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Remy de Gourmont

Remy de Gourmont - Préface au Livre des masques (1896)


Poésie / Poémes d'Remy de Gourmont





Le Livre des masques est une série de portraits littéraires, chacun attaché à saisir une individualité singulière et irréductible à tout autre. Or, c 'estprécisément par «l'individualisme en art» que Remy de Gourmont définit ici le Symbolisme. On notera que cet individualisme est aussi l'expression d'un idéalisme qui fait du sujet le foyer de toute représentation - la thèse de Schopenhauer selon laquelle « le monde est ma représentation » se voyant ainsi interprétée par l'auteur de Sixtine dans le sens d'un subjectivisme absolu.





[...] Que veut dire Symbolisme? Si l'on s'en tient au sens étroit et étymologique, presque rien; si l'on passe outre, cela peut vouloir dire : individualisme en littérature, liberté de l'art, abandon des formules enseignées, tendance vers ce qui est nouveau, étrange et même bizarre ; cela peut vouloir dire aussi : idéalisme, dédain de l'anecdote sociale, antinaturalisme, tendance à ne prendre dans la vie que le détail caractéristique, à ne prêter attention qu'à l'acte par lequel un homme se distingue d'un autre homme, à ne vouloir réaliser que des résultats, que l'essentiel ; enfin, pour les poètes, le symbolisme semble lié au vers libre, c'est-à-dire démailloté, et dont le jeune corps peut s'ébattre à l'aise, sorti de l'embarras des langues et des liens. [...]



D'où est donc venue l'illusion que la symbolisation de l'idée était une nouveauté ? Voici.



Nous eûmes, en ces dernières années, un essai très sérieux de littérature basée sur le mépris de l'idée et le dédain du symbole. On en connaît la théorie, qui semble culinaire : Prenez une tranche de vie, etc. M. Zola, ayant inventé la recette, oublia de s'en servir. Ses « tranches de vie» sont de lourds poèmes d'un lyrisme fangeux et tumultueux, romantisme populaire, symbolisme démocratique, mais toujours plein d'une idée, toujours gros d'une signification allégorique, Germinal, la Mine, la Foule, la Grève. La révolte idéaliste ne se dressera donc pas contre les œuvres (à moins que contre les basses œuvreS) du naturalisme, mais contre sa théorie ou plutôt contre sa prétention ; revenant aux nécessités antérieures, éternelles, de l'art, les révoltés crurent affirmer des vérités nouvelles, et même surprenantes, en professant leur volonté de réintégrer l'idée dans la littérature ; ils ne faisaient que ranimer le flambeau ; ils allumèrent aussi, tout autour, beaucoup de petites chandelles.



Une vérité nouvelle, il y en a une, pourtant, qui est entrée récemment dans la littérature et dans l'art, c'est une vérité toute métaphysique et toute d'à priori (en apparencE), toute jeune, puisqu'elle n'a qu'un siècle, et vraiment neuve, puisqu'elle n'avait pas encore servi dans l'ordre esthétique. Cette vérité, évangélique et merveilleuse, libératrice et réno-vatrice, c'est le principe de l'idéalité du monde. Par rapport à l'homme sujet pensant, le monde, tout ce qui est extérieur au moi, n'existe que selon l'idée qu'il s'en fait. Nous ne connaissons que des phénomènes, nous ne raisonnons que sur des apparences ; toute vérité en soi nous échappe ; l'essence est inattaquable. C'est ce que Schopenhauer a vulgarisé sous cette forme si simple et si clair : le monde est ma représentation. Je ne vois pas ce qui est ; ce qui est, c'est ce que je vois. Autant d'hommes pensants, autant de mondes divers et peut-être différents. Cette doctrine, que Kant laissa en chemin pour se jeter au secours de la pensée naufragée, est si belle et si souple qu'on la transpose sans en froisser la libre logique de la théorie à la pratique, même la plus exigeante, principe universel d'émancipation de tout homme capable de comprendre. Elle n'a pas révolutionné que l'esthétique, mais ici il n'est question que d'esthétique. [...]

Le crime capital pour un écrivain c'est le conformisme, Pimitativité, la soumission aux règles et aux enseignements. L'œuvre d'un écrivain doit être non seulement le reflet, mais le reflet grossi de sa personnalité. La seule excuse qu'un homme ait d'écrire, c'est de s'écrire lui-même, de dévoiler aux autres la sorte de monde qui se mire en son milieu individuel ; sa seule excuse est d'être original ; il doit dire des choses non encore dites, et les formuler en une forme non encore formulée. Il doit se créer sa propre esthétique, - et nous devons admettre autant d'esthétiques qu'il y a d'esprits originaux et les juger d'après ce qu'elles sont et non d'après ce qu'elles ne sont pas.

Admettons donc que le symbolisme, c'est, même excessive, même intempestive, même prétentieuse, l'expression de l'individualité dans l'art.










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Remy de Gourmont
(1858 - 1915)
 
  Remy de Gourmont - Portrait  
 
Portrait de Remy de Gourmont


Biographie

Remy de Gourmonl est né le 4 avril 1858 à Bazoche-en-Houlmes (Orne).