Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Tristan Corbière

Rapsodie du sourd - Poéme


Poéme / Poémes d'Tristan Corbière





L'homme de l'art lui dit : —
Fort bien, restons-en là.
Le traitement est fait : vous êtes sourd.
Voilà
Comme quoi vous avez l'organe bien perdu. —
Et lui comprit trop bien, n'ayant pas entendu.

— «
Eh bien, merci
Monsieur, vous qui daignez me

La tête comme un bon cercueil. [rendre

Désormais, à crédit, je pourrai tout entendre
Avec un légitime orgueil...

À
Vœil —
Mais gare à l'œil jaloux, gardant la place
De l'oreille au clou!... —
Non — À quoi sert de braver? ...Si j'ai sifflé trop haut le ridicule en face,
En face, et bassement, il pourra me baver!...

Moi, mannequin muet, à fil banal! —
Demain,

Dans la rue, un ami peut me prendre la main,

En me disant : vieux pot..., ou rien, en radouci;

Et je lui répondrai —
Pas mal et vous, merci!



Si l'un me corne un mot, j'enrage de l'entendre;
Si quelqu'autre se tait : serait-ce par pitié?...
Toujours, comme un rébus, je travaille à surprendre
Un mot de travers... —
Non —
On m'a donc oublié!


Ou bien — autre guitare — un officieux être
Dont la lippe me fait le mouvement de paître,
Croit me parler...
Et moi je tire, en me rongeant,
Un sourire idiot — d'un air intelligent!


Bonnet de laine grise enfoncé sur mon âme !

Et — coup de pied de l'âne...
Hue ! —
Une bonne-femme

Vieille
Limonadière, aussi, de la
Passion!

Peut venir saliver sa sainte compassion

Dans ma trompe-a"Eustache, à pleins cris, à plein cor,

Sans que je puisse au moins lui marcher sur un cor!


Bête comme une vierge et fier comme un lépreux,
Je suis là, mais absent...
On dit :
Est-ce un gâteux,
Poète muselé, hérisson à rebours?... —

Un haussement d'épaule, et ça veut dire : un sourd.


Hystérique tourment d'un
Tantale acoustique!
Je vois voler des mots que je ne puis happer;
Gobe-mouche impuissant, mangé par un moustique,
Tête-de-turc gratis où chacun peut taper.

O musique céleste : entendre, sur du plâtre,
Gratter un coquillage! un rasoir, un couteau
Grinçant dans un bouchon!... un couplet de théâtre!
Un os vivant qu'on scie! un monsieur! un rondeau!...


Rien —
Je parle sous moi...
Des mots qu'à l'air je jette
De chic, et sans savoir si je parle en indou...

Ou peut-être en canard, comme la clarinette
D'un aveugle bouché qui se trompe de trou.




Va done, balancier soûl affolé dans ma tête!
Bats en branlo ce bon tam-tam, chaudron fêlé
Oui rend fa voix de femme ainsi qu'une sonnette,
Qu'un coucou!... quelquefois : un moucheron ailé...


Va te coucher, mon cœur! et ne bats plus de l'aile.
Dans la lanterne sourde étouffons la chandelle,

Et tout ce qui vibrait là — je ne sais plus où —
Oubliette où l'on vient de tirer le verrou.


Soyez muette pour moi, contemplative
Idole,
Tous les deux, l'un par l'autre, oubliant la parole,
Vous ne me direz mot : je ne répondrai rien...

Et rien ne pourra dédorer l'entretien.











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Tristan Corbière
(1845 - 1875)
 
  Tristan Corbière - Portrait  
 
Portrait de Tristan Corbière


Biographie / Œuvres

1845.