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Jean Sénac

Les leçons d'edgard - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean Sénac





(extraits)



Simplement un instant pouvoir poser ma tête Sur ton cœur et penser que tout n'est pas si sain, Et me réconciliant avec des joies honnêtes, Oublier que l'amour trompe plus que le vin.



Approcher lentement mon désir de tes lèvres, Les effleurer, garder ton haleine sur moi, Agrandir ta pupille au-delà de la fièvre Et que ton oeil si grand soudain paraisse étroit.



Tu fuis, ta gentillesse est nerveuse et complice De mon geste qui donne à ta peau son éclat. Tous les ruisseaux du Sud ont couru sur tes cuisses Et l'ongle de la mer a lacéré tes bras.



Poulain des sables francs, tu mords et tu rutiles, Tu gambades, naïf aux rires de copeaux, Ton corps est ce long golfe où ma raison s'exile, O toi qui ris lorsque je dis que tu es beau !



L'aube va se lever avec ses coups de pioche, Chacun de son côté s'enchaîne à son travail. Mais moi je porterai ton regard d'eau de roche, Et toi, garderas-tu ma main sous ton chandail ?



Tu reviens de la mer avec des cicatrices Au genou. Saoul de sel et de soleil tu fonds. Après cette journée d'absence ta voix crisse, Ton visage m'échappe et gagne les grands fonds.



Dans le car tu mettais ta tête sur les cuisses

D'une fille légère. Oh, ne raconte plus

Ces histoires d'enfant que les Grâces ravissent !

Je suis jaloux. Tes mots dans mon cœur font du pus.



Cybèle pour Atys brûlait d'un feu néfaste. Ainsi l'amour connaît la misère et le faste, L'âme quitte les bords où fleurit le lilas.



J'essaie de retenir une mémoire verte. J'étouffe tes rumeurs, ô monstre, dans mes bras Et je m'égare au point de désirer ta perte !



Je crois te retenir immobile. Tu dors. Je marche émerveillé dans les jours de la face. Je dénombre les lieux où bientôt la grimace Viendra nous rappeler la misère et la mon.



Je souffre. Je voudrais qu'un instant tout s'arrête. Que ce sommeil de loup soit ta cire et ton vol, Que rien ne se délie, et des cheveux au col. Que plus jamais ne bouge un trait de cette tête.



Nous sommes sans répit de seconde en seconde Un homme différent dont l'honneur s'amollit,



Étranger au suivant, un horizon sans lit. Notre nom seul échappe à cette obscure ronde.



Ainsi demain déjà le pli de tes narines Aura tourné, ta joue aura bosses ou creux.

Imperceptiblement le temps refait nos yeux. En te mieux connaissant, tout cela je devine.



Oh non ! Pouvoir ici fixer ta force intacte

D'un geste ! Il suffirait d'un artiste assassin

Pour arrêter le cours féroce et les essaims

De Dieu qui font leur miel avec nos moindres actes.



Je n'ai pu demeurer loin de toi pour ta fête. Avant-hier je t'ai dit : «Adieu. Séparons-nous. Mon amour est trop grand. Ce n'est qu'une amusette Pour toi, je le sens bien quoique mon cœur soit fou. »



J'ai pleuré, j'ai traîné deux nuits mon imposture En suppliant le ciel de casser ma fureur. Ta gentillesse au fond de ma détresse dure. Mon oreille n'entend qu'un nom, qu'une rumeur.



« C'est fini ? Au revoir ! » Désinvolte, tu siffles. Ta richesse m'accable et ta gaieté me gifle. Dans l'exil des néons ton ombre me soutient.



Capricieux amour ! Sans que tu m'aperçoives Je te mange des yeux, te souhaite du bien, Tandis qu'avec tes compagnons tu fais le zouave.











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Jean Sénac
(1926 - 1973)
 
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