal intime. Constant y voit « une espèce d'histoire » : « Et j'ai besoin de mon histoire comme de celle d'un autre pour ne pas m'oublier sans cesse et m'ignorer » (21 décembre 1804). Grâce à cet autre soi-même que fonde l'écriture, Constant veut donc reprendre la maîtrise de soi, se donner une cohérence, une constance ( ! ) menacées. C'est en effet autour de la notion d'identité qu'on peut découvrir l'unité de cette ouvre : qui est ce sujet que j'appelle « moi », comment le définir dans son évolution, dans ses contradictions propres, et aussi par rapport à l'extérieur ? Car ces thèmes égotistes ne peuvent être traités en dehors de la présence d'autrui, dans le langage, l'amour ou l'affrontement politique, plus généralement dans toutes les relations difficiles que la société nous impose.

On sent bien tout ce que doit cette problématique aux livres du siècle précédent : l'influence de Rousseau, par exemple, est sensible, dans la description d'un certain nombre de débats intérieurs ou de conflits sentimentaux. L'amour, en effet, ne résout rien et complique tout dans la mesure où il n'est souvent qu'un malentendu retardé : « C'est une relation terrible que celle d'un homme qui n'aime plus et d'une femme qui ne veut pas cesser d'être aimée », écrit B. Constant à propos de « Germaine » et il ajoute le lendemain : « Le souvenir des émotions qu'elle m'a données, de l'agitation perpétuelle où elle m'a fait vivre, les injures qu'elle me dit, l'injustice de ses accusations, l'insistance de ses demandes et surtout l'horreur que m'inspire l'idée de rester sous son joug me jettent hors de moi » (14 mars 1803). On retrouverait les mêmes affres dans Adolphe qui montre aussi l'amour comme une suite de souffrances imprévisibles, comme l'utopie d'un échange sincère : celui-ci ne peut en fait jamais exister entre le narrateur et Ellénore, d'autant que s'y ajoutent le regard d'une société incompréhensive et les hésitations perpétuelles d'un héros incertain, pris entre l'égoïsme et l'abnégation, le souci de soi et la peur de blesser autrui (« la grande question de la vie, c'est la douleur que l'on cause », « Réponse de l'Éditeur » dans AdolphE). La pitié nous déchire, l'amour nous met hors de nous, et, en dehors même de ces sentiments forts, la famille et les rencontres n'offrent que des occasions de conflits ou de dégoûts : cela tient sans doute au fait que « les autres sont les autres » et « qu'on ne fera jamais qu'ils soient 50/ » (18 décembre 1804). Aimer ou vivre en société, c'est donc à chaque fois mettre en jeu son équilibre, son identité et, en fin de compte, sa liberté.



Une politique de l'individu



C'est cette idée de liberté qui fait le lien entre le psychologique et le politique. Car l'individu, qui est chez B. Constant la base de tout, se définit chez lui par ses libertés et ses droits : ils devront être défendus contre l'emprise des autorités sociales et politiques. Comme chez Montesquieu, tout part donc d'une critique du despotisme dont Constant ne manque pas d'exemples contemporains : s'appuyant sur la force dans l'illégitimité la plus totale, le despotisme est un régime de peur que nul ne peut songer à défendre. Montesquieu voyait le salut dans la distribution des pouvoirs, dans le recours de la loi contre l'arbitraire : toutes choses que ne refuse pas B. Constant, mais qui, selon lui, dépendent en dernière instance d'une exigence morale. Aucune utopie là-dedans, à condition cependant que l'on réussisse à faire partager au corps social les mêmes valeurs : « S'il est reconnu que la souveraineté n'est pas sans bornes, c'est-à-dire qu'il n'existe sur la terre aucune puissance illimitée, nul, dans aucun temps, n'osera réclamer une semblable puissance » (Principes de politiquE).

Quelles sont alors les libertés fondamentales sur lesquelles s'appuie le libéralisme de Constant ? La liberté d'opinion, la liberté religieuse, les « sauvegardes judiciaires », les « formes protectrices », et, bien entendu, la propriété, droit sacré, besoin essentiel de ceux qui possèdent ! D'où les sujets des interventions de Constant à la Chambre des députés : la traite des Noirs, la censure des journaux et la liberté de la presse, où sont en cause des droits individuels aussi naturels que le sentiment religieux (De la religioN), qu'on ne confondra pas avec les institutions et les obligations factices. L'individu est donc une donnée de nature, relativement hors des déterminations historiques ou sociales ; c'est une référence, une valeur à partir de laquelle on peut juger une institution ou une société : selon le degré de latitude et d'indépendance offert à ceux qui y vivent.



Constant explique dans son Journal qu'il n'y a qu'une dépendance complète à laquelle il se plie, celle de son désir d'indépendance. Échapper aux autres, vivre en repos, trouver la solitude, tel est donc le maître mot. Mais en même temps. Constant sent bien tout ce que la misanthropie absolue a d'insoutenable : l'amour est là, en nous, malgré notre amour-propre froissé, et le célibat est aussi difficile à vivre que le mariage ou la liaison durable. Tout est donc affaire de conciliation, recherche du moindre mal, intime ou politique, tant il est vrai que le bonheur est rare. Dans ces conditions, l'écriture qui assume ces contradictions peut aussi les exhiber, et l'on voit ainsi une langue classique, équilibrée, mesurée, dire l'inquiétude morale ou le « vague des passions ». Mais cette opposition s'explique si l'on se souvient du rôle assigné au journal et que l'on retrouve dans les transpositions de la fiction romanesque, dans les propositions de la théorie politique. Dans les deux cas, la vie est mise à distance, réfléchie, peut-être surmontée.






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