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Raimon de Cornet

La «versa» - Poéme


Poéme / Poémes d'Raimon de Cornet




Puisque beaucoup de gens font des « vers »,

Je veux me distinguer d'eux :

Je ferai une « verse »,

Car ce monde est tant à rebours

Qu'il fait de l'endroit l'envers,

Et, tout ce qui est, le renverse.

Tout ce que je vois est tromperie :

Le père vend le fils

Et l'un dévore l'autre.

Le plus gros blé est mil ;

Le chameau est lapin ;

Le monde dedans et dehors

Est plus amer qu'aconit.



Je vois le pape faillir :

Il veut, riche, s'enrichir encore.

Et il ne veut pas voir les pauvres.

Il veut recueillir l'argent.

Et s'en fait joliment servir ;

En vêtements dorés il veut siéger ;

Et il est bon marchand.

Puisqu'il donne contre deniers

Evêchés à gens de sa maison ;

Il nous envoie des collecteurs,

Quêtant avec leurs lecteurs.



Qui donnent indulgence contre poids de blé.

Ou même en font directement somme en «pougeois »

Les cardinaux honorés

Sont préparés, selon

Ce qu'on dit. tout le jour,

Pour faire tôt un marché.

Si vous voulez un évêché

Ou une abbaye,

Et si vous leur donnez beaucoup d'argent,

Ils vous feront avoir

Chapeau vermeil ou crosse.

Avec fort peu de savoir

-
A tort ou dûment -

Vous aurez gros revenu.

Pourvu que donner peu ici ne nuise.

Des évêques le fait me plaît !

Es écorchent la peau

Aux prêtres qui ont de la rente.

Et ils leur vendent leur sceau

Sur un peu de papier ;

Dieu sait s'il y faut dédommagement !

Et ils font beaucoup plus de mal :

A un artisan

Ils font pour de l'argent une tonsure.

Tout cela est un mal public

En la cour « temporellel »

Car elle y perd sa droiture.

Et par-là l'Église empire.

À présent il y aura

Beaucoup plus de clercs, de prêtres, par ici,
Qu'il n'y a de bouviers.



Chacun rabaisse son pareill :

Ils sont bien instruits, je le sais,

Mais qu'il ne me faille jamais le dire !

Ils sont chacun en faute,

Car ils vendent les sacrements

Et surtout les messes.

Quand ils confessent les gens

Laïques, non coupables,

Ils leur donnent de grandes pénitences,

Mais non point aux « prêtresses ».

Les ordres religieux font semblant

De grande pénitence,

Mais pour sûr ils n'en font guère ;

Ils vivent deux fois mieux

Qu'ils ne faisaient auparavant.

En la maison de leur père

On vit mieux de mêmel.

Comme mendiants ils sont malhonnêtes

Et sous l'habit disposent la nasse.

Et beaucoup d'hommes pauvres

Se mettent dans un ordre

Parce qu'ils n'ont pas de revenu certain ;

Sous l'habit ils font magasin.

De faux médecins je vois, nombreux.

Qui font faire des sirops,

Liniments et médecines ;

Par-là ils volent leurs profits.

Je voudrais que chacun d'eux fût éclopé.

Parce qu'ils font de fausses prescriptions.

Les mauvais apothicaires

Sont consentants à la chose



Et vont par la voie tortueuse.
Tous sont si habiles
Qu'avec une nouvelle expérience
Ils font mourir beaucoup de gens
En dépit de la hart (qu'ils méritent).

Je vois de faux avocats

Qui plaident âprement

Pour fort petite chose.

Et ces libelles sans légalité

Prennent une apparence de droit.

De parler ils n'ont trêve.

Ils louent fort «plaider»

Et ne veulent point d'accord.

Mais au contraire qu'on en vienne à se quereller.

Tant d'hommes de haut rang sont morts

Parce que les avocats soutenaient la cause injuste.

Que je voudrais que se perdît cette engeance

Et que s'arrêtât leur langue.

Trop faussement agissent

-
Se parjurant et mentant -

Ces faux notaires-ci.

Pour tromper les gens

Ils font un long acte.

Afin qu'ils en aient grand salaire.

Si vous leur demandez des papiers,

Ils diront : «
Venez mercredi,

Parce que maintenant il ne m'est pas possible de chercher.
Pourtant si vous offrez
Cinq sous, ou six, ou dix,
Vous pouvez obtenir tout cela,
Pourvu que votre bourse se desserre.



Les clercs étudiants

Qui dissipent le gain

Que leur père gagne.

Eux, vont caressant les filles.

En suivant les rivières.

Sans se soucier à qui le blé manquera.

Car ils vont se promener et divertir,

Tandis qu'ils devraient repasser.

Ils apprennent l'escrime.

Mais ils ne savent ni lire ni chanter

A l'autel, non point;

Ni davantage dire l'office de prime,

Bien qu'ils aient le sommet de la tête rasé.

De tous les clercs il me fait peine :

Je les vois si pleins d'orgueil

Qu'on ne peut en dire du bien.

Je vois leurs méfaits à l'œil nu,

Mais je ne veux pas le dire.

J'ai assez dit sur eux mon opinion.

Je les trouve si mauvais, certes,

Qu'il me déplaît

Qu'ils lèvent les dîmes.

Dieu, qui fut percé de clous.

Les rende bons - si cela lui plaît -

Puisque je trouve, moi, tellement faux,

Ses mauvais vicaires.

Je vois le roi faillir:

Il a avec lui des gens sans loi,

Et c'est l'image de l'erreur.

Il est en faute davantage, je le vois,

Parce qu'il ne maintient pas. un an durant.

Exactement mesures et balances,



Et en faute parce qu'il veut lever
Des subsides et changer, À quelque moment, les monnaies ;
De la communauté il veut rompre

Et changer les coutumes ;

Il veut tellement tondre ses brebis

Qu'il ne leur laisse pas de poils.

Les trésoriers et les baillis,

Les juges et les mauvais sergents

Trompent tout le monde ;

Où qu'il soit, chacun d'eux

Vit de vol et ils volent

Le droit du seigneur.

Ils cherchent le mal tout le temps.

Ils ont ruiné de nombreuses maisons à tort,

Sans qu'elles eussent forfait.
Tous puent comme fumier,
Et, certes, tous ensemble
Ne valent pas deux dés ;
Je voudrais qu'ils fussent noyés.

Nous voyons parmi nous

La noblesse nécessiteuse.

Tellement qu'ils vendent leur terre

Et que s'accroît leur dépense.

Mais ils sont si orgueilleux
Que rien ne leur plaît que guerre.
Ils achètent avec emprunt
Et puis payent si malaisément
Qu'on prend leur bien en caution.
Nous voyons très facilement
Qu'ils déchoient fort vite.
Je ne connais dans la noblesse
Que mal et dommage.



Les marchands font l'usure,

Car ceux qui vendent un œuf,

Ils en veulent l'espoir d'autant.

Ils font de blé vieux blé nouveau.

Et du veau, un bœuf;

Et leurs fils font de la figue une poire.

Le faux marchand « boit » le pauvre.

Quand il lui doit

Et qu'il se plaint de l'usure.

Chaque jour le créancier prend sur son bien

Jusqu'au moment où il dit : «
Tout est à moi

Et l'étame et la trame. »

Alors le malheureux se lamente.

Les artisans ribauds

Sont si avisés pour le gain

Que, pour cela, ils falsifient leurs ouvrages.

Ils vendent si adroitement

Et élèvent le prix si haut

Qu'ils trouvent de larges bénéfices.

Ils vendent sans faire grâce.

Et disent : «
Par ma foi !

À un autre je ne le donnerais pas,

Même quand il payerait tout de suite. »

Ils vous conteront bien

Ce que le prix vous ferait gagner !

À ma volonté
Dieu s'en vengerait.

Il y en a, des hommes de peine.

Qui savent tant de tromperie

Que
Dieu veut que peu de bien leur reste.

Chacun vole chaque année

De la dîme peu ou beaucoup :



Il en recouvre sa semence.

Jamais vous ne verrez aucun

De ces habillés de gros drap brun

Sinon avec une langue bavarde,

Car ces «taille-commun », (vole-public).

Disent du mal de chacun.

Ce serait gent trop arrogante.

S'il n'y avait la pauvreté.

Ces pauvres mendiants

Vivent tous des riches

Et ne les aiment guère.

Mais assurément, je vous dis, moi,

Qu'ils sont si injustes

Que sans cesse ils les diffament.

Quand le riche éprouve du dommage.

Cela plaît fort au pauvre,

Et cela lui sert d'arme contre lui.
Ni pain ni vin, ni vêtement non plus,
Ces gens n'auraient point, par mon chef;
Mais ils sentiraient la pointe de la guisarme.
Si ce n'était pour mon âme.

Les jongleurs ont vite appris

Couplets, et aussi petits vers,

Chansons et « basses danses ».

Tout ce qu'ils disent est inexact,

Car ils ne font point attention :

C'est pourquoi ils font de grandes fautes.

Les jongleurs vivent de supercherie

Et sont de mauvaise conduite.

C'est l'Ennemi qui les gouverne :

Ils gagnent l'enfer.



L'été, et aussi l'hiver,
Vous n'en verrez pas un trio
Qui n'aillent pas à la taverne.

Des hôteliers j'ai mépris:

Si vous voulez un
Ut,

Ils voudront d'avance le paiement.

Ils volent le demi tarif payé ;

Ils y prendront grand plaisir,

Car, bien qu'ils en aient une bourse.

Si vous voulez pain et vin,

Mettez l'argent en main.

Aussitôt, à leurs domestiques ;

Alors vous en aurez de mauvaise qualité,

Plus cher que n'est le safran.

Pour un denier la valeur d'une maille :

Beaucoup leur plaît la gent sotte.

Regardez à fond

Tous les gens de ce monde :

En tous je trouve faute ;

Ce qui est du bas je le vois en haut :

Car l'un détruit l'autre ;

Chacun querelle tout le monde.

Celui qui est bien vêtu

Est partout accueilli.

Même s'il était un voleur ;

Et le malhabillé

Est le moins prisé,

Fût-il prédicateur,

Pape, ou empereur.



Je ne veux pas dire plus de mal,

Mais si l'on veut monter plus haut,

Sur le saint arbre de vie,

Que chacun s'efforce bien

De faire une bonne conclusion

Et une bonne fin.

Tous les mauvais seront bons

S'ils renoncent à la faute ;

Et que chacun se purifie ;

Et ainsi, que
Dieu me pardonne.

J'ai dit le mal pour être utile,

Afin que le méchant ne se fasse pas pire.

Et que le bon s'améliore.

Ah !
Reine des cieux,

Beaucoup plus douce que le miel,

Prépare-moi le paradis.

Dame, fais-nous fidèles,
Loyaux comme fut
Abel.
Le monde entier,
Dame, veille
En toi,
Rose vermeille.










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Raimon de Cornet
(1324 - 1340)
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