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Paul Valéry

Paul Valéry - Lettre à Mallarmé (18 avril 1891)


Poésie / Poémes d'Paul Valéry



La première lettre de Valéry à Mallarmé date d'octobre 1890 : Valéry, qui a alors 19 ans, s'y présentait comme «un jeune homme perdu au fond de sa province », et il y disait son admiration pour « la splendeur secrète » des œuvres de Mallarmé, devinée grâce à « de rares fragments, par hasard découverts en des revues». Le 18 avril 1891, une nouvelle lettre, reproduite ici, témoigne de la profonde imprégnation symboliste du jeune Valéry, qui formule, en quelques lignes, l'essentiel de la doctrine du symbole et de la poétique musicale chère aux symbolistes. Mallarmé répondra à cette lettre le 5 mai : « Oui, mon cher poète, il faut, pour concevoir la littérature, et qu 'elle ait une raison, aboutir à cette "haute symphonie " que nul ne fera peut-être; mais elle a hanté même les plus inconscients et ses traits principaux marquent, vulgaires ou subtils, toute œuvre écrite. »



La poésie m'apparaît comme une explication du Monde délicate et belle, contenue dans une musique singulière et continuelle. Tandis que l'art métaphysique voit l'Univers construit d'idées pures et absolues, la peinture, de couleurs, l'art poétique sera de le considérer vêtu de syllabes, organisé en phrases.

Considéré en sa splendeur nue et magique, le mot s'élève à la puissance élémentale d'une note, d'une couleur, d'un claveau de voûte. Le vers se manifeste comme un accord permettant l'introduction des deux modes, où l'épithète mystérieuse et sacrée, miroir des souterraines suggestions, est comme un accompagnement prononcé en sourdine.



Une dévotion toute particulière à Edgar Poe me conduit alors à donner pour royaume au Poète l'analogie. Il précise l'écho mystérieux des choses et leur secrète harmonie, aussi réelle, aussi certaine qu'un rapport mathématique à tous esprits artistiques, c'est-à-dire, et comme il sied, idéalistes violents...



Alors s'impose la conception suprême d'une haute symphonie, unissant le monde qui nous entoure au monde qui nous hante, construite selon une rigoureuse architectonique, arrêtant des types simplifiés sur fond d'or et d'azur, et libérant le poète du pesant secours des banales philosophies et des fausses tendresses et des descriptions inanimées...



L'Après-Midi d'un Faune est seule en France à réaliser cet idéal esthétique, et la perfection inouïe qu'elle exige démontre la disparition future des faux poètes exaspérés, et que leur médiocrité anéantit en quelque sorte mécaniquement.

Et voilà close cette confession que vous devez trouver ingénue et puérile...

Je pense ceci, j'ai écrit cela, où est la vérité ?... De nos jours, l'antique foi s'est dispersée entre des savants et des artistes.



L'on croit à son art comme à un éternel crucifié, on l'exalte, on le renie et dans les heures pâles et sanglantes, l'on cherche une bonne parole, un geste lumineux vers le futur et c'est ce que j'ai osé venir vous demander, cher Maître.

Là-haut, c'est la paix mystique des plaines, le calme immense ; des nuages s'élargissent sur le ciel triangulaire entre les montagnes, et leur fuite glisse sur des lacs oubliés.

Quelques figures blanches et mélancoliques paissent leurs souvenirs larges et purs, et courbent en les attirant vers leurs visages les hautes fleurs de nuances tendres dont les simples calices palpitent...


Paul Valéry
(1871 - 1945)
 
  Paul Valéry - Portrait  
 
Portrait de Paul Valéry
 

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