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Jean Claude Renard

La ténèbre du feu - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean Claude Renard





1.
En montagne, l'abîme est une voie.
Qui donc m'invite à m'y perdre avant l'heure des laiteries et du bois que l'on coupe trop tôt. sur le pont, à l'orée du col où s'annonce que le corps peut s'éveiller de ce qui n'est ni vrai ni faux ?

2.
Nulle ressemblance n'importe — mais d'être un, même par néant, dans la sécheresse où l'huile suinte, qui mêle des framboises à la glaise sur les talus de
Valombré.

3.
Au sud. comme de minces lames d'ivoire, la ruine d'un hameau d'enfance me cache-t-elle un commencement?
Si l'envers est l'avers, ces mains (sur la jambe blessée] tourneront peut-être une clé pure.

4.
Ne dites pas quel chemin...
La solitude seule instruit d'une secrète alliance.
Le vent me soit faste et. plus tard (demandant à ces pentes de marne, où sans souillures la forêt déverse sur moi ses légendes, quand le dieu me sera dédié), je ne m'étonnerai pas qu'un chevreuil, des coqs de bruyère, une gelinotte rouge — juste à l'aube — écartent les fougères sacrées.

5.
Viendrons-nous, sommes-nous déjà venus l'un de l'autre à travers la même prophétie, la même faille, le même acide : comme dans le calcaire abrupt ce ruissellement inexplicable qui ne se crée, que je n'écoute qu'à peine l'instant de le vivre?

6.
Franchi l'esprit (le passage qu'obstrue un tronc d'orme couvert de champignons gris et de mouches), la transparence est inutile, laisserait-elle dans la glace verdir un fraisier des étés anciens ou briller la corne d'un chamois. — s'il n'y a que la nuit pour fonder à petits coups d'aiguilles froides, à petits coups de branches brûlées, ce qui ne loge ici ni là et pourtant honore d'un champ de menthe les pâturages de
Bellefonds.

7.
La ténèbre du feu parle dans le silence.
Qu'ai-jc semé sans rien semer, quelque part, sous les hêtres lourds des lichens noirs d'après neige?
Ou que dois-je savoir sans savoir, au bord de l'à-pic. dans les pierres où dévale avec un chien blanc le profond vertige qui m'affirme que je dois aimer sans aimer pour reconnaître ma naissance?

8.
Ne resterait-il qu'un peu de braise, c'est elle (dans l'herbe écrasée) qui sanctifie encore le sang.
Je touche ce qu'elle touche en moi parmi les écorces, les galets, la différence des insectes que rassemble parfois une ravine.

9.
Aujourd'hui frappé, comment suivre entre ces feuillages bourdonnants le malin vers qui je m'en vais, — cette piste qu'en mes os je trace de rien à rien, de tout à tout?
Et comment apprendre sans frayeur («consolé par ce qui n'est pas») que ni vie ni mort ne suffisent à m'identifier à moi-même?

10).
Tout désir espère qu'un pays (si jamais ses myrtilles mûrissent au bas des falaises et des frênes qui se contentent de leur fable) l'attache comme la guêpe maçonne à l'angle d'une roche ensoleillée.

11.
En une vacance fascinante, le terme égale l'origine.
Ce n'est plus que moi que j'attends, si l'éternité nous compose d'être ensemble issus d'aucune terre, d'aucun autre germe que nous.
Et dans la science de l'automne, qui ne défait pas les racines, je n'inventerai ni plus ni moins.

12.
De quels signes, pour célébrer quoi, l'orage enveloppe-t-il maintenant le dernier refuge sans bûcherons, la dernière hache résineuse qu'ils n'offriront pas à la foudre?

13.
Un écureuil tué repose sur la mousse.
Très loin, divisant l'oracle, séparées des plantes et des puits qui permettent d'atteindre le sens, les maisons amères ignorent...
Mais que j accepte en refusant, accueillant chaque sève en chaque cendre au creux de la contradiction, dans le cocon de la chenille rose, et je trouverai mon visage.

14.
Comme dans les fourrés un jeune lièvre, l'absolu s'approche, recule, m'environne, se confie au cercle qu'inlassablement, impossiblement sur ses aires j'ouvre et ferme sans m'y voir inscrit.
L'on croirait qu'un geste unique, une même langue d'incantation qui prend autant qu'elle déprend nous façonnent de nos jeux.
Est-il?—je suis.
Et s'il m'habite, je l'habite, dans l'ombre où luit une fourmilière.

15.
C'est merveille qu'un mystère (qui ne requiert point de miracle) ait simplement, devant ces murs dont il abrite la paix, l'odeur des œillets sauvages, — et mieux qu'une présence ne comble, son désert dans mon désert me saisisse en cette genèse que les ruses ne dissimulent plus.

16.
La pluie entoure les sapins avec le criaillement des corneilles puis, sans hâte, lorsque les troupeaux descendront des crêtes, elle fera dans la vallée, jusqu'à ce que me soit donné par absence quelque chose de plus que le soir, fumer de grandes fleurs de coton.

17.
Pressentant, par l'éclat polaire, qu'il gèlera sur les contreforts, je m'arrête près d'une caverne.
Des glands pourris y ont filé de fines laines violettes et. dans le hasard d'un fagot d'érable, une gageure qui ne s'endort pas installe la patience d'être.

18.
A la lune, derrière ma mémoire, les criquets se taisent brusquement pour qu'apparaisse nue la sainteté du nom qui n'est à personne.
La joie neuve se fète-t-elle vide?











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Jean Claude Renard
(1922 - 2002)
 
  Jean Claude Renard  - Portrait  
 
Portrait de Jean Claude Renard


Bibliographie

Jean-Claude Renard (1922 - 2002) est un poète et écrivain prolifique français né à Toulon. Son œuvre, empreinte de mystères et de spiritualité, lui valut le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 1988 et le Prix Goncourt de la poésie en 1991. Il fut l’un des collaborateurs des Éditions du Seuil et des Éditions Casterman. Il est également l’auteur de plusieurs essais. Il entra dans le mond

Biographie