Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Jean Claude Renard

Habitation de la mort - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean Claude Renard





Chaque amitié fut docile

Dans les pins de ma presqu'île.

Son sable tendre aux talons
Louait le thé, le houblon.

Une estime s'échangeait
Entre le sang et le lait.

Même la neige apparue
Avait saveur de laitue.

Cependant tout se dépouille
Qui fit la flamme — et se souille.

Les œufs pourrissent.
Le beurre
A le rance de nos demeures.

Ô feu patient dans les puits
Ta mort, ton néant, ta nuit,

Le vendredi solitaire

Qui creuse assez toute terre

Éveillent seuls ce silence

Qui nomme en moi ta présence!

Un sol désert et brûlé
Doit faire naître les prés.

Mise au vent la cosse vide
Il faut que l'âme s'oxyde.

Il faut que l'être se lave
Dans ton absence et ta lave

Avant que l'or insulté
N'en régénère l'été.

Ce sang perdu comme un pas
N'a densité que d'en bas.


Des basses eaux, de la cendre
Où l'arme aussi doit descendre.

Les statues marchent, s'attardent
Dans une mort tiède et fade.

J'ai mon amour ennemi.
Ses sables m'ont endormi.

Qui charmera d'un chevreuil
Les longues salles de deuil?

Ma bouche bourbeuse, vide
Crie par morsure d'acide

Sur le silence aggravé.

Un feu survient du névé!



Pommier mûr — hutte d'ermites
L'âme mangée de termites!

L'âme tentée et moulue
Déjà le fleuve l'influe.

Ô rubis dans la sciure
Ce délire qu'elle endure !

Ce vœu dur comme l'épeautre
D'écarter ce ciel et l'autre

Pour n'aimer que ton amour
Je n'en sais que les détours.

Je n'en ai dans ma maison
Que le crin et les tessons.

Feu nourri ou feu perdu


Sous le givre est ma tribu !



Où que mon amour halène
La mer chaude comme un renne

Le gel me lient à l'aboi
Dans la difficile foi.

Ce vide en moi qui désigne
La profusion et ses signes,

Ces cailloux profonds, ces pères
Dont le secret persévère,

La part de sang à payer.

Suffit-il, pour s'exempter.
De les faire inexister

En epierrant chaque place
Que le vendredi angoisse?

Ni le malheur ni la mort
N'ont l'apanage du tort.

Perdre est simple — non garder.

Tout porte assez de tisons
Pour consumer ses chardons.

Mais il n'est pas de colère
Qui délivre du mystère !

Un dieu soudain ne se donne
Dans la douleur de l'automne

Que comme un dieu qui n'est pas!



Septembre fut sur les prêles
D'oiseaux fugaces, de grêles.

Sans ce berger, près du gué.
Je n'aurais pas navigué.

Un ongle nu sur le plomb
Mit la figure — le nom.

Par fracture d'un galet
J'eus don de cidre et de lait.

Plus rien n'était légendaire
Dans les grands cercles de pierre.

La lunaison accomplie
Brûlait la mélancolie.

Il suffisait au festin
De ce fromage, ce pain.



Ô transparence des choses
Quand la lumière n'y manque


Comme dans l'eau des calanques
L'éclat des daurades roses!

S'il n'y a plus de merveilles
Sous les platanes détruits

C'est pour qu'enfin je m'éveille
Sans rien qui force ma nuit.

J'hérite d'être du sang
De ce corps neuf et sacré

Qui croît déjà dans le temps.

La mort, alors, sera juste.











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Jean Claude Renard
(1922 - 2002)
 
  Jean Claude Renard  - Portrait  
 
Portrait de Jean Claude Renard


Bibliographie

Jean-Claude Renard (1922 - 2002) est un poète et écrivain prolifique français né à Toulon. Son œuvre, empreinte de mystères et de spiritualité, lui valut le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 1988 et le Prix Goncourt de la poésie en 1991. Il fut l’un des collaborateurs des Éditions du Seuil et des Éditions Casterman. Il est également l’auteur de plusieurs essais. Il entra dans le mond

Biographie