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Jean Claude Renard

Psaume de pâques - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean Claude Renard





Comme de chaque nuit traversée se lève chaque jour le feu:

Et comme à droite de l'avion, sur l'aile, les falaises roses du soleil, et l'arche ouverte dans l'ébène. et les premières tables de la mer — hors des ravins hantés par les profanations;

Et comme de
Marrakech, à l'aube, les hautes neiges dans le sacre frappant les remparts d'ocre;

Et la prophétie des herbages: et l'avènement de la transhumance ; et la certitude du lait ;



Ah! la mort ôtée à la mort, et les ténèbres descellées, et toute la terre dans le matin de menthe et d'orange:

La pierre rompue, il y a maintenant un
Dieu dans le monde, comme un cèdre blanc, cl avec lui le pouvoir exact je v ivre !



Et il est temps en moi d'user de ce pouvoir;
Et il est temps en nous de sortir du tombeau, avant qu'il soit midi, pour marcher vers les sources;
Car voici que chaque homme est désormais ici convoqué à

la joie ;

Et qu'il faut, sous le sang et sous la solitude, durables jusqu'aux puits, qu'il applique pourtant le poids de la puissance, en lui. qui se tient prête à la paix, à l'alliance;

Et que tout fatigué, tout crucifié, tout pétrifié qu'il soit :

Aveugle et nu et vide et sourd ;

Et sans espoir et déjà lié à la cendre comme une femme à son enfant mort ;

Il aille encore — avec
Qui habite son absence, et se met à sa taille, et se règle à son pas pour qu'un pas de plus soit possible vers le fleuve offert et fidèle là même où il n'y a plus rien ;

Et y trouve l'œuvre de sa marche ;

Et en constitue son sel et son exorcisme :

Et de ce qui lui reste de colère contre l'injustice et la haine il bâtisse aussi son combat;

Et par cet acte en lui de
Pâque, que la fable se désenvoûte, ainsi le chavirement des monts au bout de l'empennage:

Et que la métamorphose commence : la coupe sous les pinceaux bleus de
Safi, la laine royale aux teintures;

El qu'il atteigne la transparence;

Et comme sous le fuselage de soie les constellations inverses, les promptes plantations de poulpes, de crustacés, d'insectes élincelants parmi les encres de la
Chine, et la lune même sur les glaciers d'ouest mobile.

Qu'il voie l'incandescence de l'homme dans l'homme;

Et la main et la bouche et l'œil et l'oreille vivants sous

tes calcaires ;

Et la purification prodiguée — le miel des genèses, des planètes, dans la ruche noire de l'espace;

Et toutes choses baptisées dans la résurrection du
Christ qui est l'ouverture de l'être;

Et toutes choses lavées de leurs suints, la face nette, et
Ici plaies propres, et la longue douleur amere mais comme lel asperges sauvages, il en sache aussi la lumière;

El il sache le sens véritable dans les signes déjà qui croi vers l'accomplissement de l'été;

El la chair belle dans la chair el sainte et mûre pour le| fêles comme un pré couvert par l'Espril :

Et la contradiction soumise jusque dans la coniradielion :

El la venue des oiseaux frais, avec les rites du poisson e de l'orge, dans les îles intérieures!



III



Ah ! qu'il soit proclamé que rien, depuis dimanche, n'esi plus jamais dans l'homme ni tout à fait désert ni tout à fait perdu;

El que celui-là même qui n'est avec personne — étranger aux fontaines comme étranger à soi — peut encore accéder à sa propre présence et entrer en partage avec tout ce qui est s'il se tient libre encore pour l'attentif amour qui incante et qui lie;

El libre pour son nom ;

Et libre dès cetle heure pour répondre — en tuant ce qu'il lui faut tuer — à la vie qui l'invite;

Et comme la surrection du vol, la nuit d'or soudain dans la nuit, il soit maintenani assuré que pcul commencer le bonheur;

Et qu'il ne commence pas seulement conire la mort mais le péché contre l'Espril, et cela d'ombre qui est plus terrible à l'âme que l'équilibre indifférent du seau sur la poutre des citernes taries;

Et qu'il a pouvoir de germer pour que ce qui est ici s'avance vers ce qui est ailleurs, et que ce qui est ailleurs s'avance vers ce qui est ici, et que l'un par l'autre le fruit se prépare;

Et l'homme à la mesure de l'Homme, et le monde à celle du
Monde, et l'un et l'autre à la mesure de
Dieu;

Et que la
Création s'ordonne dans la délivrance, comme la main qui ne se détourne pas des pauvres, pour le don de la plénitude!



IV



Car rien au centre que l'Amour, — rien à l'origine et au terme, ni dans l'éclatement du silence, que le mystère de l'Amour;

El rien que sa présence ouverte et rien que
Lui avec ses paumes sur la mort comme la seule parole essentielle pour que l'homme surgisse et vive ;

Et qu'il lui devienne semblable;

Et qu'il nomme à son tour
Celui qui l'a nommé;

Et de
Qui l'a fondé forme aussi ce qu'il fonde ;

Et que puisse déjà, dans le consentement à l'unification, prendre racine l'arbre qu'ils désirent ensemble.

Et naître de leurs noces l'homme fait dans le
Dieu et le
Dieu fait dans l'homme !

Et qu'ainsi l'olivier et l'argile, comme la marqueterie de
Mogador entre les nuages du sud, paraisse d'au milieu des pays brûlés un peuple pourtant qui capte les sèves;

Un peuple arraché au goût du malheur, au goût de l'enfer, au goût du néant ;

Et malgré sur lui le sceau de la mort, qui construit contre elle dans les prés vivants ;

Et malgré les ruines y plante ses blés contre la violence et conire l'horreur;

Et porte le pain véritable et simple contre toute absence, et contre l'exil et conire l'orgueil des fausses moissons et des fausses faims ;

El dans l'homme mêlé jusqu'au bout comme la figue rouge au sol sec sur le figuier de
Barbarie, promeut cependant peu à peu. avec la patience des humbles, l'homme nouveau et vrai !



V



O rivière!
La lerre est verte de toute verdure spirituelle — et la charité la transmue.

Et je dis qu'un corps, dans la
Pentecôte, peut être à présent la force qui l'instaure cl la fertilise ;

Et qu'un corps est là, rassemblant ses os, et qui peut s'accroître pour la sanctifier, s'il cesse de préférer l'hiver;

El qu'une ville de joie attend dans les villes : la semence et l'éclosion de la joie dans la matière même du monde;

El dans l'approche des étoiles et dans le granit et l'acier et dans les grandes années humaines la grandeur possible de la joie !

Une espérance unique, ainsi qu'au repos des roues sur la piste l'événement des choses neuves et leur gage, s'est propo-sée à l'homme pour qu'il n'hésite plus :

Et qu'il connaisse dans l'amour et qu'il aime dans la connaissance;

Et ne se refuse plus en les refusant ;

Mais qu'il procède vers son âge. dans sa vocation, sans miracle que d'avoir pris sens;

Et s'occupe de devenir l'Homme — pour tout recevoir par surcroît — comme sur les collines encore froides ces bois de mimosas en fleur qui présagent déjà le printemps!










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Jean Claude Renard
(1922 - 2002)
 
  Jean Claude Renard  - Portrait  
 
Portrait de Jean Claude Renard


Bibliographie

Jean-Claude Renard (1922 - 2002) est un poète et écrivain prolifique français né à Toulon. Son œuvre, empreinte de mystères et de spiritualité, lui valut le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 1988 et le Prix Goncourt de la poésie en 1991. Il fut l’un des collaborateurs des Éditions du Seuil et des Éditions Casterman. Il est également l’auteur de plusieurs essais. Il entra dans le mond

Biographie