Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Nicolas Gilbert

Le xviiie siècle - Poéme


Poéme / Poémes d'Nicolas Gilbert





Ne prétends plus,
Fréron, par tes savants efforts,
Détrôner le faux goût qui règne sur nos bords.
Depuis que nous pleurons l'innocence exilée :
Sous tes mâles écrits, vainement accablée,
On voit renaître encor l'hydre des sots rimeurs,
Et la chute des arts suit la perte des mœurs.
Un monstre dans
Paris croît et se fortifie,
Qui, paré du manteau de la philosophie,
Que dis-je ? de son nom faussement revêtu, Étouffe les talents et détruit la vertu.
L univers, si l'on croit ce novateur moderne,
Fils du hasard, n'a point de
Dieu qui le gouverne ;
La mort doit frapper l'âme, et, roi des animaux,
L'homme voit ses sujets devenir ses égaux.
Ce monstre toutefois n'a point un air farouche;
Toujours l'humanité respire sur sa bouche,
D'abord, des nations réformateur discret,
Il semait ses écrits à l'ombre du secret,
Errant, proscrit partout, mais souple en sa disgrâce ;
Bientôt, le sceptre en main, gouvernant le
Parnasse,
Ce tyran des beaux-arts, nouveau dieu des mortels.



De leurs dieux diffamés usurpa les autels ;
Et lorsque abandonnée à cette idolâtrie,
La
France qu'il corrompt touche à la barbarie,
Flatteur d'un siècle impur, son parti suborneur
Nous a fermé les yeux sur notre déshonneur.



«
Quoi ! votre muse en monstre érige la sagesse !
Vous blâmez ses enfants, et leur crédit vous blesse !
Je soupçonne, entre nous, que vous croyez en
Dieu :
N'allez point dans vos vers en consigner l'aveu ;
Craignez le ridicule, et respectez vos maîtres.
Croire en
Dieu fut un tort permis à nos ancêtres;
Mais dans notre âge !
Allons, il faut vous corriger. Éclairez-vous, jeune homme, au lieu de nous juger ;
Pensez; à votre
Dieu laissez venger sa cause :
Si vous saviez penser, vous feriez quelque chose.
Surtout point de satire ; oh ! c'est un genre affreux !
Eh ! qui put vous apprendre, écolier ténébreux.
Que des mœurs parmi nous la perte était certaine,
Que les beaux-arts couraient vers leur chute prochaine ?
Partout, même en
Russie, on vante nos auteurs.
Comme l'humanité règne dans tous les cœurs!
Vous ne lisez donc pas le
Mercure de
France ?
Il cite au moins par mois un trait de bienfaisance. »



Ainsi
Caritidès, ce poète penseur,
De la philosophie obligeant défenseur.
Conseille, par pitié, mon aveugle ignorance,
De nos arts, de nos mœurs garantit l'excellence ;
Et, sans plus de raisons, si je réplique un mot.
Pour prouver que j'ai tort, il me déclare un sot.

Mais de ces sages vains confondons l'imposture,
De leur règne fameux retraçons la peinture ;
Et que mes vers, enfants d'une noble candeur. Éclairent les
Français sur leur fausse grandeur.



Eh ! quel temps fut jamais en vices plus fertile?
Quel siècle d'ignorance en beaux faits plus stérile,
Que cet âge nommé siècle de la raison ?
Toute une populace, en style de sermon.
De longs écrits moraux nous ennuie avec zèle ;



Et l'on prêche les mœurs jusque dans la
Pucelle.
Je le sais ; mais, ami, nos modestes aïeux
Parlaient moins des vertus et les cultivaient mieux.
Quels demi-dieux enfin nos jours ont-ils vus naître ?
Ces
Français si vantés, peux-tu les reconnaître ?
Jadis peuple-héros, peuple-femme en nos jours,
La vertu qu'ils avaient n'est plus qu'en leurs discours.

Suis les pas de nos grands : énervés de mollesse,
Ils se traînent à peine, en leur vieille jeunesse,
Courbés avant le temps, consumés de langueur,
Enfants efféminés de pères sans vigueur;
Et cependant, nourris des leçons de nos sages,
Vous les voyez encore, amoureux et volages,
Chercher, la bourse en main, de beautés en beautés
La mort qui les attend au sein des voluptés ;
De leurs biens, prodigués pour d'infâmes caprices,
Enrichir nos
Phrynés, dont ils gagent les vices;
Tandis que l'honnête homme, à leur porte oublié,
N en peut même obtenir une avare pitié.
Demi-dieux avortés, qui, par droit de naissance,

Dans les camps, à la cour, régnent en espérance,
Que d'exploits leurs talents semblent nous présager!
Ceux-ci font avec art courir ce char léger
Que roule un seul coursier sur une double roue ;
Ceux-là, sur un théâtre où leur mémoire échoue,
Savent, non sans honneur, se jouer dans ces vers

Molière prophète exprima leurs travers;
Par d'autres, avec gloire, une paume lancée
Va, revient, tour à tour poussée et repoussée :
Sans doute c'est ainsi que
Turenne et
Villars
S'instruisaient dans la paix aux triomphes de
Mars.



La plupart, indigents au milieu des richesses,
Achètent l'abondance à force de bassesses.
Souvent à pleines mains d'Orval sème l'argent;
Parfois, faute de fonds, monseigneur est marchand.
Que dirai-je d'Arcas, quand sa tête blanchie.
En tremblant, sur son sein se penche appesantie ;
Quand son corps, vainement de parfums inondé,



Trahit les maux secrets dont il est obsédé ?
Scandalisant
Paris de ses vieilles tendresses,
Arcas, sultan goutteux, veut avoir vingt maîtresses ;
Mais, en fripon titré, pour payer leurs appas,
Arcas vend au public le crédit qu'il n'a pas.
Digne fils d'un tel père,
Iphis, chargé de dettes.
Met ses jeunes amours aux gages des coquettes :
Plus philosophe encor,
Lisimond ruiné Épouse un riche opprobre en épousant
Phryné.

Qui blâmerait ces nœuds ?
L'hymen n'est qu'une mode,
Un lien de fortune, un veuvage commode,
Où chaque époux, brûlé d'adultères désirs,
Vit, sous le même nom, libre dans ses plaisirs.










Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Nicolas Gilbert
(1750 - 1780)
 
  Nicolas Gilbert - Portrait  
 
Portrait de Nicolas Gilbert