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Tristan Corbière

à mon cotre le négrier - Poéme


Poéme / Poémes d'Tristan Corbière





Allons file, mon cotre!
Adieu mon
Négrier.
Va, file aux mains d'un autre
Qui pourra te noyer...



Nous n'irons plus sur la vague lascive

Nous gîter en fringuant!
Plus nous n'irons à la molle dérive

Nous rouler en rêvant...


Adieu, rouleur de cotre,
Roule mon
Négrier,

Sous les pieds plats de l'autre
Que tu pourras noyer.

Va! nous n'irons plus rouler notre bosse...

Tu cascadais fourbu;
Les coups de mer arrosaient notre noce,

Dis : en avons-nous bu!...


Et va, noceur de cotre!
Noce, mon
Négrier!

Que sur ton pont se vautre
Un noceur perruquier.

...Et, tous les crins au vent, nos chaloupeuses !

Ces vierges à sabords!
Te patinant dans nos courses mousseuses!...

Ah! c'étaient les bons bords!...


Va, pourfendeur de lames,
Pourfendre, ô
Négrier!
L'estomac à des dames

Qui pairont leur loyer.

...Et sur le dos rapide de la houle,

Sur le roc au dos dur, À toc de toile allait ta coque soûle...


Mais toujours d'un œil sûr! —


Va te soûler, mon cotre : À crever!
Négrier.

Et montre bien à l'autre
Qu'on savait louvoyer.

...Il faisait beau quand nous mettions en panne,

Vent-dedans vent-dessus;
Comme on péchait!...
Va : je suis dans la panne

Où l'on ne pêche plus.


La mer jolie est belle

Et les brisans sont blancs...
Penché, trempe ton aile
Avec les goélands!...

Et cingle encor de ton fin mât-de-flèche,

Le ciel qui court au loin.
Va ! qu'en glissant, l'algue profonde lèche

Ton ventre de marsouin!


Va, sans moi, sans ton âme;
Et saille de l'avant!...

Plus ne battras ma flamme
Qui chicanait le vent.

Que la risée enfle encor ta
Fortune *

En bandant tes agrès ! —
Moi : plus d'agrès, de lest, ni de fortune...

Ni de risée après!

...Va-t'en, humant la brume
Sans moi, prendre le frais,
Sur la vague de plume...
Va —
Moi j'ai trop de frais. —

Légère encor est pour toi la rafale

Qui frisotte la mer!
Va... —
Pour moi seul, rafale, la rafale

Soulève un flot amer!...

Large voile de beau temps.


Dans ton âme de cotre,
Pense à ton matelot
Quand, d'un bord ou de l'autre,
Remontera le flot...


Tu peux encor échouer ta carène

Sur l'humide varech;.
Mais moi j'échoue aux côtes de la gêne,

Faute de fond — à sec —











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Tristan Corbière
(1845 - 1875)
 
  Tristan Corbière - Portrait  
 
Portrait de Tristan Corbière


Biographie / Œuvres

1845.