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Paul Neuhuys

Instants - Prose


Prose / Poémes d'Paul Neuhuys





Appréhendé sans système, au gré du hasard et de la fantaisie, le monde est à consommer tout de suite. Pas ou peu de rêverie sur la durée, dans cette œuvre, pas de mise en réserve, pas de maturation. Ce qui importe, c'est de découvrir à chaque fois du neuf dans la constellation des choses que l'on rencontre. Butiner, prendre la vie comme une promenade entièrement vouée au plaisir de la découverte, au surcroît d'éveil et d'enthousiasme que celle-ci apporte. L'ennemi, c'est l'enlisement, la repétition, le train-train. Le poète, qui sait trop bien que ..l'instant est rare où l'habitude/ne farde pas la réalité- (A.N.. 45), se devra donc de mettre pareil instant à l'honneur. Il sera celui qui est capable de «donner aux coulcurs/la clinquante acuité de l'actualité» (Ça n'a, 184), de chaque fois «ramener le temps en un instantané» (C.C, 236).



D'où une valorisation de tout ce qui soudain vient frapper le regard. Les formes nettes: «Sous son chapeau de paille Alice/ porte un nœud grand comme une hélice (...) La robe de Marguerite/est rayée comme une guérite» (A.N., 47); les couleurs éclatantes: «décor violemment colorie/un ibis rouge dans le micocoulier» (Z.H., 32): «du jaune citron au vert pomme/accès de colère d'un coloriste/futurologie de l'imaginaire/contre la décoloration de la vie» (O.. 193). D'où aussi une prédilection pour tout ce qui sera porteur d'un dynamisme instantané, du pétillant — «la divette du music hall/pétille comme l'eau minérale» (Z.H., 33) — à ce qui se rêve comme euphorique-ment explosif: « Un tigre en bondissant écrase un ananas/Pluie d'or» (Z.H., 30), «Ton geste léger fait sauter les maisons» (Z.H., 26), «Fleur iconoclaste/qui éclate en coloris criards» (C.A., 149).



De ces moments étincelants, de ces points lumineux de l'existence, une image comme celle de l'arbre de Noël cristallise fort bien la perception féerique. Autant de boules multicolores pour décorer le jeu de la vie. La place du beau sapin sera donc-tout naturellement «au centre de la ronde» (M.S.. 62) et l'esprit du poète lui-même, attentif à chacune de ces enjolivures, sera dit «orné comme un arbre de Noël» (C.S-. 20). Ne verra-t-on pas aussi tout un recueil placé sous cette mention emblématique? Ailleurs, il s'agira, motif identique, de «l'arbre où dansent des lampions» (A.N., 46). Ou bien l'image se dynamisera et changera de registre sensoriel; apparaîtra alors un «marronnier.



carrousel d'oiseau» (Z.H., 32) ou un «arbre boîte à musique» (A.N., 45). Ailleurs encore, ce ne sera plus dans l'arbre mais dans le ciel que surgiront, comme autant d'appâts, ces petites boules brillantes: «et dansez en rond les étoiles/Pipes de tir de l'au-delà» (M.S., 57).

Ce privilège de l'instant, on ne manquera pas également de le retrouver dans toute la thématique de l'amour que déploie la poésie de Neuhuys. Pas de passion romantique, pas de mise en valeur de la fidélité dans pareil royaume du carpe diem. «Tout fruit d'amour veut qu'on le cueille/en écartant fraîches les feuilles» (O., 200) et la qualité première d'une belle comme Anémone est que, «auprès d'elle, tout est nouveau» (J.O., 75). «Tentation d'une caresse brusque et inattendue/celle qui procure le maximum d'émotion» (C.C, 230) ... Les choses, au contraire, durent-elles trop longtemps qu'elles tournent mal: « Voici bientôt trois mois que dure notre amour/Tu juges que ce jeu chiffonne trop tes jupes» (C.S., 16).

Avec autant de sensualité que d'humour, le poète reviendra régulièrement sur les moments essentiels d'une quête amoureuse toujours ailleurs recommencée: éveil du désir («ô toi que j'entretiens de propos esthétiques/une locomotive de convoitise/ roule sur le rail parallèle/de nos regards» (Z.H., 30)), premiers gestes et caresses («je la conduisais au fond d'un parc discret,/et assis sur un banc/j'essayais ses réflexes» (M.S., 61)), initiation («ce soir-là. nous restâmes dans notre coin/à déchiffrer les «Leçons des Ténèbres» de Couperin» (J.O., 77)), sollicitation («Allons, petite, viens, tu sais bien qu'avec toi/je prendrais mon plaisir sur le faîte d'un toit» (D.l., 123)), accomplissement («il honore d'un chant de nacre/la joueuse d'ocarina» (J.O., 79)), dubitation ultérieure («En cueillant cette fleur avec tous ses caprices/m'y suis-je pris comme il fallait que je m'y prisse?» (C.A., 153)), éloignemcnt-rapprochement («L'amour oui, ça s'en va/mais aussi ça revient. /Qu'un jour ça ne boume plus,/ça biche le lendemain» (5., 170)). adieux («Maintenant qu'avec Annie/c'est une affaire finie» (O., 197)), questionnemenl («Acropole Capitole/que devient l'apôtre Paul?» (O., 197)), neuves explorations («Carte blanche carte verte/pour d'ultimes découvertes» (O., 197)).

Thématique reprise aussi, dans une gamme inépuisable de métaphores, par les évocations qu'Ulphysaulune sèmera tout au long de sa floralie (ou de sa «Floride»), de «madame la Giroflée, de toutes les fleurs «la plus dégrafée» (H.M., 90), au glaïeul qui apparaît «la dague au clair» (H.M., 92).

Les fleurs, ces belles éphémères . . Quoi d'étonnant d'ailleurs à ce qu'elles sollicitent tant le poète de l'instant et de la légèreté?

Mais c'est également la forme de cette poésie qui se trouve tributaire de la place capitale attribuée à l'instant. U faut saisir, nommer, qualifier aussi brièvement que suggestivement ce qui apparaît comme remarquable dans le défilé des impressions recueillies. «Pignocheur de colifichets» (A.P., 103), le poète est souvent semblable au cinéaste qui soudain "braque l'objectif sur une goutte de sueur» avant d'élargir brusquement son champ de vision pour y faire pénétrer «le docker Blekkcnteut et le nègre Zeddeganazot», lesquels «se disputent une belle néréide/Adélaïde Bron van Gcnot/guettcuse et débraguetteuse», tandis que trois lignes plus bas l'œil se sera déjà détourné vers le fleuve où «un yacht cingle vers les champs de nénuphars» (A.P., 108). De vers en vers, le cadrage se fait donc tout autre. «Poésie éclatante Poésie éclatée» (O., 201), dira Neuhuys. «La poésie oblige à ramasser son style (.. ,)/un style en mille morceaux» (/)./., 124).

Quasiment pas, dès lors, de recueils à l'agencement mûrement réfléchi (il y a bien cependant les quatre-vingt poèmes A'Octane qui sont distribués selon une certaine thématique exposée dans une courte introduction et le bref Carillon de Carcassonne qui évoque, en sept poèmes, comment «va la semaine aux amants qui se cherchent»), encore moins d'échos et de jeux de miroirs d'un texte à l'autre au sein d'un même livre, mais simplement des poèmes écrits de jour en jour et dont, à l'occasion, on fait un volume. Poèmes généralement assez courts, qui entendent refléter un «saisi sur le vif», quitte à sembler y perdre parfois en qualité ou en finition. «Un poème est plus intéressant pour moi sous sa forme inachevée», dira même Neuhuys, «il reflète ce qui me préoccupe à l'instant même» (Ça n'a., 183). (D'où aussi, dans cette poésie, une part de textes moins réussis, comme il en va souvent d'une part de la production d'un aquarelliste). On sera frappé également par une propension, au sein du poème, à la juxtaposition, à l'alignement des impressions retenues en une sorte de palmarès momentané (pour reprendre d'ailleurs un titre de Neuhuys (A.N., 47». Technique utilisée par exemple dans les nombreux textes — comme Palmarès, précisément — formés d'une succession de distiques aux liens sémantiques souvent très vagues: «Ce pigeon qui vole/dans l'air bénévole,/cet enfant qui dort/sur la paille d'or./Hiver sous son châle/Été sous son haie» (5.. 175).

De même, de multiples phrases nominales et infinitives ponctueront les poèmes de brèves notes et suggestions. «Baisers de velours, caresses de soie/et du fou rire dans la fourrure» (A.P., 116), «Pick-pocket opérant à la faveur des jeux olympiques» (C.S., 18), «Boire le thé/avec des jeunes filles de qualité» (Z.H., 32), «Tous les soirs, feu de Bengale/quand le soleil sombre à l'horizon» (A.N.. 38). Toute aussi grande sera la fréquence des énumérations, simples juxtapositions de mots: «guirlande, mirliton, cocarde» (Z.H., 23), «Friture, Tir, Parade» (A.N., 46), «Nuque, coude. gorge,/et la lune/dans un coupe-gorge» (M.S., 56), «chambellan, flabellum, carabine» (A.P., 107). Souvent d'ailleurs, une disposition typographique particulière attirera l'attention sur l'hiatus apporté par cette juxtaposition: «Plumes d'autruche Chagrins d'autrui» (M.S.. 60), «Carte maîtresse Carte détresse» (O., 207).

C'est qu'un seul mot. une seule expression peuvent suffire.













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Paul Neuhuys
(1897 - 1984)
 
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