Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Tristan Corbière

La pastorale de conlie - Poéme


Poéme / Poémes d'Tristan Corbière





Qui nous avait levés dans le
Mois-noir —
Novembre —
Et parqués comme des troupeaux

Pour laisser dans la boue, au
Mois-plus-noir

[—
Décembre —
Des peaux de mouton et nos peaux!

Qui nous a lâchés là : vides, sans espérance,
Sans un levain de désespoir!

Nous entre-regardant, comme cherchant la
France-Comiques, fesant peur à voir!


Soldats tant qu'on voudra!... soldat est donc un être

Fait pour perdre le goût du pain?...
Nous allions mendier; on nous envoyait paître :
Et... nous paissions à la fin!


S'il vous plaît :
Quelque chose à mettre dans nos bou-


Héros et bêtes à moitié !— [ches?.. ...
Ou quelque chose là : du cœur ou des cartouches :


On nous a laissé la pitié !

L'aumône : on nous la fit —
Qu'elle leur soit rendue

À ces bienheureux uhlans soûls!
Qui venaient nous jeter une balle perdue...

Et pour rire!... comme des sous.

On eût dit un radeau de naufragés. —
Misère —

Nous crevions devant l'horizon.
Nos yeux troubles restaient tendus vers une terre...

Un cri nous montait :
Trahison!


Trahison !... c'est la guerre !
On trouve à qui l'on crie !..


Nous : pas besoin... —
Pourquoi trahis?...
J'en ai vu parmi nous, sur la
Terre-Patrie,

Se mourir du mal-du-pays.


Oh, qu'elle s'en allait morne, la douce vie!...

Soupir qui sentait le remord
De ne pouvoir serrer sur sa lèvre une hostie,
Entre ses dents la mâle-mort!...


Un grand enfant nous vint, aidé par deux gendarmes,


Celui-là ne comprenait pas —
Tout barbouillé de vin, de sueur et de larmes,

Avec un biniou sous son bras.

Il s'assit dans la neige en disant : Ça m'amuse
De jouer mes airs; laissez-moi. —

Et, le surlendemain, avec sa cornemuse,

Nous l'avons enterré —
Pourquoi!...

Pourquoi? dites-leur donc!
Vous du
Quatre-Septembre!

A ces vingt mille croupissants !...
Citoyens-décréteurs de victoires en chambre,

Tyrans forains impuissants!


La parole est à vous — la parole est légère!...

La
Honte est fille... elle passa —
Ceux dont les pieds verdis sortent à fleur-de-terre
Se taisent... —
Trop vert pour vous, ça!


Ha !
Bordeaux, n'est-ce pas, c'est une riche ville...

Encore en
France, n'est-ce pas?...



Elle avait chaud partout votre garde mobile,
Sous les balcons marquant le pas?

La résurrection de nos boutons de guêtres

Est loin pour vous faire songer;
Et, vos noms, je les vois collés partout, ô
Maîtres!...


La honte ne sait plus ronger. —


Nos chefs... ils fesaient bien de se trouver malades!

Armés en faux-turcs-espagnols
On en vit quelques-uns essayer des parades

Avec la troupe des
Guignols.


Le moral: excellent —
Ces rois avaient des reines,

Parmi leurs sacs-de-nuit de cour... À la botte vernie il faut robes à traînes;
La vaillance est sœur de l'amour.


Assez ! —
Plus n'en fallait de fanfare guerrière

À nous, brutes garde-moutons,
Nous : ceux-là qui restaient simples, à leur manière,
Soldats, catholiques,
Bretons...

À ceux-là qui tombaient bayant à la bataille,

Ramas de vermine sans nom,
Espérant le premier qui vînt crier :
Canaille !

Au canon, la chair à canon !...


Allons donc : l'abattoir! —
Bestiaux galeux qu'on

On nous fournit aux
Prussiens; [rosse,

Et, nous voyant rouler-plat sous les coups de crosse,
Des
Français aboyaient —
Bons chiens!

Hallali! ramenés! —
Les perdus...
Dieu les compte, —

Abreuvés de banals dédains;
Poussés, traînant au pied la savate et la honte,

Cracher sur nos foyers éteints!




Va : toi qui n'es pas bue, ô fosse de
Conlie!

De no3 jeunes sangs appauvris,
Qu'en voyant regermer tes blés gras, on oublie
Nos os qui végétaient pourris,

La chair plaquée après nos blouses en guenilles —
Fumier tout seul rassemblé...


Ne mangez pas ce pain, mères et jeunes filles!

L' ergot de mort est dans le blé.











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Tristan Corbière
(1845 - 1875)
 
  Tristan Corbière - Portrait  
 
Portrait de Tristan Corbière


Biographie / Œuvres

1845.