Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Jules Supervielle

La piste - Poéme


Poéme / Poémes d'Jules Supervielle





La piste que mangent des foulées et des trous,

que tord la sécheresse harassée d'elle-même,

va, hésite de toute sa largeur où cinquante bœufs

peuvent avancer de front, et son souffle est coupé par mille crevasses comme par des hoquets, elle engendre des sentiers vite étouffés de chardons

et de ronces puis follement pique un cent mètres et s'arrête un instant devant une flaque tarie ou naguère elle buvait un peu de ciel et du courage.

Passe une tartane traversée par le vent,
Chevaux, harnachements, et les sombres gauchos, traversés par le vent comme s'ils n'étaient plus depuis longtemps de ce

monde.
De chaque côté de la piste la pampa tire à soi sa maigre couverture desséchée

et reprend encore une fois sa tâche de ménagère obligée de nourrir l'innombrable famille

des vaches aux flancs pointus

avec des chardons morts et de l'herbe posthume.



Nous sommes là tous deux comme devant la mer sous l'avance saline des souvenirs.

De ton chapeau aérien à tes talons presque pointus

tu es légère et parcourue

comme si les oiseaux striés par la lumière de ta patrie

remontaient le courant de tes rêves.

Tu voudrais jeter des ponts de soleil entre des pays

que séparent les océans et les climats, et qui s'ignoreront toujours.
Les soirs de
Montevideo ne seront pas couronnés de

célestes roses pyrénéennes, les monts de
Janeiro toujours brûlants et jamais

consumés ne pâliront point sous les doigts délicats

de la neige française, et tu ne pourras entendre, si ce n'est en ton cœur,

la marée des avoines argentines, ni former un seul amour avec tous ces amours qui

échelonnent ton âme, et dont les mille fumées ne s'uniront jamais dans

la torsade d'une seule fumée.



Que tes paupières rapides se résignent, ô désespérée

de l'espace!
Ne t'afflige point, toi dont le tourment ne remonte

pas comme le mien, jusqu'aux âges qui tremblent

derrière les horizons, tu ne sais pas ce qu'est une vague morte depuis

trois mille ans, et qui renaît en moi pour périr

encore, ni l'alouette immobile depuis plusieurs décades qui

devient en moi une alouette toute neuve, avec un cœur rapide, rapide, pressé d'en finir, ne t'afflige point, toi qui vois en la nuit une amie

qu'émerveille ton sourire aiguisé par la chute

du jour, la nuit armée d'étoiles innombrables et grouillante

de siècles, qui me force pour en mesurer la violence, a renverser la tête en arrière comme font les morts, mon amie, comme font les morts.











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Jules Supervielle
(1884 - 1960)
 
  Jules Supervielle - Portrait  
 
Portrait de Jules Supervielle


Biographie / Œuvres

Ses parents, français, se sont expatriés en Uruguay pour fonder une banque. De retour en France pour des vacances, l'année même de la naissance de Jules, il meurent tous les deux : il devait y avoir quelque chose dans l'eau du robinet… C'est son oncle et sa tante qui l'élèvent et qui s'occupent de la banque en Uruguay.
Ce n'est qu'à l'âge de 9 ans qu'il apprend qu'il est adopté.

Chronologie

De 1880 à 1883 : Bernard, oncle du poète, fonde en Uruguay une banque avec sa femme Marie-Anne. Cette entreprise devient rapidement familiale : Bernard demande à son frère Jules, père du poète, de venir le rejoindre en Uruguay. Jules fait du trio un parfait quatuor en épousant sa propre belle-soeur, Marie, soeur de Marie-Anne et mère du poète.