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Guillevic Sphère

Contes et nouvelles - Poéme


Poéme / Poémes d'Guillevic Sphère






Qu'est-ce que vous racontez là?


Un conte.


Ce n'est donc pas une histoire vraie.


Pourquoi?


Ce n'est pas vraiment arrivé.


Mais si.


Alors,
Le
Petit
Chaperon
Rouge?


C'est une histoire vraie.


Comment le saviez-vous?


C'était moi.
J'ai eu très peur.

J'ai un petit vase de grès,
Disait-il.

C'est contre l'orage.

Quand arrive le tonnerre,
Je regarde au fond du vase,
Tellement fort que m'y voilà

L'orage

N'aime pas ça, du tout.

Alors il s'en va —
Ou bien c'est moi,
Au fond du vase,

Moi qui l'oublie,
A rêver le grès.

Moi, ça m'est bien égal,
Ce qu'ils font.

J'ai un cheval dans ma poche
Et d'ailleurs c'est une girafe.

Alors, quand c'est à moi

Qu'on veut s'en prendre, hop là !

On est loin,

Ma girafe et moi.

Et eux

N'y comprennent rien.

Alors, je suis arrivé
A une fontaine.

C'était le soir,

Mais on y voyait encore un peu

Dans cette forêt :

Quelque chose

N'était pas le fût d'un arbre.

D'ailleurs,

La forme chantait.

J'ai su

Que c'était pour moi.

Je lui ai caressé

Ses longs cheveux blonds.

Et de nous la fontaine
A parlé,

Toute la nuit.

La maison

N'était pas si grande.

Enfin, ça dépend

De ce qu'on appelle grand.

On pouvait aller
D'une pièce à l'autre
Et ne pas s'y retrouver.

C'est ainsi qu'un jour
Où je m'étais égaré
Derrière la salle du conseil

Elle était là, près de la fenêtre,

Dans une pièce vide

Où il y avait eu du soleil.

Souvent,

Je me demandais

Ce qu'on peut bien faire
En haut d'une tour
Quand on est tout seul.

Depuis,

J'y ai été enfermé

Pendant des années.

Maintenant je sais

Comme on y rêve d'effondrement.

J'aurais pu
Marcher encore,
Longtemps, longtemps,

Mais j'avais soif et besoin
Qu'on s'occupe de moi.

Et voilà des semaines
Que je me suis arrêté ici,

Où il n'y a que moi,
Jusqu'à présent.

On peut crier, marmonnait-il,

On peut toujours crier,

Ce n'est pas le plus difficile.

Le plus difficile,

C'est de trouver le bon moment.

Ainsi moi,
Voici des années

Que j'attends le moment
Où la peur
Me fera crier.

Comme l'autre fois,
Quand ça n'a pas servi.

Chacun son tour,
Disait-il.

Maintenant, c'est eux
Qui me punissent.

Mais dans l'éternité
C'est moi

Qui leur tiendrai
La dragée haute.

Je les priverai

De leur souffre-douleur.

Je n'y comprenais rien.

S'ils voulaient me faire souffrir,
Il y avait tellement de moyens.

Mais pourquoi

Devant son image, à elle,

M'obliger à lire les contes
Que pendant des années

J'avais rêvé de lui montrer,
Où elle était toujours,
En filigrane?

Il devait y avoir longtemps
Qu'il était là,
Qu'il attendait.

Il en était devenu tout vieux,
Mais quand on le questionnait,

Il disait toujours :

Je viens à peine d'arriver.

Je ne suis pas venu pour rien.
J'attends encore un peu.

Elle est en retard. »

Il ne se privait de rien,

Ne programmait pas ses rêves.

Même les jours ordinaires, dans l'année,
Il s'offrait ce qu'il y a de mieux :

Sardanapale ou
Jésus
Ou
Pierre le
Grand
Sur la
Neva.
Ou
Satan.

C'est plutôt les jours de fête officielle
Qu'il se vouait aux rêves de pauvreté.

A
Pâques,

Il aimait les oubliettes.

Il partageait tout
Et avec tous.

Quand il avait une pomme
Il voulait en donner.

Quand il avait un journal,
Il proposait de le répartir.

Quand il faisait beau,
Il distribuait le soleil.

Il partageait tout,

Sauf ce qu'il n'aimait pas,

Les billets de banque,
Par exemple.

Il était parti à la recherche
Du serpent qui parle.

Un jour,

Il avait cru le voir :

C'était bien la tête, allongée,
La couleur, l'allure, la taille.

Mais le serpent

L'a calmement regardé

Comme pour lui dire :

Ce n'est pas toi
Qui trouveras.

Vous verrez,

Disait le vieux marin,

On n'y arrivera pas.

Regardez le goéland :

Lui non plus

Il n'en peut plus.

Il y a des jours
Comme ça.

Ce n'est pas la première fois

Que je sais

Que c'est comme ça,

Qu'on n'y arrivera pas.

A force d'errer

Dans la profonde forêt,

Il ne savait plus

Ce que c'e.st que le grand jour.

Et quand il arriva, un midi,
A l'orée ensoleillée,

Il crut que c'était

Le royaume des morts.

Il se coucha sur le sol
Comme font les morts.

Mais quand il vit

Qu'il y en avait qui marchait,

Il dit :
C'est bien.

Et se releva.

Ce n'est pas vrai
Qu'il avait cassé
La poupée de la petite fille.

Il n'avait pas
Joué avec elle.

Il ne l'avait
Même pas touchée.

Un simple regard,

Ça ne casse pas les choses,

Quand même.

Je reviendrai sûrement un jour,
Lui avait-il dit,

Mais n'y pensez pas,
Oubliez-moi,

Faites comme si rien
Ne s'était passé.

De façon

Que lorsque je reviendrai,

Ce soit tout à fait
Comme cette fois-ci,

Que ce soit une première rencontre,
Un premier sourire,

Que nous ne sachions pas
Ce qu'ensuite il y aura.


Et lui-même ne savait pas alors
S'il disait cela pour de vrai.

Ce n'était pas la peine,
Lui dit-elle,

De me sourire

Quand vous êtes arrivé,

De me prendre par la main,
De me parler.

Vous auriez pu
Commencer par me dire

Que nous serions toujours
Des étrangers.

Alors, au moins, j'aurais eu
De la peine à vous croire.

Et vous aussi.

Elle ne voulait peut-être
Que lui porter de l'eau

A travers les ombres de la forêt
Et les appels des bêtes.

Elle devait avoir compris
Où il était

Et qu'il avait le plus grand besoin
Que cette eau lui fût donnée.

Elle courait

Comme si sa vie à elle en dépendait.

Et personne ne sait
Pourquoi c'était elle.

Elle avait toujours su

Que ce serait ainsi, pour elle :

Il y aurait une fontaine
Et un palais.

Cela commencerait à la fontaine
Et trouverait dans le palais
Son apothéose.

Ce serait près de la fontaine
Qu'il viendrait.

Ce serait dans le palais

Que tout resterait toujours à dire.

Elle va,

D'une fontaine à l'autre,

De préférence dans les forêts.

Pourquoi
Aurait-il cédé?

Quand il l'avait rencontrée
Près de la fontaine
Dans la forêt,

Et dans les heures
Qui avaient suivi,

Est-ce qu'il avait Été question

De quelque chose
Qui ressemble à ça?

A cet espace

Où maintenant voilà

Qu'elle pouvait le jeter?

Il ne l'avait plus dans la poche,
Ce cheval qui était une girafe.

Il ne pouvait plus

Avec elle s'enfuir sous les quolibets.

Mais, après tout,

Est-ce que ça comptait à ce point?

Il l'avait eue, cette girafe

Qui l'emportait loin du malheur.

C'était bien là le signe.

Et c'était ce qui lui permettait
De ne pas baisser pavillon,

Qui lui donnait la force,
Maintenant,

De se défendre
Et d'attaquer.

Elle pouvait bien

Lui faire l'aumône

A la sortie de la messe.

C'était sans doute en plus
De ce que son regard
Lui avait donné déjà,

Quand elle l'avait vu

En entrant dans l'église,

Près du porche.

Ou bien c'était,
Maintenant,

Pour nier ce que ce regard
Avait pu donner.

Il y avait une lumière très belle

Sur les coteaux,

A la fin de l'après-midi.

Ils ont bien vu,

Elle et lui,

Que c'était pour eux.

Ils ont compris
Que cette lumière,
C'était leur lot

D'avoir sans répit
A la dorloter,

Plus peut-être
Qu'ils ne pourraient.

Il n'était jamais venu jusque là.

Il ne connaissait pas
Ces arbres géants.

Il n'avait jamais vu
Cette fontaine de granit,

Jamais pris ce chemin creux
Aux larges ornières.

Jamais respiré
Cet air gluant.

Jamais vu cet homme

Qui gisait près du banc de pierre,

La tête éclatée.

Il n'allait jamais bien loin.

Il avait découvert à l'orée de la forêt
Cette cabane abandonnée
Et il y revenait très vite,
Quand il avait de quoi
Pour quelques jours.

Sans doute n'y avait-il que là

Un arrêt, c'est presque sûr, du soleil

A la tombée du jour, un bon moment,

Comme pour le regarder,

Alors qu'il était

Sur le seuil de la cabane

A savourer, solitaire,
Son gros morceau de pain
Et son vin rouge.

Il se savait dieu.

Ce qu'on disait de dieu,
Lui l'avait vécu.

Il avait été la pierre, l'arbre, le ciel,
La mer et cet homme qui tombe.

Il avait occupé l'espace,
Répandu la pluie et la lumière.

Il avait laissé les choses

Aller leur train de guerre et d'extase.

Il avait prévu la nuit —
Et d'avoir à aimer

Lui faisait accepter
L'éternité.



C'était ici.

C'est ici qu'il renouerait
Avec ce que jamais
Il n'avait rencontré.

L'endroit était

Assez propre, assez quelconque

Pour laver les magnificences
Qui l'accompagnaient, lui,
De leurs images,

Comme pour se venger
De se voir préférer
Ce coin de grenier où rien
Ne lui rappelait rien.



Surtout pas ça :

Il n'était pas maudit,
Pas désigné — par qui? —
Pour le malheur.

Il était comme les autres,
Chargé

De ce quelque chose
Difficile à porter —

Et ce besoin
Comme d'une extase
Interminable.

Aujourd'hui, ces quelques visages
Devinés, pressentis,

Et ce couchant
Qui appelait.



Il avait, au cours

De cette vie déjà longue,

Été assez adulé,
Assez aimé aussi,

Il avait été

Assez maudit, vilipendé,

Plus qu'assez,

Pour que maintenant il accepte
D'être pour de bon abandonné

A ce silence qui depuis longtemps
Lui faisait cortège

Et qui l'attendait pour la fête
A ne plus interrompre.

Plus tard, plus tard —

Voici des mots qu'un jour
Il n'aurait pas à se dire,
A penser.

Il n'y aurait plus
Cette ouverture

De brumes, de collines, d'esplanades
Où il avait à trouver le lieu.

Le monde aurait forclos
Une de ses dimensions,

Celle

Qui éternisait les autres.











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Guillevic Sphère
(1907 - 1997)
 
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Portrait de Guillevic Sphère


La vie et l'Œuvre de guillevig

Guillevic est né à Carnac (Morbihan) le 5 août 1907.

Bibliographie

Guillevic était l'un des poètes majeurs de notre temps, avec une oeuvre dépouillée, cristalline et forte, traduite en plus de quarante langues dans 60 pays. Pour lui, la poésie permettait de maîtriser l'inquiétante étrangeté des choses. Sa langue dans de courts textes, était précise, dépouillée et travaillée au point qu'un critique avait qualifié sa poésie, d'aiguë et brillante comme un rocher bre