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Guillevic Sphère

Dit du pérégrin - Poéme


Poéme / Poémes d'Guillevic Sphère





Je ne sais pas
Disait la voix.

Je sais que c'est la nuit,
Que rien ne me réclame,

Que j'envie les damnés.

On s'en occupe,
Au moins.

Ce n'est pas lui

Qui aurait rencontré
La biche fatiguée,

Assoiffée, camarade.



Il arrache un peu de ciel,
Il arrache du nuage.

Tout en marchant,
Il les malaxe

Et il fredonne la bouillie.

*

Un brin d'herbe,
Après tout,

Ça fait assez superbe
Pour un grand rendez-vous.



En marchant dans la nuit
Il est forcé de croire

Qu'il finira toujours,
N'importe où il se trouve,

Par tomber sur les quais d'un port
Où les bateaux sont épargnés.

*

Il ne pense pas au port
Pour le voyage, le départ,
La grande mer.

Il rêve au port

Pour bien sentir la terre,

Pour s'accrocher à elle.

*

Ce qui lui manquait
Dans ses va-et-vient,

C'étaient, en bien des lieux,
Des fruits à hauteur d'homme
Qu'il n'y a qu'à cueillir.

*

Pas une étoile
Qu'il pourrait
Arracher à la nuit.

Pas une.





Il voyait la nuit
Pleine de masses d'eau
Confuses, menaçant
De s'entre-dévorer,
Un peu pareilles
A des huiles de vidange,

Et il se voyait, lui,
Obligé de marcher
Sur une passerelle

Sans rampe
Et qui tanguait. *

Aucun coucou
Ne l'accompagna

Quand il allait
Seul dans le noir

Vers le printemps
A ramener.







Il y a pourtant des chemins,
Un peu partout quelque chemin,
Pourquoi pas pour lui?
Pourquoi toujours ce sol
De mare ou de lise?

*
C'est entendu :

On n'arrivera pas.
Mais qu'on puisse au moins
N'avoir plus à marcher,
N'avoir plus à chercher,

Pas plus dans les prairies,
Dans les marécages,

Pas plus dans les landes,
Dans les places des villages,

Que dans les autodromes
A l'intérieur des roses.







Encore s'il avait pu
Parfois s'arrêter dans un mot,
S'y reposer un peu de temps.

Mais ils étaient tous
Dans le tremblement.

Partout où il passait,
Devait passer,
Croyait passer,

Il lui semblait
S'être enfoncé déjà.

La mémoire non plus
N'était pas amie. *

Il y eut sur lui
Comme des souffles de bêtes,
Assez chauds et poisseux,



Mais jamais il ne put
Toucher le corps velu.

C'était peut-être
Le souffle de la terre. *

Déjà bien assez
D'avoir toujours
Plus ou moins mal.

Faut-il encore
En avoir honte —
Et à ce point?

Est-ce qu'il a
Demandé l'aumône?

Il a parfois
Partagé des lits.

*
Aucun aparté
N'était donc définitif,



Tout à l'heure
Elle ne sera plus là

Et il aura faim
A manger sa soif.

*

Il y en a
Qui, paraît-il,

Ont vu des signes
Sur l'horizon.

Ils savaient lire.

*

Jamais

Il n'a cru Être le seul pestiféré.

Les non-pestiférés
Peut-être d'ailleurs
Qu'on les parquait.



C'est pour leur sauvegarde
Que les autres
Avaient l'errance.

*

Ceux qui sont enracinés
Et qui s'en plaignent

N'ont plus, c'est vrai,
A se raconter

Qu'à des espèces
De choses bigotes,

Agenouillées
Entre des pierres

Ou gisant debout.

+

Présent!

A quoi n'avait-il pas
Répondu :
Présent?
Et puis, quoi?



C'est aux nuages

Qu'il aurait voulu s'accrocher.

Pour une fois tâter
De la hauteur.

Cette boulimie qu'il avait
D'immobilité.

Ce rêve

De stabiliser

L'immobilité.

Même les rocs
N'étaient pas sûrs.

Jamais la mer
Ne venait se mêler
A ses bagarres.

Jamais la mer
N'avait besoin de lui.

Mais les autres, c'était
Pour quoi?

L'aurore boréale

Qu'il macula

De ses sarcasmes,

Elle qui ne servait à rien
Qu'à le montrer à tous

Escaladant la roche,
Dégringolant
Dans l'eau croupie.

Il n'a pas souvenir
D'avoir lui-même
Mutilé ces gens, ceux-là

Qui crient et gesticulent
Au long de son chemin.

Le plus terrible
Ce fut

Cet œil de chat
Qui regardait

A travers lui

Approcher leur avenir.

A qui s'en prendre?

C'était assez d'avoir
A gouverner ses pas.

Ce bonheur flagrant
Des feuilles et des fleurs

Qui résistait à son passage.

Probablement
C'était son lot

D'être expulsé

Comme la graine du genêt.

Toujours ce battement
Pour rythmer les absences.

Comme si l'univers Était une horloge

Et la terre un pendule.

Ah oui ! le soleil !

C'est vrai

Qu'il y a quelque part

Le soleil.

Pour se voir pris, repris
Par le vertige,

Il n'avait pas besoin
De monter bien haut.

Même pas

De monter du tout.

Un marais salant,
C'était assez.

Un talus.

*

Cette chose
Qu'il arrachait,

Il avait beau
La densifier
Avec du lui-même,

Essayer d'en faire
Des béquilles
D'ouate et d'acier,

Ça ne l'empêchait pas
De patauger

Dans une espèce de boue
Pétrie avec ses cris.

*

Parfois,
Les cloches.

Venues de partout.

Pour quel glas?



Il n'a jamais
Envisagé de reculer.

Il a toujours pesé,
Poussé, il s'est arqué
Pour avancer.

A preuve,

Cette boue sur lui.

A preuve,

L'usure de ses habits

Aux points de frottement.

*

Mais oui, bien sûr,
Que parfois

Il s'est réveillé

Sur le bord d'un pré

Qui entonnait le jour
Par les pâquerettes.

Il aurait voulu
Y lire aussi

La bonne augure.

Ce qui lui plaisait
Assez fréquemment

C'était de se vivre

Écorce de chêne

Le temps d'un sommeil.

Il ne sait plus

Où se trouve la rue

Qui monte et donne
Sur le gouffre

Où s'étale

Une partie de la ville,

Très bas, où les corbeaux
Ne descendent pas.

Pas peur des puits :
Il y a les margelles.

Pas peur des murs ni des arbres
On s'y cogne et on repart.

Pas peur de la mer :
On lui tourne le dos.

Pas peur des cimetières
On s'y assoit.

Pas peur des monstres :
On les badigeonne.

Peur de se perdre
Dans cette ouate
Hors des dictionnaires.

Merci, les chiens de garde,
Les vaches de bruine.

Merci, les buissons.

Merci, les bancs
Quand on les retrouve.

Merci, l'aurore —
Et cette main

Comme un sourire.

L'œil de bœuf
Dans la cathédrale,

Jaune et bleu

A travers l'ombre,

Celui-là

Le reconnaissait.

Une musaraigne
Lui a demandé
Le sacre.

Il le lui a donné
Au pied des ajoncs.

Il n'a jamais
Endossé de pourpre.

A d'autres, celle
Du couchant.

A l'aube,
Certains jours,

Il croyait avoir part
Au chant du rossignol.

Il n'aimait pas du tout,
Entrant dans des cités,

Étrenner sur des dalles
La boue de ses souliers.

Il ne s'assoit pas tellement
Dans l'ombre des cathédrales.

Il préfère les recoins

Où ne passent

Que les chiens et les mouches,

Où il a parfois pour lui
La gloire du pissenlit.

Le sourire de ses doigts Était son sceptre.

Il lui arrivait
De le saluer.











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Guillevic Sphère
(1907 - 1997)
 
  Guillevic Sphère - Portrait  
 
Portrait de Guillevic Sphère


La vie et l'Œuvre de guillevig

Guillevic est né à Carnac (Morbihan) le 5 août 1907.

Bibliographie

Guillevic était l'un des poètes majeurs de notre temps, avec une oeuvre dépouillée, cristalline et forte, traduite en plus de quarante langues dans 60 pays. Pour lui, la poésie permettait de maîtriser l'inquiétante étrangeté des choses. Sa langue dans de courts textes, était précise, dépouillée et travaillée au point qu'un critique avait qualifié sa poésie, d'aiguë et brillante comme un rocher bre