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Théophile Gautier

Buchers et tombeaux - Poéme


Poéme / Poémes d'Théophile Gautier





Le squelette était invisible
Aux temps heureux de l'Art païen ;
L'homme, sous la forme sensible,
Content du beau, ne cherchait rien.



Pas de cadavre sous la tombe,
Spectre hideux de l'être cher,
Comme d'un vêtement qui tombe
Se déshabillant de sa chair,



Et, quand la pierre se lézarde,
Parmi les épouvantements,
Montrant à l'œil qui s'y hasarde
Une armure d'ossements ;



Mais au feu du bûcher ravie
Une pincée entre les doigts,
Résidu léger de la vie,
Qu'enserrait l'urne aux flancs



Ce que le papillon de l'âme



Laisse de poussière après lui,
Et ce qui reste de la flamme
Sur le trépied, quand elle a lui !



Entre les fleurs et les acanthes,
Dans le marbre, joyeusement,
Amours, ajgipans et bacchantes
Dansaient autour du monument ;



Tout au plus un petit génie
Du pied éteignait un flambeau ;
Et l'Art versait son harmonie
Sur la tristesse du tombeau.



Les tombes étaient attrayantes :
Comme on fait d'un enfant qui dort,
D'images douces et riantes
La
Vie enveloppait la
Mort ;



La
Mort dissimulait sa face
Aux trous profonds, au nez camard.
Dont la hideur railleuse efface
Les chimères du cauchemar.



Le monstre sous la chair splendide
Cachait son fantôme inconnu.
Ht l'œil de la vierge candide
Allait au bel éphèbe nu.



Seulement pour pousser à boire.
Au banquet de
Trimalcion,
Une larve, joujou d'ivoire,
Faisait son apparition ;



Des dieux que l'Art toujours révère
Trônaient au ciel marmoréen.
Mais l'Olympe cède au
Calvaire,
Jupiter au
Nazaréen ;



Une voix dit : «
Pan est mort ! » —
L'ombre
S'étend. —
Comme sur un drap noir,
Sur la tristesse immense et sombre
Le blanc squelette se fait voir.



Il signe les pierres funèbres
De son paraphe de fémurs,
Pend son chapelet de vertèbres
Dans les charniers, le long des murs ;



Des cercueils lève le couvercle
Avec ses bras aux os pointus,
Dessine ses côtes en cercle
Et rit de son large rictus.



Il pousse à la danse macabre
L'empereur, le pape et le roi,
Et de son cheval qui se cabre
Jette bas le preux plein d'effroi.



Il entre chez la courtisane
Et fait des mines au miroir ;
Du malade il boit la tisane,
De l'avare ouvre le tiroir ;



Piquant l'attelage qui rue
Avec un os pour aiguillon.
Du laboureur à la charrue
Termine en fosse le sillon :



Et, parmi la foule priée,
Hôte inattendu, sous le banc.
Vole à la pâle mariée
Sa jarretière de ruban.



A chaque pas grossit la bande ;
Le jeune au vieux donne la main :
L'irrésistible sarabande
Met en branle le genre humain.



Le spectre en tête se déhanche.
Dansant et jouant du rebec.
Et sur fond noir, en couleur blanche,
Holbein l'esquisse d'un trait sec.



Quand le siècle devient frivole.
Il suit la mode : en tonnelet
Retrousse son linceul et vole.
Comme un
Cupidon de ballet,



Au tombeau-sofa des marquises
Qui reposent, lasses d'amour.
En des attitudes exquises,
Dans les chapelles
Pompadour.



Mais voile-toi, masque sans joues.
Comédien que le ver mord,
Depuis assez longtemps tu joues
Le mélodrame de la
Mort.



Reviens, reviens bel
Art antique.
De ton paros étincelant
Couvrir ce squelette gothique ;
Dévore-le, bûcher brûlant !



Si nous sommes une statue
Sculptée à l'image de
Dieu,
Quand cette image est abattue,
Jetons-en les débris au feu.



Toi, forme immortelle, remonte
Dans la flamme aux sources du
Beau,
Sans que ton argile ait la honte
Et les misères du tombeau !













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Théophile Gautier
(1811 - 1872)
 
  Théophile Gautier - Portrait  
 
Portrait de Théophile Gautier


Biographie

Théophile Gautier fait ses études aux lycées Louis-le-Grand et Charlemagne. Il se lie avec Gérard de Nerval, qui l'introduit dans les milieux littéraires. Optant pour la poésie, Gautier fonde le 'Petit Cénacle' en 1830 et publie son premier recueil de Poésies. En 1833, un recueil de contes 'Les Jeune-France' et la préface de son premier roman 'Mademoiselle de Maupin' (1835) dénoncent avec esprit e

Orientation bibliographique

Diverses notices me font naître à Tarbes, le 31 août 1808. Cela n'a rien d'important, mais la vérité est que je suis venu au monde où je devais faire tant de copie, le 31 août 1811... - Ses ascendants proviennent de tous les coins de France. Pierre-Julcs-Théophile aura deux sœurs cadettes qui ne le lâcheront plus jusqu'à sa mon. Son père étant nommé chef de bureau aux octrois de Paris en 1814, les