Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Jules Verne

Madame c... - Poéme


Poéme / Poémes d'Jules Verne





.

O
Muse, je t'implore, — et poutant je puis craindre

Que ta voix se refuse à venir m'inspirer —

Et je ne voudrais pas — dieu le sait — te contraindre ;

Il ne faut aujourd'hui, ni rire, ni pleurer ;

C'est un monstre vivant que je vais ici peindre,

Afin que l'univers puisse enfin l'abhorrer !

.

O divine
Clio, la muse de l'histoire,

Oui, — c'est toi que j'appelle et prie au fond du cœur !


J'ai confiance en toi —
Qu'elle soit blanche ou noire,

Cette narration, ton accent est vainqueur ;

Les plus récalcitrants seront forcés de croire

Sa noirceur, si noire est, — si blanche, sa blancheur !

.

Je t'invoque aussi, toi, déesse
Cloacine !!
Le choix de mon sujet m'y pousse et détermine,
Car comme dit jadis l'esclave de
Lycus —
Brocanteur des beautés, — nommé
Syncerastus,
Dans une verte pièce où
Plaute turlupine,
Neque tam luteus, tam coeno conlitus !

.

Oh ! descendez sur moi —
S'il est vrai que l'on aime,
Alors que l'on est
Dieu, que l'on domine au ciel,

Que l'on règne sur l'onde, et qu'on commande même
Aux égouts, — s'il est vrai, dis-je, sur son autel
Que l'on désire voir — jouissance suprême !—
Immoler ceux que l'on chérit comme un soleil !

.

O
Déesses, à vous, je promets et je jure,


A
Clio, d'immoler d'un cœur saint, pur et franc,
Cet illustre
Monsieur, l'historien
Lefranc !


Puis, à toi,
Cloacine, à toi qui nous épure,
De tuer sur l'autel où finit la torture
Humaine, ce
D..., ton cousin odorant !

.

Nantes est la ville où le soleil a vu naître

Ce monstre que je vais, et de tout mon pouvoir —

Inspiré de
Clio —, vous faire bien connaître ;

Je veux que ce récit pour vous soit un miroir,

Et que l'original vous y puisse apparaître !

Que vous disiez — c'est lui — si vous pouvez le voir.

.

Donc, ce monstre naissait, — il est soixante quatre
Ans, à peu près —
Pourquoi quelque fort patagon
Ne s'est-il pas trouvé, quand naissait cet emplâtre,
Afin de l'assommer, le battre comme plâtre ! —
Oui, sa mère eut l'envie infâme d'un dragon,
Etant enceinte, — ou de vinaigre à l'estragon !

.

Bref, pas de patagon — et comme à l'ordinaire

L'enfant poussa, grandit : comme pousse un enfant,


Apprit son oraison, et son abécédaire —

Il ne se passa rien de grave, important —

Il vivait, il faisait tout ce que l'on voit faire

Aux petits, — ceux de l'homme et ceux de l'éléphant.

Mais son sexe ? —
Quel est-il ?
Vous oubliez son sexe,
Me direz-vous ? —
Son sexe, est-il blanc, est-il noir ?
Car nous ne pourrons pas pour lui nous émouvoir,
Si nous l'ignorons ! —
Ah ! qu'un accent circonflexe
S'oublie ! eh bien ! mon dieu ! quelqu'instant, cela vexe !
Et c'est tout, — mais le sexe, il faut bien le savoir !

.

Son sexe ! son... ah ! diable ! — au fond d'un précipice,

Vous me précipitez ! —
Si ma belle lectrice

Y tient, je serais dans la désolation

De lui refuser, — mais me rendre à son caprice,

C'est vraiment me mettre en fausse position !


Et c'est se jeter dans la gueule du lion ! —

u.

Car, si je le disais, je ne serais qu'un pleutre,


Un homme sans aveu, sans honneur et sans foi !


Indigne de porter aucun chapeau de feutre,


De faire un député — de servir sous un roi. —
Je tairai son sexe, — il n'est pas de bon aloi —

Et puis monstrum, un monstre, en latin est du neutre !

.

Avec l'âge, il gagnait en vices, en hauteur ;
Et la méchanceté, la cousine du crime,
Egala, surpassa de sa vile laideur
Tout ce qu'on peut voir de plus jésuitissime,


Et son esprit hideux, contrefait, cacochyme,
N'inspira bientôt que le dégoût et l'horreur !

.

Je vous dis maintenant que c'était une femme ! —
J'aurai le cœur plus net —J'en demande pardon,
Mais l'histoire avant tout —
Quoique de la belle âme,


De l'âme avec laquelle une vierge s'enflamme,

Le ciel lui fit hélas ! l'hétéroclite don,

Près du sexe, elle était comme un croquelardon !

.

Dieu fait bien ce qu'il fait, dit le bon
La
Fontaine —
Sans scruter la grandeur de ses vastes desseins,
Dit la religion — courbons-nous sous ses mains
Bienfaisantes —
Demandez ce qu'il fait qu'il amène
Le melon sur la terre et le gland sur le chêne !


Sans raisonner, dormons sur nos doux traversins.

.

Peste ! — sans raisonner ! —
Contre ce je proteste —
Pourquoi vouloir en nous éteindre le flambeau
De la raison ? — au fond de la nuit du tombeau,
Enterrer notre esprit ! —
Ce serait indigeste !


Vraiment, parbleu ! sambleu ! vous me le donnez beau !
Et je redis encore comme en commençant : —
Peste !

.

Dieu fait bien ce qu'il fait ! —
La femme parmi nous
Est le but vers lequel notre amour, notre vie,
Doivent toujours tourner leurs efforts ! — à genoux
La femme — ange du ciel — devrait être suivie —
Notre âme à sa bonté devrait être ravie
Et près d'elle, mourir serait un sort trop doux.

.

Dieu fait bien ce qu'il fait ! — alors que sa main donne
Au monstre dont l'âme est plus noire que le corps,
L'habit du sexe qui de douceur se couronne !


La femme devient ange à force d'être bonne !


Lui, lui ! n'a plus pour cœur qu'un morceau de

[remords !


Oui ! par instants, le ciel peut avoir quelques torts !

.

Enfin, elle était femme — il faut la prendre telle ! -
A sa naissance, si quelque soleil a lui,

Qu'il rougisse à présent ! — qu'un instant il se cèle !


Mais non — il reste —
Dieu se rit de notre ennui !


Continuons l'histoire authentique et fidèle


Sans lui — de ce monstrum, horrendum, ingens

fcui... !

.

Elle grandit — d'enfant laid, — elle devint fille —
De fille, demoiselle — et puis — je n'en sais rien !
Où peut-elle arriver ? — bah ! de fil en aiguille,


Elle devient madame — et dans le beau lien
De l'hymen, se prend les pieds — elle s'entortille,


Passe à l'état d'un meuble avec un paroissien !

.

C'était un bien digne homme — et je ne puis comprendre
Comment il se greffa sur un tel églantier !


Ce fut un bon mari — c'est justice lui rendre —
J'aurais aimé bien mieux au haut d'un châtaignier,

Un beau dimanche, après la grand-messe — me pendre,
Me faire décrotteur dans la maison
Fourrier —

.

Que de l'épouser !
Bien — de ce tendre ménage,
De ce barroque ! hymen, — de ce triste greffage,


Pas de fruits que je sache — et j'en suis très certain !


Le mari se montra-t-il à ce point si sage ?


Je le concevrais — à moins d'être sacristain,
Je n'aurais pas voulu même baiser sa main !

.

Du reste — c'est heureux ! —
Car de cette mégère,
Les enfants, sans aucun doute, auraient hérité !


Ils en auraient reçu ce charmant caractère
Tout plein de ridicule et de grossièreté !
C'est heureux ! très heureux ! — qu'on juge par la mère
Ce qu'aurait été, grand
Dieu ! sa postérité !

Cette femme — elle était bigote, mais bigote,
Qu'elle usait par an n deux chaises, un escabeau !
Qu'elle eût vendu jusqu'à son dernier chicot,
Pour sa place à l'Eglise ; — et même la culotte
De son pauvre mari —
Elle l'eût fait capot ! —
Dieu vous sauve à jamais de pareille dévote !

.

Et son curé ! — vraiment, c'est l'enfant adoré !


Quel homme ! —
N'est-ce pas ? — c'est un homme

[céleste !


Et quel esprit lettré ! — pourtant qu'il est modeste —
Douce âme ! — bon pasteur ! —
Son sermon a duré
Trois heures ! — c'était beau — quel sermon ! sur

[l'inceste !


Curé par-ci, curé par-là ! — que de curé !

.

Ses amis — jugez-en — la disaient bonne, fine,
Superfine — grand dieu ! — lui trouvaient — quelle

[horreur !

De l'esprit ! —
Son mari n'était point
Jean
Farine —
Au contraire ! — en bons mots il avait du bonheur —
C'était spirituel —
Sa femme à la sourdine
Les prenait, s'en parait sans reproche et sans peur !

.

Dans ces habits de paon — sans qu'on en fît justice —
Elle se pavanait — mais sa société — faut le dire — était d'une stupidité
Désespérante — près de cette usurpatrice —
Ses amis devaient bien avoir la jaunisse, —
Sachant seulement dire un bénédicité !

.

Oui — ces amitiés-là — que trop souvent l'on trouve,
Sont des liens bâtards, ne donnant que des fruits

Illégitimes — que l'homme d'honneur réprouve !


Machine à calomnie, et semblable à la louve,
Cette société mord, voilà ses produits !

.

Bien instruits à cet art si pervers — si subtile u —

Elèves assidus de l'assassin
Bazyle,

Du monstre les amis, vivement stimulés,

Pour ce métier affreux secrètement zélés,

Lançaient leurs traits mortels — paroles d'Evangile —


Car de la religion, ils s'étaient affublés.

.

Considérez un peu — ce qu'est l'hypocrisie, —

Sans cesse se masquant de la religion,

Et toujours vous parlant de bonne orthodoxie


De versets, orémus, patenôtres farcie —
Sa main administrant la bénédiction

Tue au même moment la réputation !

.

Tels étaient ses amis — et par eux — quoique telle —
Cette femme passait pour très spirituelle —


Nous pouvons remarquer que la méchanceté —
Prise d'un point de vue et d'un certain côté
Apparaît sous l'aspect d'une vive étincelle —

Et de l'esprit pourtant — c'est l'imbécillité !

.

Puis ce monstre : — de plus — était maître d'école !


Universelle femme — universelle folle —
On eût dû la loger au fond d'un hôpital,


Au second au-dessous de l'entresol, parole
D'honneur ! — pour enterrer dans le tombeau claustral
Son humeur de tigre — et son esprit de chacal.

.

Elle allait ramassant un tas de mendiantes —
Les enfournait au fond de ses salles méchantes -

Les bourrait d'ignorance — et de futilité ! —
Faisait ses filles de ces pauvres innocentes —
Pour elles rédigeait avec habileté
Les principes pervers de la méchanceté.

.

Allez ! ce n'est pas tout — il fallait voir pour croire —


Avec son bonnet blanc, sa robe informe et noire,


Et ses brins de cheveux comme des repentirs
Qui s'envolaient au vent de ses jaunes soupirs,


Alors qu'en sa fureur, se jetant sur l'histoire —
Elle invoquait, priait au ciel les rois martyrs !

.

Plus ignorante en tout — qu'un bon séminariste,


Qui d'un grand sérieux est vraiment avariste —
Faisant toujours moins de besogne que de bruit


Plus sale, j'en suis sûr — qu'un sale chianlit —
Cette femme — elle était
Royaliste —
Carliste —
C'était un monstre fou —
Ne l'avais-je pas dit ?

.

Oh ! je la vois encor dans sa belle colère,


Alors que l'on disait comme un fait très certain
Que — sans qu'on sût comment — de l'Henri
Cinq la

[mèrelf

Avait fait un enfant ! — (comme au pauvre
Vulcain
Vénus en fit jadis) — qui n'avait pas de père
Connu — non pas plus de père que sur ma main !

.

Dieu ! qu'elle se fâcha ! —
Ses lèvres dégoûtantes
Déversaient sur son sein ses fureurs écumantes —
Ses dents — affreux chicots — paraissaient s'envoler —
Ses cheveux hérissés semblaient s'entortiller —
Comme des serpents gris —
Ses prunelles bouillantes
S'injectaient d'un sang noir —
Cela faisait trembler

D'horreur ! —
Elle adorait cette fille publique

Qu'on nommait la
Berry — voulait baiser ses pas —

En prenait le parti — traitant de diabolique

Tout ce qu'on disait d'elle ! —
Entre nous — et tout bas —

Certes, elle aurait couché — la duchesse impudique —

Pour avoir une armée — avec tous les soldats !

.

Revenons à la dame — avant qu'une ouvrière
De je ne sais plus où — dans l'anneau de
Cypris
Eût lié l'Henri
Cinq — malgré ses cheveux gris —
Plutôt que de laisser cette race éphémère
Sans enfants — notre dame eût essayé d'en faire
Au prince — plutôt qu'un — même d'en faire dix !!

.

Mais il n'est plus besoin —
Qu'ils s'arrangent ensemble
Sa femme et lui —
Pour nous ; revenons — il me semble
Que ce n'est pas tout —
Son mari mourut enfin —
Je l'enverrais — bien sûr — au ciel sans examen —
Car sur terre — il trouva, — voulant se mettre à l'amble
De sa femme — un enfer tout le long du chemin !

.

Sa femme, consolée, a repris ses bastilles —
Et de là — bombardant de ses récits menteurs
Ceux qu'elle peut atteindre, — au milieu des familles,
Elle porte le trouble — et lance les malheurs —
Elle fait grands péchés les moindres pécadilles l —
Et prépare en riant ses traits diffamateurs. —

.

Elle vit — elie vit — et porte une couronne
D'immondices, d'horreurs — avec noble fierté —
Elle se tient debout — ainsi qu'une colonne —
Pour montrer de plus loin son inhumanité -

Et ses amis, — pourtant — disent : (Dieu leur

[pardonne ! —)
Qu'elle doit mourir en odeur de sainteté !

.

Qu'on grave sur sa tombe : ici gît : femme — sotte —
Méchante — corruptrice — excentrique bigote —
Vile — menteuse — laide — au cœur loin de la main —
Immonde — détruisant l'honneur de son prochain —
Carliste jusqu'aux os — diabolique — idiote — ...
Arrêtons-nous ici —J'irais jusqu'à demain !! —











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Jules Verne
(1828 - 1905)
 
  Jules Verne - Portrait  
 
Portrait de Jules Verne


Biographie / Œuvres

Jules Verne naquit à Nantes le 8 février 1828. Son père, Pierre Verne, fils d'un magistrat de Provins, s'était rendu acquéreur en 1825 d'une étude d'avoué et avait épousé en 1827 Sophie Allotte de la Füye, d'une famille nantaise aisée qui comptait des navigateurs et des armateurs. Jules Verne eut un frère : Paul (1829 - 1897) et trois soeurs : Anna, Mathilde et Marie. À six ans, il prend ses premi

Chronologie

LA VIE ET L'OEUVRE DE JULES VERNE