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Philippe Delaveau

Le jardin - Poéme


Poéme / Poémes d'Philippe Delaveau





Redescends du vieux pommier qui t'a connu

Quand tu lui demandais de te conduire sur sa monture

Jusqu'à ses frères du verger, sur l'autre rive.

Laisse l'échelle près de l'œil des lucarnes

Qui rêvent sur le flanc crépi de la maison des vignes.

Tu demeurais longtemps parmi les livres roux d'images,

Les cartons à chapeaux hantés d'abeilles mortes.

Mon amie, je t'écris de
Brazzaville, je ne sais

Quand cette lettre arrivera.
Je la confie au missionnaire

Qui rentre pour soigner son cœur malade.
Que
Dieu

Te bénisse...
Réponds-moi, parle très longuement

De notre terre aimée, des fleurs que l'on arrose

À la tombée du jour.
Le ciel est-il, là-bas, couleur de vieux pastel

Et rose, au-dessus de la
Vienne, au crépuscule?

Tu aimais les romans, les livres inutiles, allongé

Sur le parquet blanchi par la poussière, tandis qu'entre les

poutres,
Les araignées filaient de minuscules cartulaires,
Espérant de saisir une étoile tombée.
Une abeille chargée du butin des bigognes
Heurtait dans la fournaise du grenier
Les vitres sales; tu l'aidais à s'enfuir,
Vers le jardin, plus bas, tes délices, le soir,



Lorsque les arrosoirs sur la terre extasiée

Jetaient leurs arabesques.
Le temps s'enfuit, le temps

Est mort comme les feuilles des terrasses.

Ainsi de l'été qui s'étire, le crépuscule

Atteste encore, comme au-dessus de
Troie dévastée,

Hantée de ronces, l'intangible bonheur

Que le songe rappelle, mais en vain.

Redescends, puisque des mains hostiles

Ont arraché la vigne sanglante d'automne,

Tronçonné les tilleuls sur les allées.

Et le cheval à l'horizon lève sa tête immuable

Au-dessous des vaisseaux qui tanguent sur la mer

Viens rejoindre la terre d'en bas, les trottoirs brunis par la

pluie,
La ville qui déploie l'emblème des rues, allonge un peu
Le bras, voici la gloire mais si proche.
Il suffit d'un désir
Et tu seras le maître.
Il s'éloigne sur la route qui brûle
De tous les crépuscules vainement assemblés.
Dimanche, cependant,
Remonte ruisselant des eaux, chaque semaine, sable engendré
De la rivière qui dresse l'or au milieu de l'herbage
D'une lettre sacrée, delta dont le sommet
Contemple l'abîme invisible.
Enée chemine, se souvient
Du jardin d'ombre, chaque soir.
La nuit
Verse le tombereau, l'oubli s'accroît sur le rivage.
Le vieillard ouvre ses mains si vaines, mais dimanche
S'en revient, que les merles saluent dans la clameur des cerisiers;
Le sable ruisselle, et tes journées s'achèvent, tu l'ignores.
Parfois, dans les recoins du ciel qui tremble
L'imperceptible étoile se découvre; tu ne fus jamais seul,
Le savais-tu?
La neige tombe sur les quais où oscillent
De vieux navires.
La rivière a gagné l'embouchure et se meurt
Dans la gloire des sables, mêlée de sources grises.



Lorsque tu parles du jardin, personne à la fenêtre close

Ne se rappelle ton passage.
Il n'y a plus de lampe sur la table.

Et les très douces mains ne se poseront plus, Énée,

Sur ton visage.

Nous ne reviendrons plus nous promener dans le jardin

Détruit.
Où êtes-vous, voix familières

De la saison têtue, arômes colportés par le vent?

Et nous marchions encore, espérant de fléchir

Le silence que veille
Aldébaran, la ténèbre

Que la nacelle de la nuit creuse d'un souffle.

Une constante vie, mais ce désir aussi qui n'est pas le désir.

Nous avons répondu à l'appel, fondé des empires fragiles

Dont les syllabes en suspens chancellent sur l'ocre de l'été;

L'appel encore a retenti, tout proche, dans les forêts obscures

Comme la plainte d'une biche près des étangs déserts.



II



Le guetteur descend du pommier solitaire.
Toute la nuit, il a lancé la ligne infructueuse,
Troublant l'aquarelle du jour et le pinceau des feuilles,

dant
L'aube frémit; la nuit s'éloigne au pas de ses chevaux,
Abandonnant quelques étoiles dans l'herbe dure.
Quelle aurore s'agite parmi les branches?
Le vigneron
Sitôt levé taille déjà le cep.
La musique tressaille
Dans la splendeur du hêtre rouge qui compte l'aune
Pour disposer déjà la nappe blanche.
Le soir
Le jardin fraîchira.
La lune observera
Semblable et muette, sa sœur obscure
Dans l'oeil du puits où goutte l'heure sainte.
Les crépuscules uniront leurs nacres et leurs feuilles,
Les temps auront mûri comme les fruits de l'arbre.



II



Lorsque la nuit voile son front d'érèbe.

Le guetteur se précipite en criant d'allégresse,

De l'arbre traversé d'aurore.
Et le jour

Hérisse de son feu les toitures nocturnes, le
Jour,

Lorsque la mort sera défaite et le jardin ouvert.

Alors peut-être souviens-toi des vergers que la nuit

Voulut même abolir pendant les temps d'orage;

Ils tremblent quand le vent se déguise en rivière,

Dans le consentement des branches qui n'ont rien refusé,

Pour que les fleurs se pâment sur son passage

Et que soit proféré le nom par quoi l'aube commence.











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Philippe Delaveau
(1950 - ?)
 
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