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Jean de Bosschère

Il rebâtira plusieurs mondes - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean de Bosschère





«
On dit que sa foi est écarlate

comme le sang d'un homme moins fou

qu'elle bat dans les artères durcies de son ardente folie. »

C'est bien sur moi qui n'avais ce jour-là

dénigré ni hommes ni créatures plus nobles

c'est sur l'Idiot que tombent

les éperviers griffus de ces hauts blâmes

car de l'Orient surgit un nouveau verdict

« en béatitudes il attend une
Pentecôte d'image »

et d'un autre quartier, d'une voix d'azur et d'humour

« sa candeur rejoint le
Vieux de la
Montagne »

Passages d'oies gémissantes, flocons souillés d'épines

les ténébreuses paroles tombent sur ma culpabilité

C'est bien moi, l'Idiot qui espère et croit

avec la rigueur du parcours ineffable

de la route ineffable et pure de la circonférence

avec la ferveur des lois de transmutation

Avec le trident de la parole, je rétablis l'ordre

dans ces prophéties mêlées en clamantes macédoines

ou avec tendresse j'apaise leurs accusations

puisque je plaide pour vous mes sœurs

pour vous, toutes ces pensées comme des colombes

venues sur mes épaules, appelées par les syllabes malévoles

venues depuis que les accusations ont sonné dans l'espace.



C'était le septembre d'une claire et douce année
Penché sur les
Oliviers à la barre de ma fenêtre



Notre amitié avait encore la saveur du miel

de la confiance qui doue d'un cœur de roc la raison

les
Oliviers bourdonnaient de cigales et d'abeilles

Je me penchais sur notre amitié ancienne

et bourdonnait autour de moi

la paix des âmes en solstice

je bourdonnais d'amour, j'étendais sur l'eau du clavecin

notre amitié ancienne

arpèges sans fin de la plénitude

sur l'océan des
Oliviers

qui aimaient mes pensées arrêtées

dans leurs sphères parfaites

ils aimaient qu'entre nous il n'y eût que des courbes prévues

harmonieuses victoires des sangs chastes en leurs canaux

Notre amitié avait alors la saveur du miel

Or, par un jour net comme la section du scalpel

un jour vif de septembre que l'on connaît

churent sur moi les malédictions et l'acre prophétie

Un rongeur hideux avait été vu

sortir de ma cervelle maudite

une bête de bible noire d'enfer et cornue en diable

avait été vue

sortant familière comme un furet privilégié



La malédiction avait apparu à mes arbres de perle d'argent

mes amis alors retournèrent à la race des
Oliviers

et plus rien d'allégorique

c'était bien vers moi que grondaient les interdictions

et la valériane amère avait noyé notre miel et notre hysope

Les clameurs étaient mortes dans l'espace

mais leurs échos empoisonnés revenaient encore

«
On dit que sa foi est écarlate dans les artères de sa folie »

C'était la voix des cacochymes aveugles et bancroches



qui connaissaient les fins finies de l'humour et des générations

et ressassaient aigrement leurs raisons défaites

ruminaient sur le dallage crevé de leurs ruines

et l'excommunication qu'ils vomissaient avec de vieilles

méthodes n'avait pu de candeur renouveler leurs âmes agonisantes

Dans leur poison qui avait vu naître et mourir les
Dieux

la béquille du patriarche osseux avait gravé la bulle

le doigt pédantesque du doyen de l'erreur et des bouffons

avait tracé les paroles accusatrices

effroi de mes
Oliviers retournés à leurs exploitations d'olives

abolissant entre nous le miel, la verveine de l'Amour

«
Va, disait de sa bouche amphibie une tête charnue

va, dis-lui toi, lui c'était moi, le désigné

que la patience humaine est morte

que de l'amphore aux figures désuètes

tombent les chansons ultimes et les images

dis-lui que tout son sang

ne rendrait pas la flamme aux cendres

que la patience de l'homme a succombé

trahissant ses dynasties de
Dieux agonisants »



Cette chêne chenue au front gonflé de géométrie savait-elle ?

que savait-elle de la résurrection de l'Idiot

derrière le grillage recroisé de ses rides antiques

que savait-elle de ce malandrin fraudeur

qui avait volé de nouvelles amphores aux
Cieux ?

cette tête chenue, sagesse abominable

qui a dénoncé le rongeur dans la tête de l'Idiot

séparant de moi mes paysages

tous ! mes
Oliviers trop crédules

et trop fidèles aux parasites et lichens

mes
Oliviers préposés aux courbes des sites



esclaves, enfin, traîtres qui me renient sujets aveugles des ordres arbitraires

Mais moi, celui que menacent les marsouins

celui qu'en l'isolant ils avaient désigné

«
On dit qu'elle bat dans les artères de son ardente folie »

je ne puis croire que je sois si fort orphelin

je reste l'Idiot dans le puits noir de ma fenêtre

Seul avec mon
Dieu d'effroi, avec ma vérité croissante

d'espoir tragique et de tendresse sévère

dissolvant les acides de la pensée

qui s'élève dans les délices mortelles

Et renaissant l'Orphelin idiot

dans la perdition des paysages évanouis

rebâtira plusieurs mondes.



Sienne 1934

La
Châtre 1949









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Jean de Bosschère
(1878 - 1953)
 
  Jean de Bosschère - Portrait  
 
Portrait de Jean de Bosschère


Biographie

Au début de 1915, Boschère quitte la Belgique occupée pour Londres, où il lie son sort à celui des Imagistes anglo-américains : The Closed Door (1917) et Job le Pauvre (1922), parus à Londres, obéissent aux préceptes de la nouvelle école, mais disent surtout la découverte de la révolte comme progrès spirituel. Après avoir voyagé en Italie, Boschère s'installe à Paris, où paraît, en 1927, Marthe et

Chronologie jean de boschere

1878 — Naissance à Uccle, près de Bruxelles, de Jean de Boschère.
1884-1894 — La famille s'installe à Lierre dans la Campinc, époque de laquelle Boschère tirera l'un de ses grands romans : Marthe et l'Enragé.
1894 — Installation à Anvers et entrée à l'Académie des beaux-arts, en 1898.
1900-1905 — Premiers voyages à Paris.
1905-1909 — Publication d'une série d'ouvrages s

Boschere vu par...

« C'est la vie soufrée de la conscience qui remonte au jour avec ses lumignons et ses étoiles, ses tanières, son firmament, avec la vivacité d'un pur désir, avec son appel à une mort constante avoisinant la membrane de la résurrection. Jean de Boschère m'a fait. Je veux dire qu'il m'a montré combien lui et moi nous nous ressemblions et nous étions proches, et cette preuve au moment où je suis m'es

Bibliographie des oeuvres poÉtiques

Béâle-Gryne, L'Occident, 1909. Traduction en russe par M. Vezélov-sky, éditions Lazare Stoliar, Moscou, 1914.
The Closed Door, édition bilingue avec traduction anglaise par F.S. Flint, préface de May Sinclair, John I.ane. I.ondres, 1917.