Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Philippe Jaccottet

L'effraie - Poéme


Poéme / Poémes d'Philippe Jaccottet





La nuit est une grande cité endormie

où le vent souffle...
Il est venu de loin jusqu'à

l'asile de ce lit.
C'est la minuit de juin.

Tu dors, on m'a mené sur ces bords infinis,

le vent secoue le noisetier.
Vient cet appel

qui se rapproche et se retire, on jurerait

une lueur fuyant à travers bois, ou bien

les ombres qui tournoient, dit-on, dans les enfers.

(Cet appel dans la nuit d'été, combien de choses

j'en pourrais dire, et de tes yeux...)
Mais ce n'est que

l'oiseau nommé l'effraie, qui nous appelle au fond

de ces bois de banlieue.
Et déjà notre odeur

est celle de la pourriture au petit jour,

déjà sous notre peau si chaude perce l'os,

tandis que sombrent les étoiles au coin des rues.



Tu es ici, l'oiseau du vent tournoie, toi ma douceur, ma blessure, mon bien.
De vieilles tours de lumière se noient et la tendresse entrouvre ses chemins.



La terre est maintenant notre patrie.
Nous avançons entre l'herbe et les eaux, de ce lavoir où nos baisers scintillent à cet espace où foudroiera la faux.



«
Où sommes-nous? »
Perdus dans le cœur de la paix.
Ici, plus rien ne parle que, sous notre peau, sous l'écorce et la boue,



avec sa force de taureau, le sang fuyant qui nous emmêle, et nous secoue comme ces cloches mûres sur les champs.



Comme je suis un étranger dans notre vie,

je ne parle qu'à toi avec d'étranges mots,

parce que tu seras peut-être ma patrie,

mon printemps, nid de paille et de pluie aux rameaux,



ma ruche d'eau qui tremble à la pointe du jour, ma naissante
Douceur-dans-la-nuit... (Mais c'est



l'heure que les corps heureux s'enfouissent dans leur amour avec des cris de joie, et une fille pleure



dans la cour froide.
Et toi?
Tu n'es pas dans la ville, tu ne marches pas à la rencontre des nuits, c'est l'heure où seul avec ces paroles faciles



je me souviens d'une bouche réelle...) ô fruits mûrs, source des chemins dorés, jardins de lierre, je ne parle qu'à toi, mon absent*, ma terre...



Je sais maintenant que je ne possè"de rien, pas même ce bel or qui est feuilles pourries, encore moins ces jours volant d'hier à demain à grands coups d'ailes vers une heureuse patrie.

Elle fut avec eux, l'émigrante fanée, la beauté faible, avec ses secrets décevants, vêtue de brume.
On l'aura sans doute emmenée ailleurs, par ces forêts pluvieuses.
Comme avant,

je me retrouve au seuil d'un hiver irréel

où chante le bouvreuil obstiné, seul appel

qui ne cesse pas, comme le lierre.
Mais qui peut dire

quel est son sens?
Je vois ma santé se réduire, pareille à ce feu bref au-devant du brouillard qu'un vent glacial avive, efface...
Il se fait tard.



Comme un homme qui se plairait dans la tristesse plutôt que de changer de ville ou bien d'errer, je m'entête à fouiller ces décombres, ces caisses, ces gravats sous lesquels le corps est enterré

que formèrent nos corps quand ils étaient serrés sur un lit de passage avec des cris de liesse. (C'est dans ce temps que notre ciel s'est éclairé, d'un astre sombre, et que j'eus bientôt mis en pièces...)

Ah! lâcher pour de bon ferraille, plâtre et planches!
Non, comme un chien je flaire un parfum répandu et gratte si profond qu'enfin j'aurai mon dû :

de tomber a mon tour en poussière bien blanche et de n'être plus rien qu'ossements vermoulus pour avoir trop cherché ce que j'avais perdu.



Sois tranquille, cela viendra!
Tu te rapproches, tu brûles!
Car le mot qui sera à la fin du poème, plus que le premier sera proche de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.



Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche la pire soif, la douce bouche avec ses cris



doux, même quand tu serres avec force le nœud de vos quatre bras pour être bien immobiles dans la brûlante obscurité de vos cheveux,



elle vient,
Dieu sait par quels détours, vers vous deux, de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille, elle vient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux.











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Philippe Jaccottet
(1925 - ?)
 
  Philippe Jaccottet - Portrait  
 
Portrait de Philippe Jaccottet


Biographie / Œuvres

L'oeuvre de Jaccottet puise son inspiration dans la contemplation du paysage de sa région. Son oeuvre se distingue notamment par le dépouillement et l'absence d'artifices. Son sujet préféré est l'étude de l'homme dans son milieu naturel. Son journal, publié dans « Les semaisons, carnets 1954-62 » (1984) et « La seconde semaison, carnets 1980-94 » (1996), montre son engagement permanent dans une co