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Jean Claude Renard

Juan - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean Claude Renard





Quel adorable ennui te ramène en ces lieux

Où verse parmi l'or la nuit de pierrerie

Humidemcnt en toi son lait mystérieux?

Un miroir immobile et frais de féerie

Par
I'inhumain qui ment comme un matin vermeil

Reflète les déserts qui sèchent ton silence

Et suce comme un sein les figues du sommeil

Sans apaiser ton cœur que serre tant d'absence ;

Tu n'as plus de malheurs pour rassurer ton corps,

Pour remuer l'odeur des chairs incestueuses

Qui contraignaient ta race à se former des sorts

Dont s'enchantaient tes mains aux mortes monstrueuses.



Tu composes en vain ta haine et ton désir
Contre une pureté qui t'obsède et t'écœure
Et ne menace plus que de te dessaisir
D'un enfant inquiet dont il faut qu'elle meure
Pour remuer en toi l'absence qui te prend.
Ta passion te pèse et craint sa patience;
Elle s'emporte trop d'un corps désespérant
Qui ne peut même plus aimer sa méfiance!



Tu veilles sans flambeau ton destin douloureux.
Tu veilles... et le vent n'avive pas la braise
De tes veines ! —
Un dieu respire, vaporeux,
Un dieu comme une lampe a frémi sous la glaise
Que tu ne romps!...
Ta plainte est vaine qui te fuit.
L'errante!
Nul sommeil ne touche tes paupières;



Tu t'égares en toi!
Ta chair brûle el te nuit.
Ta soif en te quittant regrette les rivières!
Que posséder?
Ton cœur n'ose point se choisir!
Tu t'ignores !
L'amour ne ment que par toi-même,
Tout meurtri, tout mordu, tout scellé de désir,
L'amour te hait, qui cherche en toi celui qu'il aime!

Narcisse meurt, et l'Ange... étant seuls!
Ne sens-tu

la douceur de mêler une bouche à ta bouche

Et te répondre un sang de ton sang revêtu,

Plus dense, en toi, sur loi, qui se forme et se couche?

Tu résistes !
Quel cygne échappe qui se rit

De ta perte?
L'angoisse obscure te déchire

De ne pouvoir saisir celui qui le surprit

Ni ta forme...
Il palpite, il se moque, il expire!

Rien ne t'arrête, ou pèse, et ne murmure en toi

La certitude, ô cœur qui cède à l'amertume

Si nul apaisement ne sèche son effroi

Fidèle!...
A moins que l'inhumain déjà ne s'accoutume

A détacher de toi l'amour et la douleur

Pour mieux t'ensevelir !
Mais qui vient, qui te presse

Et frappe, et te dérobe à toi comme un voleur?

Qui s'immole dans l'ombre immobile et t'oppresse?



Quel souvenir en toi mûrit comme un remords.
Si proche que, docile à la main qui l'effleure
Et l'effeuille, il s'éclaire et se brise?...
Les morts
Te plaignent, cœur déçu distraitement qui pleure
Et ne divise pas, mais persiste à mentir!
L'attente s'interroge et ne daigne répondre
A son cri suspendu par l'éveil, ni partir.
Qui ruse encore, ô ruche, avant que de se fondre!
Un meurtre t'environne ainsi que des glaciers
Et pèse, et traîne en toi, jalouse, sa menace
Vers l'antique dessein sinueux des sorciers.
Ton silence, préféré mieux qu'il ne t'enlace !
Mais le songe te suce, et se prête à la nuit
Que ton défaillemcnt d'impatience file
Entre l'enfantement qui te pense et te fuit.
L'enfantement : fureur trop froide et trop ductile
Qui cède à l'agonie étrange, et se défait!



La chair esclave et nue a de longs souvenirs...
Ton corps est tourmenté d'adorables supplices ;
Tes mains, tes tristes mains se mouillent de désirs;
Tu souffres, tu languis, tu te meurs de délices ;
L'arôme des plaisirs amers et somptueux
Répand sur toi le sang d'un royal hyménée ;
Tu plonges dans l'or pur tes bras voluptueux ;
L'eau bouge... mais noone y demeure enchaînée!

Tu vis!
Ce qui te brise, ô mobile, t'abrite

Et danse, joignant son silence à ton vœu,

Te sépare, interrompt ton énigme el l'irrite.

Renouvelant les jours que tu ne comptais plus!

Le temps t'affronte... et tremble au bord de ton visage.

Si te blesse plus tôt que tu ne te déplus

L'espoir muet qui marche auprès de son mirage...



Mais toi!
L'amour t'étouffe, et tu touches la mort.

Tu ne reconnais plus la trace de tes larmes

Sur cette joue amère et creuse...
Un vent te mord

Qui dépouille ta cime et qui rouille tes armes

Et place lentement une étrangère en loi

Peut-être mieux qu'une âme ou mieux que ton essence

Prête à le signifier...
Mensonge, non!
Mais quoi?

Qui pourrait te contraindre à ta propre naissance?

Une autre te consume et te promet son sang.

Une autre... offerte à peine et déjà plus suprême

Que tu ne fus trahi par ton cœur gémissant !

Il s'use, s'assoupit, se défend de lui-même.

Et cède au jeune amour quelque consentement...

Corromps-toi, corromps-toi!
Ta substance conspire

A toute s'enfoncer dans son étonnement :

Ne l'interroge plus avant qu'elle n'expire!

Ô fiancé !
Désordre en toi qui s'enfle et vit
Délicieux!...
Voici que ta forme se noie
Dans les plis purs de toute femme, et se ravit !
Ne lamente !
Péris !
Laisse l'amour qui ploie
Ta lige tendre évaporer ton vêtement
Voilé!
Dissipe-toi!...
Ton cœur s'élire et pèse
Et s'abandonne ainsi qu'un jeune corps d'amant :
Tu ne t'appartiens plus et plus rien ne t'apaise !



Qui crucifie en toi, sur toi, l'Ange blessé
De quelque incorruptible corps, ô diadème?
Qui consume, moment de ton songe effacé.
Le taciturne orgueil d'être celui qu'on aime?
Naïf, non ! ni pire... ni captif impuissant.
Ni solitude, toi ! mais merveille mêlée.
Mais couple confondu que compose le sang,
Couple... quelque innocence à soi-même immolée !

La mer éclate au sud avec ses arbres purs,
Ses nageuses, ses coqs, ses profondes prairies.
Et corrode ce temple épais comme des murs
Où conspire une race en qui tu t'injuries...

Accomplis-toi, deviens par le moment mouvant

L'humain, le jour qui se devine et se devance,

Le possesseur avide et longuement vivant

Que traverse l'été !
Sépulcre, non !
Naissance,

Illumination que l'âme se choisit

Dans les matins profonds qui déferlent vers elle

Comme des hordes d'or, et sûre, la saisit!

Saveurs, pleine saison qui se bourdonne belle,

Et non l'inachevé de quelque effacement

Intime et triste du désir, ô nécessaire,

Non !...
Toute plénitude et tout dépassement

T'appellent!
Trouve-toi dans la nuit qui t'enserre.

Démasque le dieu trouble à toi-même mêle

Qui ne te flatte, ô feuille! ainsi qu'un vent l'effleure.

Mais tressaille, éternellement seul exilé

Par l'absence, si tu ne sens ce qui demeure !

Des enfants descendus d'une race ancienne
Sentent des laits profonds s'amasser dans leur chair
Et remuer la nuit qui maculait la mienne;
Ils vont sortir des eaux où pleurent les noyés
Pour étouffer la peur et la gloire des veuves
Qui soulevaient la haine avec leurs yeux crevés;
Ils vont entrer leur cri comme des armes neuves
Dans la peau magnifique et sanglante du christ
Qui surgit avec toi pour sauver les malades,



Pour dire aux mal-aimés d'incendier leur lit
Et de laver leur corps dans la fureur des rades !

Ô maintenant la mer emmêle les amants
Qui ne les laisse pas confondre leur naissance.
Qui les couche affamés dans les mêmes tourments :

Vainement, vainement nous cherchons le
SILENCE...

(Extraits)










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Jean Claude Renard
(1922 - 2002)
 
  Jean Claude Renard  - Portrait  
 
Portrait de Jean Claude Renard


Bibliographie

Jean-Claude Renard (1922 - 2002) est un poète et écrivain prolifique français né à Toulon. Son œuvre, empreinte de mystères et de spiritualité, lui valut le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 1988 et le Prix Goncourt de la poésie en 1991. Il fut l’un des collaborateurs des Éditions du Seuil et des Éditions Casterman. Il est également l’auteur de plusieurs essais. Il entra dans le mond

Biographie