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Antoine-Marin Lemierre

L'europe et l'amérique - Poéme


Poéme / Poémes d'Antoine-Marin Lemierre





Qui n'eût dit qu'en forçant les barrières de l'onde,
L'homme allait rapprocher les deux moitiés du monde ;
L'Américain former avec l'Européen À travers l'Océan un éternel lien ?
Quels objets curieux une terre inconnue
Sous un tropique ardent offrait à notre vue ;
D'autres mœurs à la fois et d'autres végétaux,
Presqu'une autre nature en des climats nouveaux ;
Un peuple hospitalier plus simple que sauvage ;
Dont les mœurs retraçaient celles du premier âge,
Et qui sans défiance en sa noble candeur.
Ouvrait également son pays et son cœur ; Ô si l'Européen vers ces peuples sincères
Eût volé plein de joie, eût reconnu des frères ;
Mais pour prix de l'accueil qu'il reçut dans leurs ports.
Le barbare a jonché leur continent de morts ;
Tyrans de l'Amérique, âmes dénaturées,
Trop avides de l'or qui naît en ces contrées,
Pour chercher ces trésors dans les mines conçus.
Vous avez sous la terre exilé les vaincus,
Tandis que de leurs champs leur laissant la culture,



Vous gardiez de richesse une source plus sûre.
Par un aveuglement à vous-même fatal,
Il ne reste en vos mains qu'un stérile métal :
Hé quoi ! pour vous nourrir, aveugles que vous êtes,
Pétrirez-vous cet or l'objet de vos conquêtes ?
Pour repeupler les lieux ravagés par vos coups.
Il faut d'autres forfaits trop faciles pour vous :
Vous courez, inhumains, aux rivages d'Afrique,
Vous traînez dans les fers un peuple pacifique ;
Et le commerce a pu, grand
Dieu ! le croirait-on ! À ces crimes publics prostituer son nom !
L'homme à l'enchère ! l'homme ! ô contrastes bizarres.
Nous, humains dans l'Europe, en
Afrique barbares! Ô sages prétendus, jetez donc dans les feux,
Tous vos écrits tracés pour rendre l'homme heureux ;
Hé! comment accorder vos préceptes sublimes
Avec la cruauté qui dément vos maximes ?
Poursuivez, mais craignez que peut-être bientôt
L'homme dans l'Africain ne s'éveille en sursaut ;
Du nombre à tout moment l'avantage lui reste, À tout moment sur vous pend ce glaive funeste ;
Tremblez qu'il ne s'élève un nouveau
Spartacus,
La nature et l'instinct ne sont jamais vaincus.



Quel heureux changement, douce
Pennsylvanie,
Du
Quakre sous ton ciel fait bénir le génie !
Il a dit à l'esclave : on t'a caché tes droits,
Tu naquis notre égal, travaille, tu le dois ;
Mais sois libre, sois homme au moins sur ce rivage,
Qu'on dise un jour : l'Anglais en chassa l'esclavage ;
L'homme était sur ces bords pour un maître orgueilleux,
Un patrimoine absurde, un mobilier honteux ;
Il y naissait esclave et fut vil avant d'être,
Il n'a plus désormais que le travail pour maître.

Puisse
I
Européen briser partout les fers
Qu'il donne à son semblable en un autre univers ;

L'homme se respecter lui-même en son espèce.
Et ne plus trafiquer que de l'ample richesse
Qu'apportent sur les mers ces commerçants hardis.
De
Canton à
Texel, et de
Smyrne à
Cadix.
Vous, murs de l'Orient, avec quel avantage
M'offrez-vous les humains ralliés par l'usage ! À des moments prescrits on a vu sous ses nœuds
Les villes et les bourgs se rassembler entr'eux.
O plus vaste coup-d'œil ! ici sont rencontrées
Toutes les nations des diverses contrées,
L'Anglais, le
Musulman, le
Russe, le
Germain,
Et le sujet des rois et le républicain,
Et celui qui naquit sous la loi d'un despote ;
Tout n'est qu'un peuple ici, tout est compatriote ;
Les mœurs des nations ont disparu pour moi :
Ce n'est plus l'étranger, c'est l'homme que je voi.










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Antoine-Marin Lemierre
(1733 - 1793)
 
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