Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Jean Orizet

L'homme et ses masques - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean Orizet





L'homme et son cheval aimaient à galoper dans les forêts, l'hiver surtout.
Jamais ils ne se perdaient, même en terrain peu familier: le givre et la neige gardaient trace de leur course, comme les arbres noirs, dont les brindilles basses étaient brisées au passage.

Quelquefois, ils rencontraient la mort, qui, elle, était perdue mais ne le savait pas.

Il arrivait alors qu'ils lui fissent un brin de conduite, jusqu'à une clairière où le soleil agonisait.



Entre l'heure d'hiver et d'été

une horloge hésite,

comme entre quartz et ressort.

Elle choisira l'oubli acceptera l'exil des sabliers et des clepsydres, là où le temps n'est visible que si on le nourrit.



Sur une cheminée de faux marbre

une pendule arrêtée

se reflète

dans un miroir sans tain

qui renvoie en négatif

à l'homme

l'image faussée

du voyeur.



Et la terre, de peur, engloutit des maisons; et la mer, de colère, avale des bateaux; et le ciel, de tristesse, fait pleurer des orages sur l'écume de nos échecs.



Entre orage et azur, une réalité nette et huilée: murs pour soutenir les maisons, fenêtres pour les éclairer, ascenseurs amoureux de leur cage.

Monde au mouvement d'horloger mais à l'incertaine météorologie.
Ses fissures sont des cheveux d'ange et sa mort sourit aux objectifs après chaque grand séisme.



Dieu ayant inventé l'oiseau,

l'homme inventa la cage.

Dieu ayant inventé l'envol,

l'homme inventa la chute.

Dieu ayant inventé le ciel,

l'homme inventa la terre

et sa banlieue, l'enfer,

avec ses pavillons de briques flammées

où les oiseaux sont rôtis au four

chaque dimanche d'Apocalypse.



Blaireau, savon à barbe, peigne,

allumette pour la première bouffée,

verre pour le premier coup de blanc,

journal à l'encre humide

sont les petits coups de canif matinaux

qui tailladent le visage de l'homme

en route vers l'usine et le bureau

avec sa moisson de cicatrices poussiéreuses.



La foule était rassemblée devant le tribunal pour demander la tête du gendarme meurtrier.
Le président consentit à donner le képi.



Homme

au regard masqué

d'un fruit défendu.

Paradis

ôté par surprise.

Nul

n'entend le bruit de la chute.



Quand les arbres seront en briques et les maisons en feuilles, la nuit sera liquide comme la mer et nous dormirons dans des nids qui auront pris la place des étoiles ; les oiseaux, eux, travailleront dans les banques, avec les bûcherons.



Ils ne s'aiment pas pour leur beauté

qui est masquée.
Ils ne s'aiment pas pour les mots échangés:

le silence est de règle.
Ils ne s'aiment pas pour les enfants

qu'ils refusent d'avoir.
Ils s'aiment contre la mort

quand elle tire par la manche.



A force de marcher à l'aveuglette l'homme s'invente des voies de garage au fond desquelles rouillent de vieux destins rédigés en latin.



Ce feu qu'il portait en lui,

venait-il d'Apollon

ou de la boîte d'allumettes?

Cette clé, dans sa poche,

servait-elle à ouvrir des horizons

ou à se fermer l'avenir?

Il perdit la boîte et la clé.

Dans son restaurant habituel,

la serveuse lançait, à l'intention de la cuisine:

«
Et un foie bien cuit pour
M.
Prométhée,

un! »



«
De l'azur ou des canons » avait-on proposé à

l'homme qui partait pour la guerre.

Innocent, il choisit l'azur, où sa tête vole encore

sur les traces d'un boulet (version
XVIIIe siècle),

d'un obus (version
XIXe siècle).

d'une fusée (version
XXe siècle).

... satelbte et décervelé.



Mortelles nuits

des métropoles

Couteaux du long sommeil,

pistolets du rêve éternel,

Nirvanas définitifs de l'overdose,

rassemblés

à l'appel strident des sirènes.



De loin

on vit venir les planètes.

Elles sonnaient comme grelots

sur le collier d'un chien.

Les télescopes devinrent leurs amis

et les ordinateurs apprirent

à leur faire la cour,

malgré la méfiance

de l'homme.



Les droits de l'homme ont échoué

dans l'âme d'un canon et l'obus qui les emporte ne sait toujours pas lire.



Sur un cerisier

un oiseau

fait le tour du monde.

Sur le même cerisier,

un poète

fait le tour du temps.



Assis sur leurs chaises

devant les maisons,

les vieillards attendent la mort

en rêvant, sans trop y croire,

qu'elle aura le visage

d'une sirène au corps de jade.

Ils la salueront

en soulevant leur casquette,

avant de lui tendre une main noueuse.

Le soir, les enfants des vieillards

trouvent un peu de sable

sur les chaises vides.



L'eau des yeux de son chat coule à la même profondeur que les prairies de sa poitrine où nul animal n'a vécu

Quand monte un impossible accord entre la cage et la savane il referme d'un coup ses bras sur le fauve déjà gagné à l'étroite civilisation



Quand les hommes

seront devenus des arbres,

les avions des oiseaux,

et les désirs des monuments,

la terre,

ne pouvant plus exploser,

saura bien résister

au choc des autres planètes.



Le vrai visage du gangster

qui attaque une banque

est-il derrière ou devant le masque?

Le vrai visage de l'argent qu'on lui remet sous la menace, est-il derrière les portes du coffre, ou devant?



Ici, on jette le pain par les fenêtres.
Là-bas, ils meurent de faim.

Ici, on jette les voitures contre les arbres.
Là-bas, ils marchent pieds nus dans la poussière.

Ici, on jette des regards d'envie sur la maison du

voisin.

Là-bas, ils n'ont pas de maison.



Le temps était menaçant,

Fantômas aussi.

Il y avait des meurtres

déguisés en suicides,

des rapts maquillés en fugues,

des tortures arrangées

en accidents,

de faux employés du gaz,

de vraies explosions de haine,

des guerres mises à tiédir

à côté de foyers d'insurrection.

Il y avait l'homme

et ses masques.



L'homme est peuplé de qui le connaissent depuis l'enfance.



Maintenant que les portes

n'ont plus de maisons,

les masques n'ont plus besoin

d'hommes,

et chacun se moque éperdument

des bals et des tremblements de



L'Éden

où le lion vivait en paix

avec l'homme.

Chacun, par son regard était le miroir de l'autre,

et leur langage avait encore la forme des grands arbres.



Le monde

s'éveillera-t-il un jour de ses cauchemars?

Quand viendra le moment

d'entrouvrir les rideaux,

verra-t-on l'œuf originel et géant

prêt à écraser la poule,

ou celle-ci acharnée

à crever la coquille de l'œuf?











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Jean Orizet
(1937 - ?)
 
  Jean Orizet - Portrait  
 
Portrait de Jean Orizet


Œuvres

Après avoir pratiqué le métier de journaliste, Jean Orizet devient le cofondateur, en 1969, de la revue Poésie 1 et travaille comme éditeur aux éditions du Cherche-midi. Ecrivain, voyageur et humaniste, ses textes, dont 'L' Attrapeur de rêves' ou 'La Cendre et l'étoile', lui permettent de figurer au rang des poètes les plus importants de sa génération.