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Guillevic Sphère

De l'hiver - Poéme


Poéme / Poémes d'Guillevic Sphère





à
Roger
Manier



C'est comme écrit

Entre ciel et terre, dans des gris,

Inscrit sur quelque chose

Qui tient du ciel et de sa banlieue.

Il n'y a plus
Qu'à déchiffrer.

En soi-même surtout,
Probablement.

Chercher de quoi
S'y consacrer.

En somme tout ce gris
Au long cours dans l'hiver

Doit dépenser son temps
A se trouver des formes.

Il n'y aurait qu'à ouvrir,
Et ce serait différent.

Il n'y a qu'à penser
Qu'il suffirait d'ouvrir,

Et c'est tout différent.



Faire usage

De cela qui, en toi,

Ne fait encore qu'assister

A ce que tu regardes

Et qu'intéressera

Ce que tu vas pouvoir tirer

De ce spectacle et par-delà.



Tout ce qu'il y a
Comme gris dans l'hiver,

Toutes ces espèces de gris,
Tout ce qui va

Du presque blanc parfois de certains coins de ciel
Au plus foncé des terres, des lointains, des nuages.

Tous ces gris sont encore
Pour le inonde un moyen

De s'essayer semblable
A qui se croit heureux

De n'avoir pas en lui
Plus que des déchirures,

Et qui toujours espère
Se voir sans trop d'effort

Remodelé bientôt
Sur son noyau de joie.



Dans l'hiver aussi
Il y a des charnières.

Il faut bien qu'il y en ait
Puisque tout cela s'ouvrira.

La terre a beau maintenant

Se couvrir d'hiver pour se cacher,

Il y a de la lumière de plus tard qui entre,
Du noir qui retourne vers ses tréfonds.

Il n'est pas toujours facile de cacher
Sa force et l'assurance
Que ce n'est pas fini.



Ce qui roule dans l'hiver

Avec un bruit plus ou moins ouaté,

Ce qui roule continuellement
Comme si c'était une condamnation.

Il semblerait que cela

Coule vers un crible qui, lui, ne bouge pas,

Que ceux qui ne pourront passer
Ne rouleront plus,

Mais tomberont d'un coup
Dans un abîme qui est sans cri.



Il y a une lumière
Qui parle de ceux

Qui ne sont pas encore
Dans le roulement,

Qui sont seulement
En route vers lui,

Et l'on voit bien

Que la lumière aimerait dire :

Ceux qui viendront, ceux-là
Ce ne sera pas pareil,

Il n'y a pas condamnation
Au roulement dans l'identique.



C'est curieux

Comme l'hiver se creuse

Et creuse,

Toujours plus profond, sinon plus large,

Et, à la fin,

Il y aura pourtant

Une grande surface plane

Qui ne portera pas trace de son travail,

Comme s'il s'était lui-même
Enseveli dedans.



Le printemps

A son porte-parole dans le coucou

Quand les bois reviennent de la préhistoire,

L'été dans l'hirondelle

Quand elle s'en prend au tissu du ciel.

L'automne aussi dans l'hirondelle
Quand elle rengaine ses ciseaux.

L'hiver a les corbeaux qui eux-mêmes s'étonnent
De leur présence et signifient

Que cela pourrait être pire, que tous ces gris
Pourraient être noirs comme eux,

Et c'est contre cela sans doute
Qu'ils ont ce cri venu d'un temps

Hors des quatre saisons.



On peut penser
Que derrière ou bien

Au sein de tous ces gris, dans l'intérieur
De ce qu'ils sont et qu'ils deviennent,

Il y a

Une masse de noir, un océan

Qui se cherche et tâtonne
Et qui ne peut

Percer la croûte ici ou là, venir

Que lorsqu'il abandonne en partie sa couleur,

Prend alors forme et mouvement,
Conscience un peu.

Car ce noir, ce n'est pas quelqu'un
Qui spéculerait, modèlerait, modulerait.

Il n'a conscience de rien
Tant qu'il n'a pas pris forme.

C'est du départ.



On voit émerger des poussées
De ce qui en dehors de l'hiver
Ne pourrait pas être aussi aigu
Que par exemple des glaçons,

Ne pourrait pas attaquer

Avec autant de force que le froid,

Avoir aussi peu
De remords que lui.

Et tout ce blanc de la neige pour nier
Ce que tant d'autres si longtemps
Ont essayé de faire.



Il y a un temps pour tout,

Paraît dire la terre pendant l'hiver.

Ce n'est pas encore

Le moment de s'embrasser.

Cela viendra quand l'eau
Sera en état de se marier.

Tout le monde alors
Doit participer.



L'hiver est lourd des morts
Largués par les saisons
Tout au long de l'année,

Lesté des morts menés
S'englober dans les soutes
Qu'il traîne sur les fonds.

Ces morts que nous sentons
Monter, édulcorés,
De l'un à l'autre gris.



Il n'y a pas besoin

De beaucoup de couleur

Dans l'hiver, pour qu'elle compte.

Il suffit d'une tache, d'une traînée
De couleur, même pas violente.

Et la montée s'ébauche,
Et la verticale revendique.

Un orchestre
Veut accompagner.



D'où

Peut venir la douceur

Qu'il y a quand même

Dans l'hiver?
A quoi
Tient-elle?

Comment arrive-t-elle

Dans les teintes que prend le ciel,

Dans celles des champs,

Dans l'inclinaison des toits,

Dans leurs façons
De se répondre,

Dans l'air qu'ont les chemins

D'être contents

De trouver un village?



Il y a toujours
Noël qui arrive.

Il y a toujours dans le plus noir des noirs
De la lumière à supposer,

A voir déjà monter,
Même en dehors de soi,

Surtout lorsque la nuit où l'on patauge
Est la plus longue.

C'est un tunnel sans voûte
Qui débouche

Dès maintenant

Sur un enfant dans la lumière.

Il y a dans l'hiver
Beaucoup de canaux.

C'est un réseau

Qui doit faire entendre un grésillement

A ceux qui ont l'oreille fine.

Ce réseau pourrait ne véhiculer
Que de la lumière et du gris,

Mais il transporte aussi
Tous les secrets

Que la terre veut se cacher
Pendant l'hiver,

Des secrets

Pas tellement sûrs d'eux-mêmes.

La terre détrempée

Dans les sous-bois
Lassés d'eux-mêmes.

La terre

Qui ne pourrait tenir

Si elle devait longtemps
Rester ainsi, sans perspective.

On dirait qu'il arrive

Même à la terre

De s'ennuyer à mort.



Voici

Que je ne sais plus rien de l'hiver,

Que je suis coupé de lui.

Il n'y a plus

Que ma chambre et son silence.

Et sans doute

Il y a communication

Entre elle et lui.











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Guillevic Sphère
(1907 - 1997)
 
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Portrait de Guillevic Sphère


La vie et l'Œuvre de guillevig

Guillevic est né à Carnac (Morbihan) le 5 août 1907.

Bibliographie

Guillevic était l'un des poètes majeurs de notre temps, avec une oeuvre dépouillée, cristalline et forte, traduite en plus de quarante langues dans 60 pays. Pour lui, la poésie permettait de maîtriser l'inquiétante étrangeté des choses. Sa langue dans de courts textes, était précise, dépouillée et travaillée au point qu'un critique avait qualifié sa poésie, d'aiguë et brillante comme un rocher bre